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Procès Ghomeshi: les jeux sont faits

Maxime Deland | Agence QMI

 - Agence QMI

Le sort de l’ex-animateur vedette de CBC, Jian Ghomeshi, repose désormais dans les mains du juge.

Le dernier chapitre du procès pour agressions sexuelles de Ghomeshi s’est écrit de façon assez expéditive, jeudi, à Toronto.

Dans sa plaidoirie, la Couronne n’a eu besoin que de 45 minutes pour résumer la preuve.

La poursuite a tenté de justifier les «incohérences» et les «oublis» des trois plaignantes qui ont défilé à la barre depuis le 1er février, date à laquelle le procès s’est ouvert.

Le procureur Michael Callaghan a affirmé que les victimes d’agression sexuelle ne réagissent pas toutes de la même façon et qu’il est «normal» qu’elles oublient certains détails de l’histoire, particulièrement lorsque les faits se sont produits il y a plus d’une décennie.

«C’est fort possible que les nombreuses années qui se sont écoulées entre les agressions et leurs dépositions aux policiers aient pu altérer leur mémoire», a dit Me Callaghan.

Le procureur a tenté de faire valoir au juge que les trous de mémoire des trois plaignantes étaient «secondaires» dans cette affaire. «Ce dont elles se souviennent avant tout, c’est d’avoir été agressées par M. Ghomeshi», a-t-il insisté.

 

Une question de crédibilité

Sans surprise, lors de sa plaidoirie, la défense a rappelé au juge la quantité importante d’incohérences et de «mensonges par omission» qu’ont eus les trois plaignantes dans leurs témoignages.

Pour illustrer son propos, l’avocate de Jian Ghomeshi a notamment donné l’exemple de la troisième victime alléguée, qui avait mentionné aux policiers qu’elle n’avait pas parlé de son agression avec les autres plaignantes.

Lors du procès, la défense a toutefois démontré le contraire en déposant en preuve la transcription de quelque 5000 courriels et messages texte échangés par cette troisième plaignante avec Lucy DeCoutere, la deuxième victime présumée.

Plusieurs de ces messages faisaient référence à Jian Ghomeshi et aux gestes violents qu’il aurait commis à leur égard.

«Je veux le faire payer pour ce qu’il m’a fait», «Le temps est venu de faire enfermer ce salaud», «Je vais tout faire pour envoyer ce prédateur en prison», sont des exemples de courriels envoyés à Lucy DeCoutere par la troisième plaignante.

«Les preuves présentées par la Couronne durant ce procès sont largement insuffisantes, a dit l’avocate de l’ex-vedette de CBC, Me Marie Henein. Elles ne prouvent en aucun temps la culpabilité de M. Ghomeshi et c’est pourquoi nous demandons un acquittement sur tous les chefs d’accusation.»

Ghomeshi fait face à cinq chefs d’accusation, soit quatre d’agression sexuelle et un autre d’avoir tenté de vaincre la résistance d’une victime par l’étouffement. L’homme de 48 ans a plaidé non coupable à toutes les accusations.

Les faits reprochés à Ghomeshi se seraient produits en 2002 et 2003.

Jian Ghomeshi, qui a admis publiquement être un adepte des pratiques sexuelles brutales, a toujours affirmé que ses partenaires étaient consentantes.

Le juge a pris la cause en délibéré et devrait rendre son verdict le 24 mars.

Plaignante #1 (son identité ne peut être révélée)

-Lors d’une soirée de décembre 2002, Jian Ghomeshi lui aurait tiré les cheveux «très, très fort», l’aurait projetée au sol et lui aurait ensuite donné des coups de poing en plein visage

-Elle a accepté de revoir Ghomeshi après l’agression présumée

-Elle a envoyé deux courriels à Ghomeshi dans l’année qui a suivi les événements, dont un qui renfermait une photo d’elle en bikini, étendue sur la plage

-Ces courriels étaient, selon elle, une façon «d’appâter» Ghomeshi pour qu’il la rappelle et qu’elle puisse le confronter et lui demander pourquoi il avait agi de la sorte

Citations marquantes de son témoignage:

«Il était gentil, charismatique, charmant, a-t-elle raconté. Il m’ouvrait même la porte. Je me souviens de m’être dit ‘Wow! Quel homme!’ »

«Il m’a demandé s’il pouvait déboutonner ma chemise. J’ai refusé.»

