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Le New Hampshire fait ses choix

Jennie Matthew | Agence France-Presse

Des centaines de milliers d'électeurs ont bravé le froid et la neige mardi dans l'État américain du New Hampshire pour choisir leurs candidats à la présidentielle, le républicain Donald Trump et le démocrate Bernie Sanders espérant confirmer les sondages qui les donnent en tête.

Le tout petit État du nord-est (1,3 million d'habitants) est le deuxième à voter, huit jours après l'Iowa, et a historiquement un rôle particulier et disproportionné dans le long processus des primaires présidentielles, qui permettra de désigner cet été les deux candidats, républicain et démocrate, à la Maison-Blanche.

C'est lui qui donne une tendance, contraint souvent les plus faibles à l'abandon, et sauve parfois des campagnes mal parties.

Selon de premiers sondages à la sortie des urnes, près de la moitié des républicains et un quart des démocrates n'auraient pris leur décision que ces derniers jours, selon CNN. La moitié des républicains ont dit se sentir trahis par leur parti, 48% préférant un candidat qui ne fasse pas partie de l'establishment.

Parmi leurs soucis principaux, l'économie et le terrorisme.

Chez les démocrates, également inquiets de l'économie, 9 sur 10 estimaient que l'économie favorisait les riches.

Parmi les électeurs de l'«État de granit», dont la devise est «Vivre libre ou mourir», 44% d'indépendants et fiers de l'être, pouvaient mardi voter démocrate ou républicain: 25% auraient voté républicains, 41% démocrate, selon ces premiers sondages.

La plupart des bureaux de vote ferment à 19H00 (00H00 GMT mercredi).

Stephen Rasche, un programmeur informatique, était venu à l'aube, en dépit du froid mordant, défendre sa favorite Hillary Clinton devant la mairie de la petite ville de Canterbury. «J'aime les deux candidats (démocrates) mais Bernie Sanders se fera massacrer dans l'élection générale» de novembre, explique-t-il avant de partir travailler.

«Bernie est le seul à parler de tous les problèmes«, riposte David Emerson, un menuisier qui brandit un panneau de campagne pour Sanders, sénateur de l'État voisin du Vermont qui prêche une «révolution politique».

«J'espère vraiment qu'il est en train de créer un mouvement. Je pense à mes petits-enfants», dit-il.

La campagne a été longue et tendue dans le New Hampshire. Certains candidats se sont copieusement insultés, les électeurs ont été saturés de publicités politiques télévisées, de courriels, coups de téléphone, visites à leur porte. Les candidats ont participé à des centaines de rencontres électorales dans des écoles, universités, gymnases, cafés, restaurants, en quête du moindre vote.

Au total, 882.959 électeurs étaient appelés à voter (231.376 démocrates, 262.111 républicains, et 389.472 indépendants). Les autorités attendaient une participation record.

Côté démocrate, les quatre derniers sondages donnent à M. Sanders, 74 ans, entre 12 et 26 points de pourcentage d'avance, après l'Iowa où Mme Clinton ne l'avait emporté que d'un cheveu.

Côté républicain, où huit candidats sont en lice, tous les sondages ont depuis mai donné gagnant le flamboyant milliardaire Donald Trump, qui a su capitaliser sur la colère des Américains blancs modestes se sentant laissés pour compte. Il était arrivé deuxième dans l'Iowa, où tous les sondages le donnaient aussi gagnant, et s'est montré plus mesuré et assidu dans le New Hampshire.

Les quatre dernières enquêtes d'opinion lui donnent entre 11 et 21 points d'avance.

«Vous savez, j'aime gagner, j'ai gagné toute ma vie, c'est ce que je fais, gagner. Je ne me suis pas lancé pour perdre», a-t-il déclaré mardi.

La deuxième place est particulièrement disputée dans les sondages entre le sénateur conservateur de Floride et benjamin de la course Marco Rubio, 44 ans, le gouverneur modéré de l'Ohio John Kasich, qui espère créer la surprise, et le sénateur ultraconservateur du Texas Ted Cruz, gagnant de l'Iowa. L'ancien gouverneur de Floride Jeb Bush, fils et frère de présidents, dont la campagne n'a jamais décollé en dépit de financements massifs, espère lui sauver la mise.

Dans la petite ville de Loudon, les électeurs votaient mardi dans la caserne des pompiers.

"C'est notre devoir civique", explique Chris Skora, un mécanicien auto au chômage à cause de problèmes de santé. "Je suis indépendant, mais j'ai voté républicain aujourd'hui. J'ai voté pour Trump. Il parle pour la majorité silencieuse", dit-il en dénonçant un "politiquement correct" étouffant.

Après le vote de mardi, les regards se tourneront vers le Nevada et la Caroline du Sud, prochains États à voter.

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