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L'auteur présumé de la tuerie renvoyé à Charleston

Neuf morts dans une église noire

Robert Macpherson et Anne Renaut | Agence France-Presse

L'auteur présumé de la tuerie de Charleston, accusé d'avoir abattu neuf paroissiens d'une église noire dans la pire attaque raciste de l'histoire récente aux États-Unis, a été transféré jeudi en fin d'après-midi en détention dans la ville de Caroline du Sud.

Un avion a ramené Dylann Roof, un jeune blanc de 21 ans à la coupe au bol et au visage encore adolescent, de Shelby, en Caroline du Nord, où il a été arrêté jeudi en fin de matinée, vers un centre de détention de Charleston où il aurait commis le massacre.

Le jeune homme, qui s'est rendu sans opposer de résistance durant un contrôle routier, s'était joint aux paroissiens d'une des églises les plus emblématiques de la lutte contre l'esclavage, avant d'ouvrir le feu et de tuer neuf d'entre eux.

 

(Crédit photo: Facebook)

 

L'horreur de ce crime et le symbolisme du lieu où il a été commis ont profondément marqué le ton de l'intervention de Barack Obama.

Contenant à peine sa colère et montrant sa frustration, le président américain a dénoncé des «meurtres insensés».

«Nous devons admettre le fait que ce type de violence n'arrive pas dans d'autres pays développés», a déclaré M. Obama, appelant une nouvelle fois à un meilleur encadrement des ventes d'armes à feu.

«Le fait que cela ait eu lieu dans une église noire soulève évidemment des questions sur une page sombre de notre histoire», a-t-il encore ajouté.

Le caractère raciste du crime, également dénoncé par le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, ne fait guère de doute.

(Crédit photo: Gracieuseté police de Charleston)

Sur son profil Facebook, Dylann Roof apparaît vêtu d'un blouson sur lequel sont accrochés l'ancien drapeau de l'Afrique du Sud du temps de l'apartheid, symbole du régime ségrégationniste, ainsi que celui de la Rhodésie (devenue Zimbabwe).

Ces deux régimes sont très admirés aux Etats-Unis par les groupuscules qui promeuvent la suprématie des Blancs.

En qualifiant dès mercredi soir la tuerie de «crime raciste», Gregory Mullen a pu mobiliser des moyens fédéraux supplémentaires, dont la police FBI.

La dirigeante locale du mouvement de défense des noirs NAACP, Dot Scott, a rapporté sur CNN qu'une victime aurait été épargnée pour pouvoir témoigner.

«Sa vie a été épargnée parce que le tueur a dit je ne vais pas te tuer (...) parce que je veux que tu puisses leur dire ce qui s'est passé».

Parmi les victimes figure le pasteur de la paroisse, Clementa Pinckney, grande figure de la communauté noire locale et élu démocrate du Sénat de l'État. Huit autre personnes, deux hommes et six femmes, âgées de 26 à 87 ans sont également mortes.

«Il est évident que ces individus ont tous péri des suites de blessures par balles», a affirmé le médecin légiste, Rae Wooten, précisant qu'une des victimes était décédée à l'hôpital.

«Le suspect est venu vers le groupe. Ils l'ont accepté pensant qu'il voulait se joindre à eux pour l'étude biblique. Et après être resté pendant un moment, il est devenu très agressif», a-t-elle poursuivi.

La fusillade s'est produite vers 21H00 locales (01H00 GMT), dans la plus vieille église noire de la ville, l'Emanuel African Methodist Episcopal Church, véritable symbole de la lutte des Noirs américains pour leur émancipation de l'esclavage et la lutte pour leurs droits civiques.

«C'est un lieu sacré dans l'histoire de Charleston et dans l'histoire de l'Amérique», a lancé le président Obama.

Les éloges au pasteur Clementa Pinckney ne tarissaient pas jeudi. «Il avait la voix grave d'un animateur de radio. Et il considérait la vie avec la même profondeur», a dit de lui sur CNN le représentant républicain Mark Sanford.

Les autres victimes étaient également saluées à l'instar de Sharonda Coleman-Singleton, une mère de famille de 45 ans.

(Crédit photo: Gracieuseté)

«C'était le genre de parent que vous êtes fier d'avoir à vos côtés. Ce qu'elle a apporté à notre équipe est incommensurable», remarquait l'entraîneur de baseball de son fils, dont un hommage sur le site de la Charleston Southern University.

Cette tuerie qui bouleverse Charleston, ville historique d'ordinaire paisible, est un nouveau coup dur pour la communauté noire aux États-Unis, éprouvée depuis l'été dernier par la mort de plusieurs hommes morts non armés tués aux mains de policiers blancs.

Depuis Ferguson à l'été 2014 et jusqu'à Baltimore en avril dernier, ces actes, qui restent souvent impunis, ont ravivé les tensions raciales et renforcé la communauté dans l'idée que la vie des Noirs ne compte pas autant que celle des Blancs.

Non loin de Charleston, à North Charleston, un policier blanc a été inculpé début avril pour avoir abattu de cinq balles dans le dos un homme noir qui s'enfuyait en courant.

Cette fusillade s'ajoute à une longue liste de drames aux États-Unis permis en partie par l'accès très facile à des armes puissantes et sophistiquées.

La dernière plus meurtrière d'entre elles remonte au 16 septembre 2013, quand un homme avait tué 12 personnes dans les bureaux de la Marine à Washington, avant d'être abattu par la police.

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