«Il me frappe dans le visage à de multiples reprises. Je croyais que j’allais perdre connaissance. J’étais terrifiée.»

«Il m’a dit que je devais partir. Il m’a jetée dehors comme un déchet.»

«Je n’ai pas pensé à appeler la police. Tout ce que je voulais, c’était de retourner chez moi, me mettre en petite boule dans un coin et pleurer.»

 

Plaignante #2 (Lucy DeCoutere)

-En juillet 2003, Jian Ghomeshi aurait tenté de l’étouffer pendant qu’il l’embrassait et lui aurait ensuite donné trois gifles

-Le lendemain, Lucy DeCoutere envoie un courriel à Ghomeshi pour lui dire qu’elle veut le «baiser à mort»

-Quatre jours après l’agression présumée, Mme DeCoutere envoie à Ghomeshi une lettre d’amour de six pages écrite à la main; elle finit sa lettre en écrivant «J’aime tes mains»

-L’année suivante, dans un karaoké, elle chante en duo avec Ghomeshi la chanson «Hit Me Baby One More Time» de Britney Spears

-Après l’agression présumée, elle a envoyé à Ghomeshi une photo d’elle en train de faire une fellation à une bouteille de bière

-Elle a gardé contact avec Ghomeshi jusqu’à tout récemment

Citations marquantes de son témoignage:

«Une fois, il m’avait appelé pour faire du ‘sex talk’, mais je n’étais pas intéressée à faire ça.»

«Puis, tout d’un coup, il m’a saisie à la gorge et plaquée contre le mur. Il m’a ensuite giflée trois fois.»

«Il serrait assez fort pour que je ne puisse plus respirer.»

«Quand il a mis ses mains autour de ma gorge, je n’ai pas senti quelque chose de sexuel. J’ai senti que ça voulait dire: ‘Je pourrais te tuer’.»

«C’est impossible de donner son consentement à quelque chose qui ne nous a pas été demandé.»

«C’est comparable à une femme qui se fait battre par son mari, mais qui ne le quitte pas»

«La personne qui aime le plus Jian, c’est Jian.»

 

Plaignante #3 (son identité ne peut être révélée)

-Elle accuse Jian Ghomeshi d’avoir tenté de l’étouffer alors qu’elle l’embrassait sur un banc de parc en 2003

-Le lendemain de cette agression présumée, elle a invité Ghomeshi chez elle et elle l’a masturbé

-Elle a échangé plus de 5000 courriels et messages texte avec Lucy DeCoutere en 2014 et 2015, dont plusieurs portaient sur ce qu’elles avaient vécu avec Jian Ghomeshi

-Elle a admis avoir écouté un reportage à la radio qui traitait du procès de Ghomeshi, contrevenant ainsi à l’ordonnance du juge

-Elle s’est rendue au poste de police pour changer sa version des faits alors que le procès était commencé depuis quatre jours

Citations marquantes de son témoignage:

«J’ai senti ses dents dans mon cou, puis ses mains. Il s’est mis à serrer. J’avais du mal à respirer».

«Il a ensuite glissé une main jusqu’à ma bouche et l’a entièrement couverte.»

«En aucun temps, je n’ai voulu participer à ça. Cela n’avait plus rien de plaisant.»

«Je ne me sentais pas en sécurité.»

«Je ne peux pas consentir à quelque chose qui m’est imposé.»

«Je ne croyais pas que c’était pertinent de le dire [que je l’avais masturbé]. C’est embarrassant de raconter ça.»

«Je suis connue comme étant quelqu’un qui donne une deuxième, une troisième et même une quatrième chance aux gens.»

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