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Jean-Paul L’Allier: un maire «visionnaire», souligne Émile Loranger

Stéphanie Martin | Agence QMI

Le maire de L’Ancienne-Lorette Émile Loranger a eu plusieurs divergences d’opinions avec Jean-Paul L’Allier, mais il reconnaît sa grande qualité de «visionnaire» qui a changé à jamais la face de sa ville.

«Les journalistes retiennent qu’on s’engueulait. Ils voient comme un problème le fait qu’il y ait de la chicane. Mais moi j’appelle ça de l’opposition et c’est sain, ça permet de faire un débat plus éclairé», a commenté le maire de L’Ancienne-Lorette mardi matin, quelques heures après avoir appris le décès de l’ancien maire de Québec.

Parlant de débat, Émile Loranger se rappelle qu’il fallait se lever de bonne heure pour mettre en boîte Jean-Paul L’Allier pendant une joute oratoire. «Il était érudit pas à peu près. C’était quelqu’un avec qui il était plaisant de débattre parce qu’il en connaissait long. Quand ça m’arrivait de faire un débat avec lui, fallait que je me prépare en simonac parce que lui, il était tout le temps prêt. Si tu ne voulais pas passer pour un cave, t’étais mieux de te préparer!»

Le maire de L’Ancienne-Lorette se souvient d’un homme passionné pour sa ville et pour la culture, «un grand démocrate» mais aussi une «tête de cochon» à ses heures. Il avait des adversaires politiques aussi entêtés, remarque Émile Loranger, avec lui-même et l’ex-mairesse de Sainte-Foy, Andrée P. Boucher.

«Sa grande force est qu’il était un grand rêveur. Il avait beaucoup d’idées et pour lui c’était important de les réaliser. Comment? Il s’en foutait, pourvu qu’elles se réalisent», se souvient celui qui s’est souvent indigné de la manie de Jean-Paul L’Allier de ne pas regarder à la dépense quand le budget de certains projets qu’il chérissait dépassait la limite. Particulièrement dans le domaine culturel. Même si M. Loranger était d’accord avec lui sur l’importance du développement culturel d’une ville, il contestait souvent les dépassements de coûts. «Au budget, je lui demandais souvent : «C’est quoi la limite?» Il disait : «Je ne sais pas». Je lui répliquais : «Jean-Paul, il faut bien en mettre une!»»

S’il reproche encore aujourd’hui à M. L’Allier d’être le responsable des fusions municipales, M. Loranger reconnaît qu’il «a laissé une marque indélébile. Il a laissé de bonnes réalisations. Comme la notion d’embellissement de la ville, qui a fait de la capitale une ville où on a le goût de vivre.»

«Un grand maire»

Yvon Bussières est venu en politique pour Jean-Paul L’Allier, dont il appréciait particulièrement les valeurs de générosité et d’engagement social. L’agent de pastorale qu’il était a sauté dans la mêlée au côté du maire L’Allier en 1993.
Joint mardi matin, il était très ému du départ de son ancien mentor, qui était aussi son ami, son confident et son conseiller.

«Ses deux grands legs ont été la démocratie participative, avec la création des conseils de quartier, et les fusions municipales, résume-t-il. (...) Celles-ci ont été un succès à Québec par rapport à Montréal. Grâce à lui, on a une ville propre, belle et tournée vers l’avenir.»

L’ex-maire était capable de travailler de façon constructive, même avec ses adversaires, se souvient-il. À un certain moment, il avait même invité des conseillers de l’opposition à siéger comme membres associés au comité exécutif de la Ville. Ses adversaires politiques avaient toujours son respect au plan humain, souligne-t-il.

«C’était un homme d’une grande générosité. Un bon conseiller, un confident. Je ne l’oublierai jamais, il sera toujours là pour moi. C’était un homme de cœur. C’était un grand maire qui s’est donné pour sa ville. Il laisse un héritage: le respect dans l’adversité.»

Réaction de Jacques Tanguay

L’homme d’affaires Jacques Tanguay ne garde que de bons souvenirs de l’ancien maire de Québec Jean-Paul L’Allier, «un grand personnage pour la ville de Québec», qui avait facilité à l’époque le retour des Remparts au vieux Colisée.

«On a toujours dit que si la ville est belle, c’est à cause de M. L’Allier. C’est l’adage qui est resté. Il a embelli la ville durant toutes ses années. Il en fait quelque chose de fantastique. De ce que j’ai connu de lui, c’était un individu passionné, poli et excessivement intelligent qui possédait ses dossiers», a souligné le vice-président et directeur général d’Ameublements Tanguay.

Pour l’actuel président des Remparts, il ne fait aucun doute que l’homme a laissé un héritage important, «que ce soit au niveau sportif, culturel et physique. C’était un homme qui avait du jugement qui s’impliquait».

«Un facilitateur» pour les Remparts

À l’origine de la renaissance des Remparts dans la LHJMQ en 1997, Jacques Tanguay rappelle que l’ancien maire avait contribué à ramener l’équipe de hockey au Colisée, elle qui disputait alors ses matchs locaux au PEPS de l’Université Laval.

«Il a été un facilitateur pour le retour des Remparts au Colisée. Il avait l’esprit très ouvert. On ne demandait rien de particulier, mais quand le Colisée est devenu libre, c’était une opportunité de ramener les Remparts. On a parti en même temps les Citadelles et on a connu une époque extraordinaire au Colisée», explique-t-il.

Hôte du tournoi de la coupe Memorial en 2003, l’organisation des Remparts avait aussi bénéficié d’un soutien indéfectible de la part du politicien pour accueillir la grand-messe annuelle du hockey junior canadien.

«Il avait été excessivement proactif dans ce dossier, allant même jusqu’à nous accompagner à la LHJMQ pour vendre la ville et ouvrir les portes de la communauté sportive. Il savait que ça aurait été des retombées autant sportives que touristiques», s’est souvenu M. Tanguay.

- Avec la collaboration de Roby St-Gelais.

 

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