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La France rend hommage aux victimes

Agence France-Presse

François Hollande a promis vendredi de «détruire l'armée des fanatiques» du groupe Etat islamique, tout en encourageant une France «frappée au coeur» à rester elle-même en allant au stade et au spectacle, lors d'un hommage aux victimes des pires attentats de l'histoire du pays.

Deux semaines exactement après les attaques qui ont fait 130 morts et plus de 350 blessés, plus de 2.600 personnes se sont recueillies dans la cour des Invalides, à Paris, lors d'une cérémonie retransmise en direct par plusieurs chaînes de télévision, y compris la BBC ou CNN.

Lola, 17 ans, Élodie, 23 ans, Jean-Jacques, 68 ans... la triste litanie des noms des victimes a été égrenée dans un profond silence, tandis que défilaient leurs portraits sur fond noir.

«130 vies arrachées, 130 rires que l'on n'entendra plus», a dit, ému, le président Hollande en référence à ces vies fauchées dans une salle de concert, dans des bars, des restaurants ou aux abords du stade de France, aux portes de Paris.

Face à leurs proches et à des dizaines de blessés, le chef de l'État a promis «solennellement» de «détruire l'armée des fanatiques», qui agit «au nom d'une cause folle et d'un Dieu trahi».

Mais la France «restera elle-même», a-t-il ajouté. «La liberté ne demande pas à être vengée, mais à être servie.»

Pour lui, les «terroristes» «voulaient ensevelir» la «joie» des Français «dans le fracas de leurs bombes». «Pour mieux leur répondre, nous multiplierons les chansons, les concerts, les spectacles; nous continuerons à aller dans les stades.»

La plupart des victimes «avaient moins de 35 ans», «c'était la jeunesse d'un peuple libre», a encore souligné François Hollande.

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Quelques familles de victimes avaient décidé de boycotter la cérémonie. Elles accusent le gouvernement socialiste de ne pas avoir réagi avec suffisamment de fermeté après la première vague d'attentats à Paris, en janvier. Dix-sept personnes avaient alors péri dans des attaques contre le journal satirique Charlie Hebdo, des policiers et un supermarché cacher.

«C'était à la hauteur de ce que nous attendions», «très émouvant», a toutefois réagi le père d'un spectateur blessé dans l'attaque contre la salle de concert du Bataclan.

«Cet hommage m'a beaucoup impressionné, même si au fond ça ne change rien à la douleur que l'on ressent», a estimé pour sa part François Giroud, père d'un jeune homme tombé au même endroit. «L'État nous montre là qu'il est présent avec nous.»

Invités par le président français à s'associer à l'événement en arborant au même moment le drapeau tricolore à leurs fenêtres, peu de Français ont répondu à l'appel. Peut-être parce que dans un pays réservé vis-à-vis des symboles nationaux, rares sont les familles à disposer de la bannière française.

Mais sur les sites des attentats, des dizaines de personnes se sont recueillies, déposant ici une rose blanche, là un mot de soutien. «Tout un pays souffre aujourd'hui», confie Élise Capvenat, 48 ans, devant le Bataclan.

Après avoir plaidé à Washington et Moscou en faveur d'une meilleure coordination des pays engagés dans la lutte contre l'EI, le président Hollande a «appelé» les députés britanniques «en solidarité avec la France» à approuver les frappes en Syrie en marge du sommet du Commonwealth à Malte.

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Si les présidents Barack Obama et Vladimir Poutine ont exprimé leur volonté d'«intensifier» leurs frappes sur l'EI en Irak et en Syrie et de mieux «coordonner» les bombardements aériens, l'idée de «grande coalition» avancée initialement par François Hollande patine.

Elle bute notamment sur le sort à réserver au président syrien Bachar al-Assad, «allié naturel» de Moscou, mais qui «n'a pas sa place» dans l'avenir de la Syrie pour Hollande et Obama.

Pour la première fois vendredi, le chef de la diplomatie française Laurent Fabius a toutefois envisagé que des forces du régime syrien puissent être associées à la lutte contre l'EI, «dans le cadre de la transition politique». Une déclaration «saluée» par son homologue syrien Walid Mouallem d'un «mieux vaut tard que jamais».

La quête d'une large coalition a également été compliquée par l’écrasement d'un bombardier russe, abattu mardi par la Turquie (membre de l'Otan et de la coalition anti-EI menée par les États-Unis) au motif qu'il aurait violé son espace aérien.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a exprimé vendredi le souhait de rencontrer «en face à face» Vladimir Poutine en marge du sommet sur le climat lundi à Paris pour parler de cet incident qui a créé de fortes tensions entre les deux pays.

Hollande, Obama et Poutine pourraient également discuter à nouveau de la Syrie en marge de ce rendez-vous, auxquels 147 chefs d'État et de gouvernement sont annoncés, un record pour une conférence climatique.

Barack Obama avait appelé dimanche ses homologues à venir à Paris pour montrer que le monde n'a pas peur des «terroristes».

La France a par ailleurs informé cette semaine le Conseil de l'Europe qu'elle allait «déroger à la convention européenne des droits de l'homme» avec l'état d'urgence décidé après les attentats.

Sur le front de l'enquête, deux suspects-clés restent activement recherchés, notamment en Belgique, où une sixième personne a été inculpée vendredi en lien avec les attentats.

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