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Denis Coderre sert le repas des rois à l’Accueil Bonneau

Camille Gaïor | Agence QMI

C’est un marathon de distribution qu’ont réalisé dimanche une centaine de bénévoles de L’Accueil Bonneau, à Montréal, pour servir 550 repas en cinq heures.

Après avoir été accueillis via une haie d’honneur sur fond de musique traditionnelle, les convives se sont fait servir par des bénévoles, mais aussi des dignitaires, comme le maire Denis Coderre et l’archevêque de Montréal, Christian Lépine.

«Ça me rappelle quand j’avais 10 ans et les dîners de Noël chez les sœurs, a expliqué un ancien professeur de mathématiques, à la rue depuis quatre ans. C’est une bonne façon de nous ramener dans un espace commun.»

L’Accueil Bonneau sert une moyenne de 900 repas par jour, un chiffre stable, comme à la Mission Old Brewery, qui accueille 4000 personnes distinctes par année.

Les petits plats dans les grands

Sur la table, du café à volonté, des crudités et des olives en apéritif. Les assiettes défilent, au menu, poulet, carottes et purée. Certains semblent déguster alors que d’autres avalent leur plat en quelques minutes. Mais pour la plupart, le plaisir est au rendez-vous.

«C’est un spectacle, mais si ça peut faire connaître L’Accueil Bonneau et ramener des dons, tant mieux», croit un autre.

Pas seuls

Y allant de mots d’encouragements, Denis Coderre a réitéré son appui à la communauté itinérante. «Ne lâchez pas tout le monde, il y a des moments difficiles dans la vie, mais vous n’êtes pas seuls», a-t-il lancé avant que débute le premier service.

Selon un itinérant qui sillonne le Canada depuis 8 ans: «Montréal est un paradis»

À l’image du traditionnel dîner des rois servi par L’Accueil Bonneau, des itinérants soulignent que Montréal est une des villes du Canada les plus accueillantes pour les gens dans le besoin.

Un repas de fête servi par une centaine de bénévoles, des dignitaires en haie d’honneur qui accueillent des itinérants, le tout dans une ambiance survoltée, si le dîner des rois est un rituel pour L’Accueil Bonneau, ce n’est pas banal, rappelle John Dunham, un itinérant «nomade» de 50 ans.

«Montréal est quasiment un paradis, a lancé cet ancien entrepreneur en construction. Ici, il y a toujours un refuge pour t’accueillir, te donner à manger. À Winnipeg, on nous donnait des toasts secs, un bol de soupe et si tu n’avais pas de chaussures par -40 degrés, on te mettait tout de même dehors.»

Depuis son divorce en 2008, à Edmonton, M. Dunham sillonne le Canada «au gré des opportunités», comme il dit. Edmonton, Winnipeg, Vancouver et Montréal depuis quatre ans.

Des soins de santé

Frappé par une voiture quelques semaines après sa séparation, John Dunham avait perdu une grande partie de la vue, une des raisons qui l’ont mené au Québec. «Dans l’Ouest, j’aurais attendu des années pour être opéré, ici, en trois mois c’était fait», a-t-il précisé.

Au-delà de la différence entre les services, il estime que les Montréalais ont une plus grande considération envers les personnes dans le besoin. «Le meilleur exemple, c’est que quand on quête, les gens donnent», a-t-il ajouté.

De l’entraide

Sous couvert de l’anonymat, plusieurs itinérants reconnaissent la particularité de Montréal, plus de ressources, plus de sensibilisation et plus d’entraide.

À 47 ans, celui qui se fait appeler «Noël» est dans la rue depuis cet été. Il est venu de Sorel, pour bénéficier des services organismes montréalais et fait le même constat. «L’ambiance est fraternelle, il y a moins de violence qu’à Toronto, par exemple, j’imagine aussi parce qu’il y a moins de crack», a-t-il dit.

Et une dignité

Une des forces de l’approche montréalaise résiderait aussi dans la valorisation des personnes.

«Avec des organismes centenaires, on a acquis une certaine expérience, a fait tout d’abord valoir Matthew Pearce de la Mission Old Brewery. Ici, on mise sur l’accompagnement avec respect et dignité, ce n’est pas simplement du dépannage.»

Au lendemain de la Conférence nationale pour mettre fin à l'itinérance, qui se tenait à Montréal, en novembre dernier, Aubin Boudreau, directeur de L’Accueil Bonneau peut affirmer que «Montréal fait du bon travail».

Coderre confiant

Entre la création du Mouvement pour mettre fin à l’itinérance, le poste de Protecteur des itinérants et le dossier des sites d’injections supervisés, la lutte contre l’itinérance va bon train, croit le maire de Montréal.

«Tout ça démontre qu’on a couvert tous les angles qui touchent la question des sans-abri, c’est pas juste une politique, c’est un plan d’action», a indiqué Denis Coderre, qui souhaite sortir 2000 itinérants de la rue d’ici 2020.