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Les chauffeurs de taxi manifestent contre Uber

Pierre-Olivier Fortin | Agence QMI

Un petit groupe de chauffeurs de taxi a fait grand bruit en usant leurs klaxons pour se faire entendre des élus en rentrée parlementaire, mardi midi, afin que le gouvernement mette fin aux activités d’UberX qui leur livre une concurrence qu’ils jugent déloyale.

Une cinquantaine de chauffeurs ont bravé le froid pour crier leur inquiétude et leur colère à l’endroit d’Uber et du gouvernement libéral, qui tolère beaucoup trop à leur goût la présence des chauffeurs d’UberX à Montréal et à Québec.

Le premier ministre Philippe Couillard «bloque tout», selon Hicham Berouel, porte-parole du Mouvement de révolte des taxis contre l’injustice. Il l’accuse d’avoir remplacé Robert Poëti par Jacques Daoust et lancé une nouvelle commission parlementaire simplement pour gagner du temps.

Les gens sont «désespérés», déplore-t-il et les moyens de pression vont s’intensifier, annonce M. Berouel. Il ne voit pas de solution possible tant que les chauffeurs d’Uber ne respecteront pas les lois et que le gouvernement ne trouvera pas de solution au problème des permis.

Déjà, leurs permis de taxi achetés à fort prix perdent de la valeur et plusieurs chauffeurs ressentent l’effet d’Uber sur leurs chiffres d’affaires, à la hauteur de 20 ou même 30 %.

«Pour moi, c’est la faillite totale, dit le chauffeur Mohamed Awan, qui a acheté son permis 220 000 $ en juillet dernier. Je ne sais plus quoi faire, c’était déjà difficile de gagner ma vie.»

Et même si une solution mitoyenne est trouvée, comme à Edmonton, par exemple, les taxis voient mal comment ils pourront tirer leur épingle du jeu si la tarte, déjà relativement petite, est partagée avec les chauffeurs d’Uber. «Nous, on va aller jusqu’au bout, jusqu’à ce qu’Uber s’en aille!» lance le chauffeur Gilles Roberge, qui dit perdre jusqu’à 70 $ par jour.

Les députés Amir Khadir de Québec solidaire et Martine Ouellet, du Parti québécois, sont venus offrir leur soutien aux taxis.

Les deux politiciens sont d’accord avec les chauffeurs lorsque ceux-ci affirment que le gouvernement devrait d’abord interdire Uber avant de légiférer, au lieu du contraire qui prévaut actuellement. «Si leur commission doit être crédible, ils doivent mettre fin aux activités illégales d’UberX. On ne peut pas améliorer le taxi par une commission en permettant d’abord qu’UberX détruise l’industrie du taxi, a déclaré devant les manifestants M. Khadir, qui a déjà été chauffeur. Ils veulent casser l’industrie et monter les prix!»

La députée du PQ a quant à elle déploré la déclaration du premier ministre, la semaine dernière, affirmant qu’Uber était là pour rester. «La France a sorti UberPOP. Comment ça se fait que M. Couillard est si impuissant au Québec?» Selon elle, la technologie attrayante utilisée par Uber ne doit pas constituer une excuse pour opérer au-dessus des lois.

De son côté, Uber s’est réjoui d’être parvenu à une entente avec la Ville d’Edmonton en début d’année et martèle, depuis son arrivée au Québec, qu'il est ouvert au compromis et à la réglementation. L’entreprise basée aux Pays-Bas demande que les lois qui n’avaient pas prévu l'avènement d'une application de covoiturage comme Uber, évoluent pour lui faire une place aux côtés des autres moyens de transport.

UberX est contesté dans plusieurs pays. Certains, comme l’Espagne, l’ont interdit, alors que d’autres, comme l’Australie, ont plutôt choisi de l’encadrer.

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