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Le rôle d'Abaaoud et de sa cousine remis en question

Sophie Deviller | Agence France-Presse

Trois personnes sont mortes dans l'assaut des forces de l'ordre mercredi à Saint-Denis (nord de Paris), dont l'instigateur présumé des attentats de Paris, Abdelhamid Abaaoud, et sa cousine. Les services antiterroristes tentent de retracer le parcours emprunté depuis la Syrie par une partie du commando, de savoir comment ils se sont coordonnés, et pistent toujours d'éventuels complices.

Le jihadiste belgo-marocain Abdelhamid Abaaoud, inspirateur de plusieurs attentats ou projets d'attentats en Europe, est mort dans l'assaut mené par les policiers d'élite français mercredi à Saint-Denis.

Sa cousine, Hasna Aitboulahcen, 26 ans, a aussi été identifiée parmi les morts, grâce à ses empreintes digitales. Des fragments de corps, appartenant vraisemblablement à un autre homme, sont en cours d'identification.

La kamikaze de la rue Saint-Denis

Parmi les auteurs des attentats du 13 novembre, quatre kamikazes, tous Français, ont été identifiés: Brahim Abdeslam (31 ans), Bilal Hadfi (20 ans), Samy Amimour (28 ans) et Omar Ismaïl Mostefaï (29 ans).

Les enquêteurs s'attachent à mettre un nom sur trois autres kamikazes. Ils savent maintenant que deux d'entre eux, qui se sont fait exploser aux abords du Stade de France à Saint-Denis, étaient arrivés sur le sol européen par la Grèce, début octobre, en passant avec des migrants.

Tous deux ont été contrôlés sur l'île grecque de Leros, en face de la Turquie. Un troisième homme, mort dans l'attaque de la salle de concert du Bataclan, n'est pas non plus encore identifié.

Soupçonné d'avoir participé aux attentats, le Français Salah Abdeslam reste introuvable depuis qu'il a sans doute été exfiltré par deux complices présumés, qui ont eux été inculpés en Belgique.

D'autres personnes sont-elles encore dans la nature? «On peut l'imaginer», selon le premier ministre français Manuel Valls.

Par ailleurs, la voix d'un vétéran du jihadisme français, Fabien Clain, 37 ans, a été identifiée sur un message de revendication des attentats par l'EI. La voix de son frère Jean-Michel a également été reconnue dans les chants accompagnant cet enregistrement.

La veille des attentats, trois voitures sont arrivées quasiment en convoi depuis la Belgique.

Des questions se posent sur l'équipe qui s'en est prise aux clients de bars et restaurants parisiens. Les enquêteurs sont convaincus que Brahim Abdeslam, mort en kamikaze, en a fait partie.

C'est moins sûr pour son cadet, Salah. Il a loué plusieurs voitures, sa carte a servi à payer deux chambres d'hôtel. Mais les enquêteurs se demandent s'il n'a pas convoyé les kamikazes du Stade de France, dans une Clio garée dans le nord de Paris. Ce qui rendrait sa présence dans le commando des terrasses plus hypothétique.

Abaaoud faisait-il partie de cette équipe ? L'hypothèse est accréditée par deux éléments: il a été filmé, le 13 novembre vers 22H00 (21H00 GMT), dans le métro à Montreuil, à l'est de Paris, là où a été retrouvée une Seat noire utilisée dans ces attaques. Des analyses de la police scientifique montrent également qu'il a manipulé l'une des trois kalachnikovs retrouvées dans la voiture.

Quel a été le rôle d'Hasna Aitboulahcen? Pour tenter de lever ces zones d'ombre, les enquêteurs procèdent à de nombreuses analyses notamment celle d'un portable retrouvé près du Bataclan et d'où un SMS a été envoyé par un des membres du commando.

Comment Abdelhamid Abaaoud, condamné pour des faits de terrorisme en Belgique, visé par un mandat d'arrêt international et bien connu des services, a-t-il pu, depuis la Syrie, traverser toute une série de frontières avant d'entrer en France? Manuel Valls a assuré «ne pas le savoir». Abaaoud narguait déjà les services antiterroristes en février, dans un entretien au magazine numérique de l'État islamique, Dabiq.

«Mon nom et ma photo étaient dans tous les journaux et pourtant je suis parvenu à rester dans leur pays (la Belgique, ndlr), à planifier des opérations contre eux et à partir sain et sauf quand cela est devenu nécessaire», selon ses dires.

Quelles routes ont-ils empruntées sans attirer l'attention les membres du commando venus des terres du jihad syrien? Au moins deux d'entre eux se sont mêlés aux migrants.

La question de la coopération entre services européens reste posée. Comment l'un des kamikazes, Samy Amimour, inculpé en France, a-t-il pu partir et revenir sans jamais être repéré? Pourquoi les Belges n'ont-ils pas prévenu les Français que les frères Abdeslam figuraient sur leurs fichiers antiterroristes?

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