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Le déversement planifié est moins risqué, selon les experts

Améli Pineda | Agence QMI

Le déversement d'eaux usées planifié par la Ville de Montréal dans le fleuve Saint-Laurent est moins risqué que s'il avait été imprévu, estiment les experts mandatés par Ottawa.

Les trois scientifiques qui signent le rapport rendu public vendredi laissent toutefois la nouvelle ministre de l'Environnement, Catherine McKenna, prendre une décision finale.

Dans le rapport, les experts soulignent qu'une opération de déversement planifiée comporte moins de risques qu'un déversement inattendu.

«Cette analyse a permis d'identifier plusieurs facteurs aggravants inhérents à un déversement équivalent d'eaux usées non traitées dû à des travaux effectués de manière imprévue plutôt que dans le contexte d'une planification rigoureuse», a expliqué Caroline Blais, directrice au sein de la Direction générale de l'intendance environnementale d'Environnement Canada.

Selon les experts, retarder le déversement prévu par la Ville pourrait avoir des conséquences plus importantes puisque les risques de bris d'une conduite pourraient provoquer des déversements non planifiés.

Si la Ville obtient le feu vert d'Ottawa, l'opération de déversement pourrait se faire d'ici le début du mois de janvier disent les experts.

Recommandations

Dans le document, les experts soulignent que le plan des mesures d'atténuation prévu par la Ville convient, mais qu'il devrait tout de même être bonifié.

Ils recommandent de faire un suivi du panache déversé et d'établir un plan d'urgence pour le nettoyage des matières déversées et en particulier, pour les îles de Sorel.

Les experts estiment que la Ville doit aussi considérer l'utilisation d'un bateau-citerne avec un siphon pour récupérer des matières dans le fleuve.

Une unité mobile de traitement devrait aussi être installée près des lieux d'un rejet à l'égout potentiellement toxique, notamment au Centre universitaire de santé McGill.

La Ville de Montréal se dit prête à prendre en considération les recommandations des experts, mais prévient qu'elle ne pourra toutes les retenir.

«À court terme, et compte tenu de l'urgence de la situation, certaines mesures seront identifiées comme prioritaires tandis que d'autres feront l'objet d'analyses détaillées pour une éventuelle mise en application ultérieure», a souligné Philippe Sabourin, porte-parole de la Ville.

L'opposition officielle estime quant à elle que le gouvernement fédéral doit obliger la Ville à appliquer toutes les mesures d'atténuation proposées.

«Il doit d'abord y avoir des mesures de compensation quand il y a un tel déversement, mais il faut aussi que l'administration de Justin Trudeau envoie un message fort aux municipalités et exige des mesures d'atténuation», a fait valoir Sylvain Ouellet, conseiller de Projet Montréal.

D'autres déversements à venir

Dans leur rapport, les experts préviennent même que d'autres opérations de déversement sont à prévoir.

«Puisque l'état actuel du système d'égout de la Ville de Montréal démontre des signes importants de vieillissement, il est évident que d'autres réparations devront être faites au cours des prochaines années et ceci engendrera possiblement d'autres déversements dans le Saint-Laurent», écrit-on dans le rapport.

Quant aux risques d'une telle opération sur la qualité de l'eau, les experts établissent qu'ils sont très limités, et ce même pour les stations d'eau potable de Berthierville et Lavaltrie, situées en aval de Montréal.

Rappelons que le rapport du comité d'expert a été remis à Environnement Canada vendredi dernier.

Ce comité indépendant avait été mandaté par l'ancienne ministre conservatrice de l'Environnement, Leona Aglukkaq, qui avait suspendu le déversement le 16 octobre dernier.

L'arrêt ministériel, qui était en vigueur jusqu'au 2 novembre, a été reconduit jusqu'au 9 novembre pour que la nouvelle ministre McKenna prenne la décision dans le dossier.