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L’économie de partage va prendre de l’ampleur au Québec

Courtoisie

L’économie de partage gagne en popularité auprès des Québécois. Les marques Uber, AirBnB, etc., font maintenant partie du quotidien des consommateurs. Ces services plaisent aux jeunes, mais suscitent de la colère chez les chauffeurs de taxi, les hôteliers ...et les gouvernements, qui voient glisser sous leurs pieds des sources de revenus de taxation.

Le phénomène prendra de l’ampleur et deviendra une nouvelle façon de consommer à rabais alors que le revenu disponible des Québécois diminue, prédit Jacques Nantel, professeur titulaire au département de marketing de HEC Montréal et fin observateur du commerce de détail au Québec. Entrevue.

Q. : Tout d’abord, expliquez-nous ce qu’est l’économie de partage ?

«L’économie de partage a toujours existé. C’est avoir accès à un bien ou un service en échange d’un autre, habituellement dans un contexte local, entre personnes qui se connaissent. On parle de don.»

«Aujourd’hui, ce qui change le phénomène, c’est l’utilisation des technologies numériques. On peut échanger sa maison avec quelqu’un à l’autre bout du monde. Il existe aussi une toute nouvelle génération plus sensible au partage, c’est dans ses valeurs face à la société de consommation. On peut trouver sur Kijiji des produits à donner.»

«Mais il faut distinguer clairement économie de partage et économie tout court. UberX et Airbnb, qui utilisent les technologies pour atteindre leur marché, c’est de l’économie tout court. »

Q. : Que reprochez-vous à UberX et Airbnb ?

«Ces entreprises ont récupéré de toutes pièces une définition qui n’a rien à voir avec leurs activités lucratives. Il faut savoir qu’Airbnb est devenue plus grosse que la chaîne hôtelière Hilton, à travers le monde. C’est tout sauf une économie de partage. Elles se nourrissent de la stagnation de l’économie traditionnelle, sclérosée, en contournent les règles et par un discours accrocheur mettant les consommateurs de leur côté. Elles ont supprimé des intermédiaires qui coûtent cher aux usagers. Elles profitent de la lenteur des changements qui doivent venir dans les infrastructures de décision et de la bureaucratie qui ralentit cette évolution nécessaire de l’économie traditionnelle.»

Q. : L’économie de partage attire beaucoup de consommateurs. À quoi faut-il s’attendre dans les années à venir ?

«On le voit bien, tout peut devenir une économie de partage. On voit des changements dans la structure des réseaux de distribution et d’achat. Par exemple, cinq personnes peuvent décider d’acheter en commun une auto et de la partager selon leurs besoins. Une autre personne peut acheter d’un producteur local 40 kilos de patates et offrir sur un site de partage de se les partager entre consommateurs. On voit venir d’Europe le partage d’outils, de services. C’est finalement combler ses besoins sans prendre de gros risques financiers.»

Q. : Est-ce possible que les réglementations changent rapidement, pour éviter les dérapages ?

«Oui, ce serait possible, mais ça ne se fera pas. Car on part d’une situation confortable pour bien des gens qui profitent de l’économie traditionnelle et de la lourdeur de sa réglementation. On pense, à tort, que la coercition va ramener les consommateurs à un point de départ. Plus les élus et les privilégiés de l’économie traditionnelle vont être réticents à s’amender, plus ils vont se caler.»

«Les choses changent, c’est devenu un incontournable. On va voir poindre avant bien longtemps des coopératives de partage. À terme, les consommateurs vont se regrouper, acheter et se relouer entre eux, en partage. Ça risque de devenir bien intéressant à observer. »

Biographie

Professeur à HEC Montréal depuis 1981, Jacques Nantel fut successivement directeur du service de l'enseignement du marketing, titulaire de la Chaire de commerce de détail Omer DeSerres et directeur des programmes. 

Il a été membre de plusieurs conseils d'administration d’entreprises et d’organismes, dont Groupe Vidéotron, PLB international, Groupe Renaud-Bray, Groupe Pierre Belvédère et Groupe Germain Hôtels.

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