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Une vente planifiée par RONA, selon des marchands affiliés

Denise Proulx | Argent

Des marchands indépendants affiliés à RONA depuis des décennies estiment que le conseil d’administration de la quincaillerie québécoise a soigneusement préparé sa vente à Lowe’s. Selon eux, les dirigeants auraient pris les moyens d’éviter que les commerçants puissent bloquer l’offre d’achat.

On se souviendra qu’en août 2012, les marchands indépendants de 164 magasins RONA à travers le Canada s’étaient opposés à l'offre publique d'achat hostile de 1,76 milliard $ déposée par Lowe’s, le géant américain de la rénovation domiciliaire.

« Parce que votre modèle d'affaires n'est pas compatible avec celui dans lequel nous avons individuellement choisi d'investir, nous vous disons respectueusement "non merci"», avaient écrit les marchands indépendants au président et chef de la direction de Lowe’s, Robert Niblock.

Rachat massif d’actions

Dans le cadre d’une entente pour utiliser la bannière RONA, les marchands doivent détenir des actions de la société établies au prorata des ventes. Les marchands peuvent également acheter des actions à leur guise, ce que fait la majorité au fil des années.

De plus, un grand nombre était également devenu propriétaire franchisé de magasins RONA L’entrepôt.

Or, des marchands croient que les administrateurs de RONA ont pris les moyens pour amoindrir leur pouvoir de s’opposer à d’autres offres de vente.

«Après le blocage de l’achat, la direction a changé et elle a poussé Robert Dutton dehors. En 2013, RONA nous a tous racheté les parts que nous détenions dans les entrepôts, en affirmant que ce serait mieux pour gérer les approvisionnements. On ne nous a pas donné l’heure juste. C’était pour mieux vendre RONA», déclare André Blain, copropriétaire de la quincaillerie Beaubien (ouverte en 1973).

Depuis, l’actionnariat des marchands indépendants représente moins de 10 %.

«On se faisait dire que le modèle d’affaires allait changer. On voyait bien par leurs gestes que quelque chose s’en venait», complète Delphine Grégoire, propriétaire de la quincaillerie J.R. Grégoire de la rue Ontario à Montréal.

«Depuis sept à huit mois, les employés des entrepôts me parlaient qu’ils allaient rentrer des appareils ménagers. Le nom de Lowe’s circulait comme exemple le nouveau modèle d’affaires que voulait adopter RONA. La vente était planifiée depuis longtemps, selon moi», complète André Blain.

Des marchands au Mexique

Au moment même de l’annonce de la transaction, une cinquantaine marchands affiliés et de fournisseurs étaient sur les plages de la Riviera Maya au Mexique, à l’invitation de RONA, et ce jusqu’à dimanche.

Selon l’entreprise, ces marchands participent à des activités de formation, des présentations de la part de fournisseurs, des rencontres de groupes et individuelles, des activités de réseautage en plus d’une activité communautaire où tous contribuent, dans le cadre d’un projet, à améliorer la qualité de vie de la communauté locale.

Il semble que RONA ne les ai pas mis au courant de la transaction. «C’est moi le premier qui ai annoncé la nouvelle à mon frère», affirme André Blain.

Une affirmation que nie catégoriquement RONA.

«C’est faux : tous les marchands, incluant ceux qui étaient au Mexique, ont reçu mercredi un courriel, dès 6 h le matin, de la part de M. Robert Sawyer», réplique la porte-parole Valérie Gonzalo. «Il y avait plusieurs vice-présidents sur place qui étaient en mesure de répondre à leurs questions. Alain Brisebois, premier vice-président et chef de la direction commerciale, a également pris un avion à 6 h le matin même afin d’aller à leur rencontre et discuter avec eux à ce sujet.»

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