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L'actrice DeCoutere dit avoir été brutalisée par Ghomeshi

Maxime Deland | Agence QMI

L’actrice Lucy DeCoutere, qui dit avoir été brutalisée par Jian Ghomeshi, a revu l’ex-animateur de CBC après les événements, allant même jusqu’à chanter avec lui dans un karaoké «Hit Me Baby One More Time», tirées d'une chanson de Britney Spears.

Environ un an après l’agression présumée dont elle a été victime, Mme DeCoutere a raconté avoir chanté en duo avec l’ancienne vedette de la radio - mais pas dans un «contexte romantique» - cette chanson dont les paroles sont très ambigües («Hit Me Baby One More» fait référence à reprendre contact, mais peut être interprétée littéralement comme «frappe-moi une fois de plus bébé»)

«C’est intensément ironique», a dit l’actrice canadienne de 45 ans en parlant de cet aveu qui a fait réagir les gens dans la salle.

La comédienne a entamé son témoignage jeudi matin, au troisième jour du procès pour agressions sexuelles de Jian Ghomeshi. Ce dernier est également accusé d’avoir tenté d’étouffer Mme DeCoutere dans le but de la maîtriser.

La victime alléguée a dit avoir rencontré Ghomeshi pour la première fois en juin 2003, lors du Festival du film de Banff, en Alberta.

Prise à la gorge et giflée

Plusieurs courriels et appels téléphoniques plus tard, Mme DeCoutere, qui habite à Halifax, s’est rendue à Toronto pour revoir Ghomeshi.

Après être allé prendre une marche, Ghomeshi lui aurait fait visiter sa résidence. C’est là qu’il l’aurait embrassée. «Puis, tout d’un coup, il m’a saisie à la gorge et plaquée contre le mur. Il m’a ensuite giflée trois fois.»

Selon elle, tout est arrivé très soudainement. «C’est parti comme ça, sans prévenir.»

Questionnée à savoir si elle était consentante à se faire brutaliser de la sorte, la réponse de Lucy DeCoutere a été sans appel. «C’est impossible de donner son consentement à quelque chose qui ne nous a pas été demandé. Alors la réponse est non.»

Très à l’aise à la barre des témoins, Mme DeCoutere a soutenu qu’elle ne «pouvait plus respirer» tellement l’emprise de Jian Ghomeshi était forte sur son cou.

Malgré cet épisode qu’elle n’arrive toujours pas à s’expliquer aujourd’hui, Lucy DeCoutere n’a pas immédiatement quitté la résidence de l’ex-vedette de CBC.

«Je ne voulais pas être impolie, s’est-elle défendue. Avec le recul, je sais que c’est scandaleux d’être restée chez lui après ce qui venait d’arriver.»

Contre-interrogatoire serré

En contre-interrogatoire, la défense a repris là où elle avait laissé en s’attaquant à la crédibilité de Mme DeCoutere et en soulevant de nombreuses incohérences dans son témoignage.

À plusieurs occasions, l’actrice a paru hésitante avant de répondre aux questions, notamment lorsqu’elle a été confrontée à des photos d’elle en compagnie de Ghomeshi, collés l’un sur l’autre, moins de 24 heures après la présumée agression.

Le contre-interrogatoire se poursuivra vendredi matin.

Stratégie utilisée par la défense: «c’est dégueulasse»

Une dizaine de personnes ont manifesté devant le palais de justice de Toronto, notamment afin de condamner la stratégie «dégueulasse» utilisée par l’avocate de la défense dans le procès de Jian Ghomeshi.

«C’est dégueulasse. C’est pour ça que les femmes ont peur de dénoncer», a tonné Eden Hertzoj.

Depuis le début du procès extrêmement médiatisé de Jian Ghomeshi pour agressions sexuelles, la défense a tout fait pour discréditer les présumées victimes appelées à la barre, sans jamais remettre en doute que Ghomeshi les a frappées.

L’avocate de Ghomeshi, Marie Henein, a plutôt décidé de soulever toutes les incohérences et les contradictions qu’ont faites les victimes alléguées entre leurs déclarations à la police, aux médias et celles faites durant le procès.

«Ces femmes qui témoignent durant le procès sont très braves, a dit Mme Hertzoj. Faire face aux questions répétées de la défense, c’est la chose la plus difficile. Ces femmes doivent savoir qu’on les écoute, mais surtout, qu’on les croit.»

«Nous voulons qu’elles sachent que nous les écoutons et que nous sommes fières d’elles», a pour sa part indiqué Kate Crothers-Little.

Certaines femmes présentes sur les lieux trouvent déplorable que des femmes qui dénoncent des agressions sexuelles reçoivent un traitement aussi dur. «Pourquoi se font-elles autant discréditer? Ces femmes ne se souviennent peut-être plus de la longueur de leurs cheveux au moment de l’agression, mais elles se souviennent très bien d’avoir été frappées en plein visage. Ça, c’est difficile à oublier», a laissé tomber Jennifer Lee O’Neill.

La manifestation s’est déroulée de façon pacifique. La police de Toronto ne déplore aucun grabuge, ni aucune arrestation.

Qui est Lucy DeCoutere

-45 ans

-Originaire d’Edmonton, en Alberta

-Elle est la plus jeune de quatre enfants

-Habite à Halifax, en Nouvelle-Écosse

-Elle est capitaine dans les Forces armées canadiennes

-Elle a déjà fréquenté l’Université Concordia, à Montréal et l’Université Griffith, en Australie

-Actrice connue pour son rôle de Lucy dans la série télévisée «Trailer Park Boys»

-Avant d’être connue, elle a été professeure à la maternelle en Corée du Sud

-Elle est la première alléguée de Jian Ghomeshi à être publiquement identifiée

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