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Exclusif - Le Canada fait l’éloge d’un penseur controversé de l’Islam

Le ministère des Affaires étrangères du Canada a publié sur son site web une entrevue faisant l’éloge de Tariq Ramadan, penseur de l’Islam qui aime se décrire comme un modéré, mais dont les propos souvent controversés soulèvent des questions.

MISE À JOUR : À la suite de la diffusion du reportage, le ministère des Affaires étrangères a supprimé l’article de son site internet.

Le Canada fait l'éloge d'un penseur controversé de l'islam: l'article supprimé du site web

Le site gouvernemental le décrit comme un «visionnaire» qui «occupe une place unique parmi les principaux maîtres à penser de l’Islam».  Petit-fils du fondateur des Frères Musulman, lors d’une conférence donnée à l’université McGill en novembre, à Montréal, Tariq Ramadan avait accusé l’Occident d’alimenter les divisions qui incitent les terroristes à commettre leurs crimes.

«L’Ouest veut diviser pour régner alors qu’il faut s’unir», avait-il déclaré devant une salle comble.

Tariq Ramadan, qui enseigne à la prestigieuse université d’Oxford en Angleterre, dirige aussi une chaire de recherche sur la Charia au Qatar, financée par la reine de l’Émirat du Golfe persique et soutenue par Youssef Qaradawi, un des imams les plus radicaux du monde musulman, qui prône entre autres le meurtre des homosexuels.

Un homme d’une grande influence

Tariq Ramadan jouit d’une grande influence dans les milieux islamiques, mais l’homme qui, dans l’entrevue publiée par le ministère des Affaires internationales du Canada, affirme «même si d’autres me décrivent comme un intellectuel musulman, je suis un lettré suisse», a souvent tenu des propos pour le moins controversés. Dans une vidéo tournée en 2011 à Dallas, Ramadan, dans une assemblée d’ICNA, une organisation qui a invité au pays plusieurs imams radicaux, appelle les musulmans à coloniser les États-Unis.

Sur une autre vidéo, on voit Tariq Ramadan dirigeant une prière en arabe où il demande à Allah de frapper les ennemis de l’Islam.

Ces propos pourraient difficilement être considérés comme modérés, estime Marc Lebuis de Point de bascule, qui suit de près les mouvements islamiques et islamistes dans le monde.

«L’Islam qui vient du Qatar, de l’Arabie Saoudite et des Frères musulmans, c’est cet Islam-là qu’il vient répandre. Et tous les services secrets du monde le savent», déclare-t-il.

M. Lebuis s’inquiète de voir le Canada accorder autant de crédibilité à un homme dont les propos sont loin de toujours faire l’unanimité. «Il y a probablement eu un problème à l’intérieur du ministère des Affaires étrangères. Ils n’ont pas fait leur travail», croit-il.

Or, le ministre Stéphane Dion, questionné par TVA Nouvelles, dit ne pas s’inquiéter. Au sujet du site web de son ministère, il dit que «ça doit être révisé, ça traine depuis trop longtemps et ça n’a rien à voir avec l’opinion du Canada».

Malgré le contexte d’insécurité mondiale actuel, le gouvernement Trudeau, dont Tariq Ramada avait salué l’élection cet automne lors de sa visite à Montréal, ne semble pas se préoccuper de la présence d’un portrait élogieux du penseur controversé de l’Islam sur son propre site web.

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