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Les églises s'en vont chez le diable!

Enquête

Le clergé et les municipalités sont prêts à laisser tomber les églises entre les mains du secteur privé, si c'est la seule manière pour leur éviter le pic des démolisseurs.

Un peu partout au Québec, des projets ont transformé des églises en condos, en restaurants, en salles communautaires ou de spectacles. Malgré ces quelques succès, le patrimoine religieux est menacé de disparition, selon une récente enquête du Conseil du patrimoine religieux.

Au cours des quatre dernières années, l'organisme paragouvernemental a répertorié les lieux de culte menacés de fermeture, de vente, de transformation ou de démolition.

L'enquête révèle un point de bascule en 2014: 190 églises n'ont pas trouvé de nouvelles fonctions, pendant que 180 autres ont été transformées en bâtiments polyvalents, communautaires, culturels ou résidentiels. Le nombre de démolitions a doublé durant la période pour atteindre 61 cas depuis mai 2012. Quelque 129 édifices restants sont jugés sans usage, pour lesquels il n'y a aucune démarche, projet ou acquéreur potentiel connu. De ce nombre, 79 lieux sont fermés et 42 à vendre.

«L'an dernier, nous avons vu une accélération incroyable du phénomène avec 433 bâtiments qui ont changé de vocation. C'est 17 % de toutes les églises du Québec qui prennent une nouvelle vocation. C'est ce qui fait qu'elles servent encore», explique Denis Brodeur, chargé de projet du

Conseil du patrimoine religieux.

Depuis 2012, 52 églises sont aux mains des municipalités, ce qui représente la seule catégorie d'acheteurs en croissance, leur nombre ayant doublé en 30 mois.

Fermeture et démolition

Avec la chute draconienne des pratiquants et du paiement de la dîme par les citoyens, des factures de chauffage de 40 000 $ par année, des réparations multiples du bâtiment et des frais d'électricité qui ne cessent d'augmenter, plusieurs fabriques vivent des déficits importants et ne sont plus capables d'entretenir les églises.

«On fait quoi avec ces bâtiments? Nous avons déjà des salles communautaires et pas beaucoup d'entrepreneurs. C'est évident qu'on ne pourra pas toutes les sauver. Si des gens du privé veulent s'en porter acquéreurs, les municipalités ne demanderont pas mieux», reconnaît Jean-Pierre Dubé, maire de Saint-Jean-Port-Joli et préfet de la MRC de L'Islet.

Dans la municipalité de L'Islet, une des trois églises a été vendue puis démolie pour faire place à un stationnement. Ce stationnement rapportera des taxes à la municipalité, tandis que l'église n'en versait pas.

«Ça devient un fardeau financier majeur pour la paroisse ou pour l'acquéreur. On ne peut pas fonctionner constamment à bout de souffle. La cession au privé et la démolition, c'est une décision de dernier recours», ajoute Yvan Thériault, économe diocésain au diocèse de Sainte-Anne-de-la-Pocatière.

Il estime que des diocèses en région sont passablement plus mal pris que le sien et qu'ils arrivent à un point culminant, car peu de citoyens s'engagent dans l'avenir de leurs églises.

«Ce n'est pas le rôle du gouvernement de garder les églises ouvertes. Ni celui du Vatican. On ne peut pas demander et espérer que les gens contribuent financièrement s'ils ne s'approprient pas ce patrimoine. Pour cela, ça commande d'en changer les usages», renchérit le porte-parole diocésain.

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