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Le mythe de la fin de semaine payante

Prostitution au Grand Prix

Marie-Christine Trottier

Plusieurs affirment que la fin de semaine du Grand prix est très occupée pour les travailleuses du sexe. Pourtant, des masseuses et des escortes indépendantes soutiennent le contraire et prétendent que cette période n'est pas si payante.

«Le mythe dit que c'est la période de l'année la plus payante, donc les débutantes vont mettre beaucoup de disponibilités. Ça fait donc plus de filles, avec pas beaucoup plus de clients. Elles vont perdre leur temps», a affirmé Marylie Savoie, escorte indépendante depuis trois ans.

Pendant le Grand Prix, l'offre surpasse la demande. C'est la raison pour laquelle Mme Savoie n'a pas eu beaucoup de clients l'an dernier pendant la F1.

C'est également ce que croient Nadia et Charlie, escortes indépendantes depuis trois et 10 ans.

Selon elles, la fin de semaine du Grand Prix n'a jamais été plus payante que les autres. Même son de cloche du côté de Stella, un organisme qui défend les travailleuses du sexe (TDS).

Mme Savoie a décidé de quitter la frénésie de Montréal cette fin de semaine. Elle travaillera plus tard cet été.

«La période de l'année la plus payante pour moi, c'est pendant les Francofolies et le Festival de Jazz, a-t-elle dit. Mes clients viennent plus longtemps, ils prennent rendez-vous, ils sont plus «classe», ils sont plus matures. C'est plus intéressant.»

Mme Savoie ajoute que ce sont les serveuses dans les bars et les danseuses nues qui font le plus d'argent pendant la fin de semaine.

Féroce compétition

«Ce qui explique que c'est un peu plus tranquille, c'est que toutes les filles travaillent pendant cette période. Tout le monde essaie d'en profiter», croit Stéphanie, agente de liaison chez Stella.

L'année passée, Ève Laflamme, elle aussi TDS indépendante, a publié des annonces dans les journaux et sur internet pendant la F1. Elle n'a eu qu'un seul client.

Mme Laflamme indique qu'habituellement, ses journées sont beaucoup plus occupées. Elle a aussi remarqué que l'an dernier, il y avait beaucoup de compétition de la part des agences d'escortes.

«Je ne sais pas à quel point ça marchait pour ces entreprises par contre...», s'interroge Mme Laflamme.

Selon Nadia et Mme Laflamme, la fin de semaine est payante pour celles qui vont solliciter directement les clients dans les soirées des grands hôtels du centre-ville pendant la F1. Ce sont les escortes de luxe à 500 $ de l'heure qui en profitent. Les autres, un peu moins.

Exploitation et prostitution

«Ça se peut que ce soit plus difficile pour certaines [escortes indépendantes] parce qu'il y a beaucoup de compétition. Les agences vont payer plus de publicité et vont mettre leurs femmes de l'avant. Une indépendante n'a pas nécessairement les moyens d'être visible comme ça», croit Éliane Legault-Roy, de la Concertation des luttes contre l'exploitation sexuelle (CLES).

La CLES dénonce l'exploitation et le tourisme sexuel à Montréal. L'organisme abolitionniste affirme que des évènements comme la F1 favorisent la prostitution et incite les proxénètes à recruter des mineures dans les centres jeunesse.

«Il y a aussi des femmes qui sont déplacées des autres régions du Canada. C'est de la traite», a rappelé Mme Roy-Legault.

Charlie dénonce elle aussi l'exploitation, mais nuance le propos de la CLES en indiquant que les TDS ne sont pas toutes exploitées. «Il y a une différence entre prostitution forcée et travail du sexe. Il y a des victimes, mais pas tant que ça. Je suis une TDS et je ne suis pas une victime.»