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SNC, Bombardier, Metro sont-elles des cibles d'acquisition ?

Martine Turenne|Argent

RONA a été achetée mercredi par l’Américaine Lowe’s. Son siège social demeurera à Boucherville... pour l’instant du moins. Quelles sont autres proies de choix ?

La faiblesse de notre dollar rend plusieurs de nos fleurons vulnérables. Or, leur vente s’accompagne bien souvent de la perte d’un siège social. «Et quand on perd un siège social, on perd non seulement les employés qui y travaillent, mais aussi tous les fournisseurs et les professionnels (avocats, comptables, actuaires) qui gravitent autour», dit Michel Nadeau, directeur général de l’Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques (IGOPP).

Sans oublier l’implication de ces sièges sociaux dans leur communauté.

Une situation que dénonce le chef de la Coalition Avenir Québec (CAQ), François Legault, qui estime qu’après les pertes des Provigo, Alcan, Astral et Cirque du Soleil, l’économie du Québec se transforme en une économie de succursales. «Jamais les Américains, les Allemands, les Japonais n'accepteraient ça», a-t-il déclaré.

Plusieurs entreprises québécoises sont à risques, certaines élevées, d’autres moins. Michel Nadeau en donne un aperçu.

Très à risque

Banque Nationale (siège social : Montréal, 20 125 employés)

Banque Laurentienne (Montréal, 3 700 employés)

«Il y a cinq ans, le scénario souvent invoqué était que les six grandes banques canadiennes se fusionneraient par groupe de deux. Et les banques québécoises n’en sortiraient pas gagnantes. Or, la Banque Nationale, et la Laurentienne, dans une moindre mesure, offrent des postes clés en finance au Québec, notamment dans le prêt commercial. »

Metro (Montréal, 65 000 employés)

«Metro doit demeurer au Québec ! C’est une entreprise extrêmement bien gérée, mais il n’y a pas d’actionnaires de contrôle, ce qui la met à risque. Elle pourrait donc être achetée par de gros investisseurs. Ce serait une tragédie de perdre un tel siège social. Mais c’est une cible.»

Industrielle alliance (Québec, 5 019 employés)

«C’est une très belle entreprise de Québec. Mais Manulife, Greatwest et Sunlife, dont les sièges sociaux sont en Ontario, contrôlent 80 % du marché. Pour accroître leur part, Industrielle Alliance est une cible de choix. »

SNC-Lavalin (Montréal, 40 000 employés)

«Dans la foulée du scandale qui a frappé la firme, le siège social de Montréal a déjà perdu plusieurs postes décisionnels au profit de Londres. Tout l’international est géré de là-bas. Des grosses firmes européennes et américaines pourraient l’acheter, comme Dessau a été vendu à une firme albertaine.»

Dollarama (Montréal)

«Depuis que la famille Rossy a vendu 80 % de ses actions au fonds d’équité américain Bain, Dollorama pourrait être vendu à un des détaillants américains qui sont, comme elle, dans le monde du dollar. »

Risques moyens

Transat (Montréal, plus de 5 000 employés)

«Une transaction impliquant Transat est moins évidente à mes yeux. L’industrie fluctue beaucoup, il y a des hauts et des bas.»

Kruger (Montréal, 10 500 employés)

«C’est une compagnie privée. On en connaît peu. Mais rien n’indique qu’elle ne pourrait être vendue.»

Bombardier (Montréal, 74 000 employés)

 «Si la famille Beaubien n’avait pas 54 % des actions (dont des actions multivotantes), la compagnie serait peut-être dans les mains de Boeing ou d’Embraer. Elle a pris un gros risque avec les CSeries, mais elle ne vendra pas à court terme.»

Peu de risques

CAE (Montréal, 8 000 employés)

« CAE peut être à risque, car l’entreprise n’a pas d’actionnaires de référence. Mais la compagnie serait difficile à vendre, car elle n’est pas hyper rentable. »

Cascades (Kingsey Falls, 11 000 employés)

Jean Coutu (Varennes, 17 000 employés)

TC Transcontinental (Montréal, plus de 8 000 employés)

«Ce sont des entreprises où 30 % de l’actionnariat est contrôlé par des familles. Elles ne peuvent donc pas être achetées facilement. Alain Lemaire a récemment été clair là-dessus : il veut garder Cascades dans la famille, probablement dans une fiducie, avec des actions multivotantes».

 

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