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Vins et spiritueux : libéraliser sans tuer la SAQ

TVA Nouvelles

Agence QMI

Libéraliser la distribution du vin et des spiritueux au Québec tout en préservant la Société des alcools (SAQ) permettrait d’améliorer l’offre de produits, d’augmenter le volume des ventes tout en diminuant les prix. À la longue, l’opération serait plus rentable pour le gouvernement.

C’est du moins ce qu’affirment trois spécialistes consultés par Argent à la suite dépôt du rapport de la Commission de révision permanente des programmes — ou Commission Robillard, du nom de sa présidente Lucienne Robillard.

« Ce n’est pas nécessaire d’abolir la SAQ. Avec un peu de concurrence du privé, nous aurions le meilleur des deux mondes », déclare spontanément Yves Mailloux, président du Club des Dégustateurs de Grands Vins et chroniqueur spécialisé.

Frédéric Laurin, professeur d'économie à l'Université du Québec à Trois-Rivières et auteur du livre Où sont les vins ? Le problème de la distribution du vin au Québec (Éditions Hurtubise, 2009), abonde dans le même sens.

Cet universitaire souhaite l’apparition de petites boutiques spécialisées dans les vins et spiritueux — des « cavistes » dans le jargon. Ces boutiques offriraient des vins québécois, des vins biologiques, du whisky, etc., à petite échelle, avec un service plus personnalisé qu’à la Société des alcools.

La SAQ est un « Walmart ou un Costco du vin », rappelle Frédéric Laurin : une grosse entreprise qui prend de grosses commandes de ses gros fournisseurs pour son gros réseau. Un autre modèle de distribution, de niche, pourrait voir le jour dans le commerce de détail : « Il y a un engouement des consommateurs au Québec, ils veulent découvrir de nouveaux produits. »

Épiceries et dépanneurs

Le chroniqueur Marc-André Gagnon, animateur du site web spécialisé Vin Québec, espère que le gouvernement ouvrira « progressivement » la porte au secteur privé en permettant non seulement aux cavistes, mais aussi aux dépanneurs, aux épiceries et aux restaurateurs de vendre davantage de vins et d’autres alcools. Ce qui pourrait s’effectuer sans déstabiliser la SAQ — Québec ne voudra évidemment pas torpiller cette société d’État qui lui a rapporté 1,034 milliard $ en 2014-2015, souligne Marc-André Gagnon.

Yves Mailloux croit qu’il faut d’abord miser sur le secteur privé existant, celui du petit commerce d’alimentation : « Avant de permettre l’ouverture de cavistes, modifions la loi pour permettre aux 8 000 épiceries et dépanneurs de vendre autre chose que du vin importé en vrac. On a un réseau privé, au Québec, qui ne demande qu’à vendre du bon vin. »

En augmentant le nombre de points de vente de vins et de spiritueux, au final le gouvernement empochera plus d’argent qu’à l’heure actuelle grâce aux taxes, pronostiquent Yves Mailloux Marc-André Gagnon.

« Cette expansion génèrerait 350 emplois, 45 millions de dollars en activités économiques par année, et des revenus supplémentaires de 2 millions de dollars par année au Gouvernement du Québec », précise Frédéric Laurin sur son site web professionnel.

L’Association des détaillants en alimentation du Québec et l’Association québécoise des dépanneurs en alimentation n'étaient pas disponibles lundi pour commenter le rapport de la Commission Robillard.

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