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Anticosti: Pétrolia critique Philippe Couillard et évoque des poursuites

L’entreprise Pétrolia n’exclut pas de poursuivre le gouvernement Couillard s’il continue de s’opposer à l’exploration des hydrocarbures sur l’île d’Anticosti.

«Nous ne l’excluons pas», a déclaré lundi le président-directeur général de l’entreprise, Alexandre Gagnon, lors d’une conférence de presse à Québec.

M. Gagnon a déploré les récentes déclarations du premier ministre, Philippe Couillard, qui a critiqué à plusieurs reprises l’entente conclue par le gouvernement Marois avec trois entreprises énergétiques, dont Pétrolia, pour confirmer le potentiel pétrolier et gazier de l’île d’Anticosti.

Le chef libéral a réitéré mercredi dernier que «jamais le délabrement de l’île d’Anticosti ne porterait [sa] signature».

Le PDG de Pétrolia a soutenu que les «termes catastrophiques» employés par le premier ministre n’avaient pas leur raison d’être.

Il a rappelé que le gouvernement avait adopté un décret stipulant qu’il était dans l’intérêt des Québécois de connaître le potentiel énergétique que renferme le sous-sol de l’île située dans le golfe du Saint-Laurent.

Canaux de communication rompus

Alexandre Gagnon a par ailleurs déploré la rupture des canaux de communications entre lui et son gouvernement. Il a invité le premier ministre à reprendre le dialogue «afin de clarifier les incompréhensions qui semblent se multiplier et endiguer les préjudicies qui en découlent».

«Nous lui rappelons que nous sommes son partenaire [et que] nous méritons d’être traités avec respect», a-t-il dit.

Alexandre Gagnon a souligné que les premiers travaux d’exploration ont confirmé le «potentiel substantiel» des ressources enfouies dans le sous-sol d’Anticosti, sur une portion minime de l'île : les forages occuperaient «0,06 kilomètres carrés » sur un territoire de «8 000 kilomètres carrés», a-t-il indiqué. «On est loin du délabrement annoncé au sommet de Paris.»

Rappelons qu’en 2014, le gouvernement péquiste de Pauline Marois avait conclu une entente de partenariat avec les entreprises Pétrolia, Maurel & Prom et Corridor Resources pour confirmer le potentiel pétrolier et gazier à Anticosti. L’entente a mené à la création de la société en commandite Hydrocarbures Anticosti, dans laquelle le gouvernement du Québec détient 35 % des parts par sa filiale Ressource Québec.

Même si Le Journal de Québec a révélé que c'est le gouvernement libéral de Jean Charest qui a proposé, le premier, un partenariat pour explorer le sous-sol d'Anticosti, Philippe Couillard persiste à dire que le Parti québécois est le seul responsable de l’entente qui a été conclue avec les trois pétrolières.

Depuis décembre dernier, l’action de Pétrolia a perdu plus de 25 % à la Bourse de Toronto.

Ingérence ?

Alors que Pétrolia vient de demander un permis pour effectuer trois forages par fracturation hydraulique sur Anticosti, le premier ministre a laissé entendre la semaine dernière que les fonctionnaires du ministère de l’Environnement, qui délivrent les certificats, allaient devoir se plier aux nouvelles orientations du gouvernement.

«Comment vont réagir vos fonctionnaires?» lui a demandé un journaliste.

«Ils feront ce qu'on leur dira», a répondu M. Couillard du tac au tac.

Le PDG de Pétrolia y voit un potentiel cas d’ingérence politique «portant gravement atteinte à l’autonomie et à l’indépendance devant gouverner [le] processus» de délivrance des certificats.

En conférence de presse lundi, Alexandre Gagnon a insisté à plusieurs reprises sur la nécessité, pour le gouvernement du Québec, de respecter sa signature pour la phase d’exploration.

L’exploitation comme tel des hydrocarbures, qui pourrait démarrer en 2020, sera précédée d’un débat politique, économique, environnemental, etc., et ce débat démocratique sera nécessaire, a indiqué Alexandre Gagnon.

«Nous sollicitons à nouveau le premier ministre du Québec pour qu’il accepte de nous rencontrer», a conclu le PDG. «Nous rappelons à cet effet que nous sommes son partenaire.»

Couillard ne ferme pas la porte

Philippe Couillard ne «ferme pas la porte à une éventuelle rencontre», a affirmé lundi le cabinet du premier ministre. «Mais il est trop tôt pour vous communiquer une date», a insisté son porte-parole, Harold Fortin. Au bureau du ministre des Ressources naturelles, Pierre Arcand, on assure que les canaux de communication sont toujours ouverts. «S'il y avait une nouvelle demande de rencontre de la part de l'entreprise, elle sera évaluée», a-t-on dit à son cabinet.

Qu'une entreprise partenaire d'affaires de l'État en soit rendue à «quémander» une rencontre avec le premier ministre, c'est «inédit», selon le député péquiste Bernard Drainville. L'opposition officielle demande à Philippe Couillard de respecter sa signature et de s'asseoir avec l'entreprise pour dénouer l'impasse.

Le chef caquiste François Legault craint que «l'orgueil» du premier ministre coûte cher aux Québécois, qui devront payer la note de la poursuite. «C’est du jamais vu de la part d’un chef du Parti libéral. On peut se demander aujourd’hui: est-ce que Philippe Couillard est du côté de Québec solidaire ou s’il s’occupe des vraies affaires?»

La députée solidaire Manon Massé appuie effectivement le gouvernement libéral dans son intention de mettre fin au projet d'exploration de l'île d'Anticosti. «On est plutôt fiers du premier ministre parce que c'est du bord du peuple québécois qu'il est», a-t-elle déclaré.

Elle accuse les péquistes et les caquistes de jouer les lobbyistes pour l'industrie pétrolière.

- Avec Geneviève Lajoie du Journal de Québec

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