/regional/montreal/montreal

Ottawa suspend le déversement

Agence QMI

Le lieutenant politique pour le Québec et candidat dans Lac-Saint-Jean, Denis Lebel, a annoncé que le gouvernement fédéral va s'en remettre à un expert indépendant avant de donner son aval concernant le déversement de huit milliards de litres d'eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent.

Environnement Canada refuse ainsi de donner le feu vert à la Ville de Montréal pour ce déversement et a servi un «arrêté provisoire en vertu de l'article 37 de la Loi sur les pêches afin de suspendre le projet».

Dans un communiqué, la ministre Leona Aglukkaq a déclaré que le recours à cet expert indépendant était justifié par un principe de précaution.

«Tenant compte de ces enjeux, des vives préoccupations du public et de la nécessité d'avoir en main une analyse scientifique rigoureuse et exhaustive pour ce projet, j'ai chargé Environnement Canada de demander à un expert indépendant de procéder immédiatement à un examen scientifique de toute l'information liée à ce projet».

 

Denis Lebel (Crédit photo: capture d'écran TVA Nouvelles)

 

Les répercussions environnementales seraient «assez grandes», a mentionné M. Lebel en conférence de presse à Saguenay.

«La décision du gouvernement est irresponsable», a dit de son côté le maire de Montréal, Denis Coderre. Selon ce dernier, Montréal vit actuellement une injustice avec cet arrêt ministériel. Il s'explique mal les raisons pour mandater un expert indépendant.

«Le gouvernement est irresponsable, mais je respecte la loi», a-t-il toutefois précisé

Ce déversement prévu d'environ 8 milliards de litres d'eaux usées a été justifié comme une conséquence des travaux de l'autoroute Bonaventure où un intercepteur détérioré force l'évacuation des liquides qui s'y trouvent. La médiatisation de cette purge s'est alors invitée dans le débat public et est devenue un enjeu de la campagne électorale.

Le 6 octobre, Environnement Canada avait imposé une suspension à Montréal le temps de procéder à sa propre analyse du dossier. La ministre fédérale de l'Environnement estimait que le feu vert ne pouvait être donné à l'administration Coderre sans de sérieuses évaluations, même si Ottawa avait été averti depuis environ un an.

Le ministre de l'Environnement du Québec, David Heurtel, s'était pour sa part rangé derrière les arguments de Montréal et avait reconnu que le déversement de ces eaux usées était la seule solution envisageable dans les circonstances. Le relâchement des eaux devait s'effectuer d'ici le 25 octobre pour en limiter les impacts dans l'environnement.

La manoeuvre a par contre été temporairement refusée par Environnement Canada qui avait évoqué de l'article 37 de la Loi sur les pêches et en raison des possibles impacts, notamment sur les poissons.

Plusieurs voix se sont élevées contre ce déversement et une manifestation s'est tenue dimanche dernier pour dénoncer cette décision.

Le Syndicat professionnel des scientifiques à pratique exclusive de Montréal (SPSPEM) a pour sa part révélé n'avoir jamais eu à étudier d'autres options que celle du déversement. Les ingénieurs municipaux ont affirmé se sentir utilisés par l'administration Coderre pour justifier ce déversement.

La Ville de Montréal a remis vendredi dernier à Environnement Canada l'ensemble des preuves colligées pour conclure que le déversement de 8 milliards de litres d'eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent était la seule avenue possible.

L'opposition satisfaite

L'opposition officielle à l'Hôtel de Ville de Montréal a salué la décision d'Ottawa.
«Depuis le début, la Ville a caché des informations au public et au conseil municipal. Je comprends la décision d'Environnement Canada. Encore aujourd'hui, on n'a pas vu d'étude d'impact», a fait valoir Sylvain Ouellet, conseiller de Projet Montréal.

Pourtant, mercredi matin, le maire Denis Coderre révélait que le contrat pour le remplacement de la chute à neige a été voté à l'unanimité par les élus de Montréal en août dernier.

«Ce vote concernait le contrat de la chute à neige. Le déversement n'était évoqué qu'à la cinquième annexe, alors qu'il aurait fallu que cela se retrouve dans les impacts majeurs de ces travaux et il n'y a aucune ligne à ce sujet», a fait valoir M. Ouellet.