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Justin Trudeau a confondu les sceptiques

Nouveau premier ministre

Impensable il y a quelques mois à peine, la victoire de Justin Trudeau est devenue réalité lundi soir.

Plus de 30 ans après que Pierre Elliott Trudeau eut quitté le 24, promenade Sussex, la résidence officielle du premier ministre, voilà que son fils aîné s'apprête à y élire domicile.

Justin, le petit garçon qui apparaissait sur les cartes de Noël de la famille Trudeau et que son père trimballait sous son bras comme un simple paquet, s'apprête à diriger les destinées d'une nation de quelque 35 millions d'habitants.


(Crédit photo: TVA Nouvelles)

Lorsque Justin voit le jour le 25 décembre 1971, cela fait bientôt quatre ans que son père a succédé à Lester B. Pearson au poste de premier ministre. La naissance du fils du politicien le plus en vue au Canada ne passe pas inaperçue. Il faut dire que c'est la deuxième fois seulement depuis la Confédération qu'un premier ministre en exercice a un enfant.

Si la naissance du petit Justin revêt un caractère exceptionnel, on peut presque en dire autant de son parcours pour le moins atypique. Rares sont les jeunes Canadiens qui comme lui ont l'occasion de rencontrer la reine Élizabeth II, d'être reçus en audience par le pape ou encore d'assister aux funérailles du dirigeant soviétique Leonid Brejnev.

Quand il n'accompagne pas son père aux quatre coins de la planète, Justin mène une existence paisible au 24, promenade Sussex et grandit sous le regard bienveillant des chauffeurs, gardes du corps et autres employés au service du premier ministre et de sa famille.


(crédit photo: archives, Agence QMI)

Malgré un emploi du temps chargé, Pierre Elliott Trudeau ne manque pas à ses devoirs de père. Lorsqu'il se trouve à la maison, il ne laisse pas son travail s'immiscer entre lui et ses enfants.

L'existence de Justin et de ses frères, Alexandre et Michel, n'est cependant pas sans ombrage. Les querelles entre Pierre Trudeau et leur mère, Margaret Sinclair, sont de plus en plus fréquentes. La jeune Vancouvéroise a dû mal à s'habituer à son rôle de première dame et supporte difficilement les absences fréquentes et prolongées de son mari. Le couple se laisse au début de l'année 1977.

Collège huppé

Comme son père avant lui, Justin fréquente le collège Jean-de-Brébeuf à Montréal, une prestigieuse institution d'enseignement secondaire et collégial qui a accueilli en ses murs les futurs premiers ministres Robert Bourassa et Pierre Marc Johnson, l'homme d'affaires Jean Coutu ainsi que l'astrophysicien Hubert Reeves, pour ne nommer que ceux-là.

Justin n'a pas la même érudition que Pierre Elliott Trudeau ni son statut d'intellectuel, mais il étonne ses professeurs par ses talents de communicateur et de rassembleur.


(crédit photo: archives, Agence QMI)

Après des études en littérature anglaise à l'Université McGill, il prend le chemin de la Colombie-Britannique, où il complète un baccalauréat en éducation. Il enseigne un temps à l'école secondaire Sir Winston Churchill à Vancouver puis obtient un poste à la West Point Grey Academy, une école privée de la région.

Tout semble aller pour le mieux pour le jeune homme quand une tragédie s'abat sur sa famille. Le 13 novembre 1998, son plus jeune frère, Michel, est emporté par une avalanche alors qu'il skie dans les montagnes Kootenay, en Colombie-Britannique. On ne retrouvera jamais le corps du disparu, qui n'était âgé que de 23 ans.

Justin a à peine le temps de surmonter l'épreuve du deuil que son père décède à son tour, le 28 septembre 2000, des suites d'un cancer de la prostate. Il était âgé de 80 ans. La mort de Pierre Elliott Trudeau oblige son fils à rentrer à Montréal pour assister à ses funérailles.

