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«Des infractions graves qui mettent en péril la démocratie»

Agence QMI

Revoyez notre entrevue exclusive où Nathalie Normandeau affirmait que «tout ce qu'il lui reste dans la vie, c'est de construire sur son intégrité»

D'anciens membres influents de la classe politique ont été arrêtés jeudi matin par l’Unité permanente anticorruption (UPAC) dont l’ex-vice-première ministre libérale Nathalie Normandeau, l’ancien ministre Marc-Yvan Côté et un ancien conseiller politique de Pauline Marois du temps où elle était chef du Parti québécois.

L’UPAC a aussi procédé à l’arrestation d'anciens hauts dirigeants de la firme d’ingénierie Roche, soumettant toutes ces personnes à une kyrielle d’accusations.

Les sept personnes visées jeudi auraient, selon l’UPAC «contourné les lois afin d'obtenir des avantages indus, tels que, pour les uns, des cadeaux ou du financement politique, et pour les autres, l'obtention de subventions gouvernementales ou l'octroi de contrats publics».

Le tableau des chefs d’accusations déposés par le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) comprend des infractions commises entre les années 2000 et 2012 et qui font état de corruption, de complot, d’abus de confiance, de fraudes envers le gouvernement et de corruption de fonctionnaire, notamment. Les accusés doivent comparaître le 20 avril, au palais de justice de Québec.

«Ces infractions sont graves. Elles mettent en péril les principes mêmes de la démocratie et la bonne gestion des biens communs», a dit le commissaire de l’UPAC, Robert Lafrenière, en conférence de presse, quelques heures après ces arrestations.

Cette frappe de l’UPAC s’inscrit dans la foulée des enquêtes «Joug» et «Lierre» qui ont été fusionnées afin de «démontrer le caractère systémique des stratagèmes» liés à des contributions politiques illégales par Roche contre des faveurs par l’État, a expliqué l’UPAC.

«Il est injuste et inéquitable d’utiliser des contrats publics comme outil politique et il est également intolérable d'utiliser les pouvoirs de son influence pour favoriser des élections», a affirmé Robert Lafrenière d’un ton ferme.

Le commissaire de l’UPAC a aussi remercié le public pour sa patience, reconnaissant que le processus peut sembler «parfois long», mais qu'il porte ses fruits.

Des accusations lourdes

Cogeco a agi promptement en dégommant l’ancienne numéro 2 du Parti libéral, qui a été suspendue sans solde par la station de radio FM93 de Québec, où elle coanimait une émission avec Éric Duhaime.

Nathalie Normandeau fait face à six chefs d’accusation, dont corruption, fraude envers le gouvernement, abus de confiance et entrepreneur qui souscrit à une caisse électorale, selon les mandats d’arrestation. Marc-Yvan Côté, ancien ministre libéral dans le gouvernement de Robert Bourassa et ancien vice-président du développement des affaires chez Roche, fait face aux mêmes chefs d’accusation, tout comme Bruno Lortie, l’ancien chef de cabinet de Mme Normandeau.

L’ex-vice-présidente de Roche Groupe-Conseil France Michaud, l’ex-président et chef de la direction de Roche Groupe-Conseil Mario Martel, l’ex-attaché politique de Pauline Marois dans Charlevoix, Ernest Murray, ainsi que l’ancien maire de Gaspé François Roussy ont également été arrêtés.

Roche toujours dans la mire

André Boulanger, chef des enquêtes criminelles à l'UPAC, a expliqué en point de presse que «Roche avait un concept de développement des affaires relativement agressif et approchait des membres influents du gouvernement. On utilisait des stratagèmes frauduleux de financement politique et il y avait un retour sur l'investissement par des subventions et des contrats publics», a-t-il précisé.

En 2014, l’UPAC dévoilait que la firme d’ingénierie Roche aurait entretenu des liens avec Nathalie Normandeau, alors qu'elle était ministre des Affaires municipales et des régions. La firme Roche aurait obtenu jusqu'à 90 % de ses contrats grâce à de l'influence politique, selon les documents de l’UPAC.

Lors de son témoignage à la commission Charbonneau, l’ex-vice-président de Roche, André Côté, avait expliqué que lorsque les projets de la firme de génie faisaient du «sur-place», celle-ci avait la possibilité d’obtenir «des rencontres» avec le cabinet du ministère des Affaires municipales.

Lors de cette même commission, Nathalie Normandeau avait jeté le blâme sur les firmes de génie-conseil qui ont «perverti son engagement politique sincère et senti» en finançant illégalement son parti.

Se disant «révoltée» par tout ce qu'elle a pu apprendre devant la commission, Mme Normandeau avait déploré le fait que plusieurs firmes de génie étaient «venues magouiller à l'insu du ministère et de la ministre qu'elle était», en utilisant des prête-noms pour financer abondamment les partis et quêtant en échange des retours d'ascenseurs comme des contrats publics.

«Je ne connaissais pas les stratagèmes mis en place», a avait alors dit Mme Normandeau qui s’était défendue vigoureusement d'avoir fait de la politique partisane.

L'ancienne ministre des Affaires municipales avait aussi justifié l'utilisation de son pouvoir discrétionnaire qui lui permettait de majorer des subventions en évoquant «les réalités du terrain» et «l'impact fiscal» sur la population.

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