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Poussée d’adrénaline pour les petites quincailleries québécoises

Denise Proulx | Argent

Denis Morin, président de la chaîne Patrick Morin

Michel Desbiens/Agence QMI

Denis Morin, président de la chaîne Patrick Morin

La vente de RONA à l’entreprise américaine Lowe’s se traduit par une véritable poussée d’adrénaline pour les petites quincailleries québécoises, que plusieurs entrepreneurs en construction et consommateurs ont décidé d’adopter.

«Depuis la semaine dernière, on reçoit des entrepreneurs qui viennent ouvrir un compte. À chaque fois, ils disent qu’ils ne veulent pas faire vivre les Américains. C’est la principale raison qui les a motivés à faire le saut», raconte Denis Morin, président de la chaîne Quincaillerie Patrick Morin.

Cette entreprise familiale compte 20 succursales, principalement dans les régions de Lanaudière, de la Mauricie, des Hautes-Laurentides, mais aussi à Laval et à Montréal, depuis 2014.

Même son de cloche chez un autre quincaillier lavallois, qui préfère conserver l’anonymat. «Ça va être bon pour nous. Je pense que lorsque les consommateurs ont le choix, ils préfèrent encourager l’économie locale et québécoise», déclare son président.

En Montérégie et dans le Centre-du-Québec, les dirigeants des cinq quincailleries Laferté perçoivent la frustration de leurs clients de voir disparaître une entreprise québécoise, même si la concurrence d’avec RONA n’était pas présente partout.

«Ce qui inquiète, c’est que des manufacturiers québécois pourraient en souffrir. Les gens craignent les pertes d’emplois chez des PME régionales qui vendent à RONA. Ça pourrait aussi compliquer nos approvisionnements», renchérit le directeur général de Laferté, Jean Martin.

Prendre sa revanche

À court terme, tous attendent de voir comment Lowe’s travaillera avec RONA avant de modifier leur stratégie commerciale.

Les quincailleries Patrick Morin maintiendront leur plan de croissance par acquisition et par installation, à raison d’une à deux quincailleries régionales par année. Mais déjà, en plus d’accueillir les entrepreneurs en construction qui font défection, une équipe se prépare à aider les affiliés insatisfaits de RONA.

En 2015, la quincaillerie Patrick Morin a d’ailleurs acheté la succursale RONA de Lachute, un magasin de 18 000 pieds carrés, qui a pris son enseigne et qui a étendu son entreposage de matériaux de 20 000 pieds carrés supplémentaires.

«Pour le moyen terme, on verra le minding de Lowe’s face à ses petites bannières. Nous, on s’attend à une américanisation des fournisseurs et des produits offerts en magasin. On va miser plus que jamais sur un service de qualité à la clientèle. On va prendre notre revanche», poursuit Denis Morin.

Acheter d’abord les produits canadiens et québécois

Huit petites quincailleries québécoises travaillent avec d’autres PME canadiennes pour assurer leurs approvisionnements à prix concurrentiel face aux géants du marché.

En 2015, le regroupement a acheté pour trois milliards $ auprès de manufacturiers et fournisseurs, en privilégiant d’abord des entreprises canadiennes et québécoises.

L’Independent Lumber Dealers Co-operative (ILDC), créé en 1964, regroupe 21 entreprises propriétaires de 160 magasins de l’Ontario, des Maritimes, des Prairies et de l’Ouest canadien. C’est à travers l’ILDC qu’elles obtiennent les matériaux et équipements canadiens et québécois pour approvisionner leurs magasins.

Les marchands quincailliers contrôlent eux-mêmes leurs achats. «Nous avons créé 30 comités qui gèrent chacun un secteur-clé des achats, selon les besoins du regroupement », explique Denis Morin. La chaîne Quincaillerie Patrick Morin s’occupe des achats pour les toitures. «On négocie aussi pour les matériaux de bois, le bardeau, les portes et fenêtres. On a de bons prix car nous sommes directement assis à la table de négociation».

Dans le secteur des matériaux de construction et de décoration, 100% des produits proviennent de fournisseurs canadiens et québécois, avantageusement payés en argent canadien. Pour les outillages, les quincailliers garantissent que 50 % des achats sont canadiens.

Cette pratique s’inscrit en ligne directe avec le souci de soutenir l’économie du pays, précise Denis Morin.

On se souviendra qu’au début de janvier, le Conseil du patronat du Québec incitait les consommateurs à adopter l’achat local. «Si, en moyenne, 20 $ par citoyen étaient dépensés de plus par semaine pour des biens et services d’origine québécoise, l’impact pourrait contribuer à un accroissement de l’activité économique au Québec de plus de 2 % par année et créer jusqu’à près de 100 000 emplois», soulignait alors son président-directeur général Yves-Thomas Dorval.

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