Absent des projecteurs depuis son exil à Vancouver, l'aîné des enfants Trudeau fait sensation en prononçant un éloge funèbre à la fois éloquent et poignant qu'il termine sur un vibrant «Je t'aime papa», une prestation qui émeut les Canadiens d'un océan à l'autre.

Nouvelle «trudeaumanie»

Enthousiasmés par le charisme et la prestance du jeune héritier, les libéraux nostalgiques se mettent rapidement à rêver d'une nouvelle «trudeaumanie». Âgé de seulement 28 ans, le principal intéressé estime toutefois qu'il a encore beaucoup de choses à prouver et à accomplir avant de marcher dans les traces de son père. La politique attendra.

En 2002, il rentre à Montréal pour de bon et marque une pause dans sa carrière d'enseignant pour se consacrer à des organismes jeunesse, dont Katimavik. C'est d'ailleurs dans la métropole québécoise qu'il rencontre l'amour de sa vie, Sophie Grégoire, une ancienne mannequin et animatrice de télévision. Le couple se marie en 2005.

En 2006, Justin Trudeau décide de s'impliquer activement dans la course à la direction du Parti libéral du Canada, qui se retrouve sans chef depuis la démission de Paul Martin. Quand Gerard Kennedy se retire de la course, Justin se range derrière Stéphane Dion qui, contre toute attente, remporte la course à la chefferie.


(crédit photo: archives, Reuters)

Le fils de Pierre Trudeau se sent maintenant d'attaque pour sauter dans l'arène politique. Il lorgne la circonscription d'Outremont, un château fort libéral, mais Stéphane Dion lui préfère le journaliste Jocelyn Coulon.

Refusant de se laisser démonter, Justin Trudeau décide de tenter sa chance dans Papineau, une circonscription montréalaise où des dizaines de communautés culturelles côtoient la majorité francophone. Après avoir remporté l'investiture libérale, il défait la députée sortante du Bloc québécois, Vivian Barbot, lors de l'élection générale du 14 octobre 2008.

Controverse

Les premières années de Justin Trudeau en tant que député sont marquées par quelques déclarations controversées. En février 2012, il affirme que les positions conservatrices de Stephen Harper sur l'avortement et le mariage homosexuel pourraient l'amener à vouloir faire du Québec un pays. Dix-huit mois plus tard, il admet avoir consommé de la marijuana depuis qu'il a été élu député.

C'est toutefois sur le ring et non sur les banquettes de la Chambre des communes que Justin Trudeau réussit à faire le plus parler de lui. Le 31 mars 2012, il affronte le sénateur conservateur Patrick Brazeau lors d'un combat de boxe organisé pour recueillir des fonds pour la lutte contre le cancer.

Même s'il concède plusieurs kilos à son adversaire, de trois ans son cadet, Justin Trudeau parvient à lui passer le KO technique au troisième round, et ce, au grand dam des députés conservateurs venus regarder le combat dans l'espoir de voir le député de Papineau finir la soirée au tapis.


(Crédit photo: archives, Reuters)

Fort de la notoriété acquise lors de ce combat, Justin Trudeau décide de se lancer dans la course à la direction du Parti libéral. Malgré quelques candidats de qualité, dont l'ancien astronaute Marc Garneau, Justin Trudeau l'emporte haut la main en récoltant 80% des voix lors du premier tour de scrutin.

Une fois élu, le nouveau chef se met à la tâche et prépare le terrain en vue de la prochaine élection fédérale. Son parti part toutefois de loin: les libéraux ont encaissé leur pire défaite électorale en mai 2011, un résultat qui les a relégués au rang de deuxième groupe d'opposition.

Les adversaires de Justin Trudeau l'attendent de pied ferme et n'hésitent pas à montrer du doigt son inexpérience en plus de critiquer son «manque de jugement». À leurs yeux, le chef libéral n'est qu'une coquille vide : belle apparence, mais peu de contenu.

Or, Justin Trudeau est à l'aise dans un rôle de sous-estimé, comme en fait foi sa victoire décisive sur Patrick Brazeau, alors qu'il était donné perdant. Le scrutin de lundi soir lui a encore une fois permis de faire mentir ses détracteurs.

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