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Québec ne s’opposera pas à la vente de Rona

Régys Caron | Agence QMI

Le gouvernement Couillard n'entend pas faire obstacle à l'achat de la chaîne Rona par l'Américaine Lowe's au coût de 3,2 milliards $.

«C'est une transaction qui a été souhaitée par les dirigeants de Lowe's et de Rona. Ce qui est important pour nous, c'est que les emplois soient maintenus au Québec, que les fournisseurs québécois puissent profiter de cette transaction pour exporter et profiter des marchés étrangers et que le siège social soit maintenu au Québec», a déclaré la nouvelle ministre de l'Économie, Dominique Anglade, mercredi, à son arrivée au Conseil des ministres.

Le gouvernement libéral de Jean Charest avait bloqué une tentative d'achat de Rona, par Lowe's, en 2012. Le contexte était différent parce qu'il s'agissait d'une offre d'achat hostile, a plaidé Mme Anglade. La ministre promet de s'asseoir avec les nouveaux dirigeants de l’entreprise afin de s'assurer, dit-elle, que les engagements pris soient respectés. Lowe’s s’est notamment engagé à maintenir «la majorité des emplois».

«On parle de 24 000 emplois au Québec, de bannières, de services de proximité avec la population. On pense qu'ils (les nouveaux propriétaires) vont être sensibles à ça. Mon rôle sera de m'asseoir avec le pdg de l'organisation dans les prochaines semaines et de m'assurer que tout ce qui est présenté sur papier sera respecté», a assuré la ministre.

Une prise de participation du gouvernement dans Rona n'est pas une avenue envisagée, a-t-elle ajouté, avant de préciser qu'en 2014, des entreprises québécoises, dont CGI et Couche-Tard, ont investi 30 milliards $ pour acheter des entreprises à l'étranger.

L'opposition dénonce

Le chef du Parti québécois (PQ), Pierre Karl Péladeau, a dénoncé l'attitude du gouvernement Couillard devant cette transaction.

«Nous perdons des sièges sociaux, souvenez-vous de Bell Astral, de Rio Tinto et de Provigo. Nous perdons notre capacité de contrôler notre économie. Les sièges sociaux sont importants pour une nation. Nous avons besoin de prendre des décisions pour les conserver», a sermonné le chef du PQ.

Pierre Karl Péladeau demande au premier ministre Philippe Couillard d'utiliser Investissement Québec et la Caisse de dépôt et placement du Québec pour empêcher la transaction.

«Pour bloquer une transaction de cette nature, il faut avoir plus de 10 % des actions de l'entreprise [...] Le premier ministre Couillard doit envoyer un message clair, avec les outils dont il dispose comme Investissement Québec, pour faire en sorte que cette transaction ne puisse se réaliser», a souhaité M. Péladeau.

La Caisse de dépôt a fait savoir qu'elle vendra les actions qu'elle détient dans Rona, ce qui lui permettra de concrétiser une plus-value de 800 millions $ comparativement à l'offre d'achat hostile présentée par Lowe's en 2012.

Pour sa part, le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, s'est dit «inquiet de voir le Québec se transformer en économie de succursales sous le régime libéral».

«Nous sommes placés devant un fait accompli, c'est un triste jour pour le Québec», a dit M. Legault.

Inquiétude partagée chez Québec solidaire. Françoise David a imploré le gouvernement de veiller au maintien des emplois au Québec et à la protection des fournisseurs de Rona.

«La faiblesse du dollar canadien expose nos entreprises à ce genre de prise de contrôle par des intérêts étrangers», a dit Mme David.

Réactions du fédéral

À Ottawa, le premier ministre Justin Trudeau a réagi sur le ton de la prudence. «C'est quelque chose qui va être révisé. Il y a un processus pour ça. On va écouter», a dit M. Trudeau.

Le ministre fédéral de la Famille, Jean-Yves Duclos, s'est dit préoccupé par le maintien des emplois.

«C’est important que les emplois au Québec restent au Québec et on va s’assurer de travailler étroitement avec le gouvernement du Québec pour que ce soit le cas [...] C’est un enjeu qui relève des relations provinciales-fédérales, donc le Québec et le Canada doivent travailler étroitement sur cette question-là. L’objectif principal, c’est de protéger les emplois du Québec, on va le faire en collaboration (avec la province)», a indiqué M. Duclos.

La transaction devra passer sous la loupe d'Investissement Canada et du bureau canadien de la concurrence.

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