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Le patron de RONA empochera de 20 à 25 millions $

Jean-Francois Cloutier | Argent

Le grand patron de RONA Robert Sawyer, en poste depuis moins de trois ans à la tête de l’entreprise, va recevoir un pactole évalué entre 20 et 25 millions $ en cédant la chaîne québécoise à l’entreprise américaine Lowe’s.

En offrant une prime de 104 % sur le cours de clôture de RONA (RON : TSX), Lowe's a fait bien des heureux chez les actionnaires du quincailler québécois.

Le grand gagnant de cette transaction, c'est toutefois clairement le PDG de RONA, selon l’expert Michel Nadeau, directeur général de l’Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques et ancien numéro deux de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Lorsque Robert Sawyer a pris ses fonctions, en mars 2013, le titre de RONA valait environ 11 $. Il s'est apprécié jusqu'à 16 $ l'an dernier avant de retraiter à 11,77 $ au cours de clôture mardi.

À titre de détenteur de 100 000 actions, Robert Sawyer touchera 2,4 millions $. À cela, il faut ajouter le gain sur ses options ainsi qu'une prime de 4,2 millions $ en cas de prise de contrôle de la compagnie, ce qui fait qu'en tout en partout, il quittera le navire avec un pactole évalué entre 20 et 25 millions $.

Le bilan de Robert Sawyer est pourtant faible, selon Michel Nadeau. «On n'a pas rénové de magasins. On n'a pas fait de changements en profondeur. Tout ce qu'on a fait, c'est de racheter des actions pour maintenir l'action et sauver les meubles», a-t-il déclaré.

Pas d’illusions

De plus, selon M. Nadeau, il ne faut pas se faire d'illusions en ce qui concerne le pouvoir décisionnel de RONA. Il glissera inévitablement vers les États-Unis même si Lowe's promet de faire du bureau de Boucherville son siège social pour ses opérations canadiennes.

L'expert, qui en a vu d'autres, cite notamment l'achat d'Alcan par Rio Tinto en 2007.

«On avait promis de faire du bureau montréalais le siège social de toutes les alumineries de Rio Tinto. Mais maintenant, ça fait partie d'un grand groupe, qui est en difficulté, et les décisions sont prises à Londres.»

Michel Nadeau enchaîne avec un autre exemple provenant du commerce de détail, l'achat de Provigo par l'ontarienne Loblaw’s en 1998.

«Le siège social, la coquille de Provigo au Québec, c'est fini. Ces garanties-là, c'est très à court terme. En payant une prime de 100 %, c'est clair que Lowe's paie très cher. Il va falloir qu'ils rationnalisent, qu'ils coupent des emplois et qu'ils soient efficaces.»

En conclusion, l'expert se demande qui serait prêt à payer plus cher pour cette chaîne québécoise qui doit aussi composer avec un excellent concurrent comme Home Depot.

«C'est une journée triste mais au moins pour M. Sawyer et les actionnaires, c'est une belle journée», conclut-il.

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