/news/law

Procès de Jian Ghomeshi: l'heure est au verdict

Maxime Deland | Agence QMI

L’un des procès de l’année au Canada connaîtra son dénouement ce matin, à Toronto. Accusé d’agressions sexuelles, l’ex-animateur vedette de CBC, Jian Ghomeshi, sera fixé sur son sort.

Celui qui était considéré comme un véritable demi-dieu au Canada anglais fait face à cinq chefs d’accusation, soit quatre d’agression sexuelle et un autre pour avoir tenté d’étouffer une victime pour vaincre sa résistance. L’homme de 48 ans a plaidé non coupable à toutes les accusations.

Les faits reprochés à Ghomeshi se seraient produits en 2002 et 2003. L’accusé, qui a admis publiquement être un adepte des pratiques sexuelles brutales et n'a pas témoigné à son procès. Il a toutefois toujours affirmé que ses partenaires étaient consentantes et n'a pas cherché à nier les faits reprochés ni à les amoindrir, soutenant plutôt qu'ils étaient, en quelque sorte. assumés par les victimes.

Dans sa plaidoirie, la défense a mis à mal la crédibilité des plaignantes. L’avocate de Ghomeshi a rappelé au juge la quantité importante d’incohérences et de «mensonges par omission» que contenaient les trois témoignages.

Pour la Couronne, le procureur Michael Callaghan a tenté d’atténuer les insinuations de la partie adverse, affirmant que les victimes d’agression sexuelle ne réagissent pas toutes de la même manière. Il a aussi mentionné que des trous de mémoire aient pu se produire considérant que plus d’une décennie s’est écoulée entre le procès et les gestes posés par Ghomeshi, dans certains cas.

Le juge a pris la cause en délibéré le 11 février, après un peu moins de deux semaines de procédures.

Plaignante #1 (son identité ne peut être révélée)

La femme a rencontré Jian Ghomeshi pour la première fois en décembre 2002 lors d’un party de Noël de CBC. L’attirance entre les deux a été immédiate. Au total, ils ont eu trois rendez-vous ensemble. Deux d’entre eux auraient été marqués par des épisodes violents.

- Lors d’une soirée de décembre 2002, Jian Ghomeshi lui aurait tiré les cheveux «très, très fort», l’aurait projetée au sol et lui aurait ensuite donné des coups de poing en plein visage

- Elle a envoyé deux courriels à Ghomeshi dans l’année qui a suivi les événements, dont un qui renfermait une photo d’elle en bikini, étendue sur la plage

- Ces courriels étaient, selon elle, une façon «d’appâter» Ghomeshi pour qu’il la rappelle et qu’elle puisse le confronter et lui demander pourquoi il avait agi de la sorte

- Jian Ghomeshi ne lui a jamais répondu

Citations marquantes de son témoignage:

«Il était gentil, charismatique, charmant. Il m’ouvrait même la porte. Je me souviens de m’être dit ‘Wow! Quel homme!’ »

«Il m’a demandé s’il pouvait déboutonner ma chemise. J’ai refusé.»

«Il me frappe dans le visage à de multiples reprises. Je croyais que j’allais perdre connaissance. J’étais terrifiée.»

«Il m’a dit que je devais partir. Il m’a jetée dehors comme un déchet.»

«Je n’ai pas pensé à appeler la police. Tout ce que je voulais, c’était de retourner chez moi, me mettre en petite boule dans un coin et pleurer.»

Plaignante #2 (Lucy DeCoutere)

L’actrice et officière de l’armée canadienne de 45 ans a rencontré Jian Ghomeshi pour la première fois lors d’un congrès de l’industrie de la télévision, en juin 2003, à Banff, en Alberta. Plusieurs courriels et appels téléphoniques plus tard, Mme DeCoutere, qui habite à Halifax, s’est rendue à Toronto pour revoir Ghomeshi. Ce dernier l’aurait agressée à son domicile.

- En juillet 2003, Jian Ghomeshi aurait tenté de l’étouffer pendant qu’il l’embrassait et lui aurait ensuite donné trois gifles

- Le lendemain, Lucy DeCoutere envoie un courriel à Ghomeshi pour lui dire qu’elle veut le «baiser à mort»

- Quatre jours après l’agression présumée, Mme DeCoutere envoie à Ghomeshi une lettre d’amour de six pages écrite à la main; elle finit sa lettre en écrivant «J’aime tes mains»

- Après l’agression présumée, elle a envoyé à Ghomeshi une photo d’elle en train de faire une fellation à une bouteille de bière

- L’année suivante, dans un karaoké, elle chante en duo avec Ghomeshi la chanson «Hit Me Baby One More Time» de Britney Spears

- Elle a gardé contact avec Ghomeshi jusqu’à tout récemment

Citations marquantes de son témoignage:

«Une fois (avant l’agression présumée), il m’avait appelée pour faire du ‘sex talk’, mais je n’étais pas intéressée à faire ça.»

«Puis, tout d’un coup, il m’a saisie à la gorge et plaquée contre le mur. Il m’a ensuite giflée trois fois.»

«Il serait assez fort pour que je ne puisse plus respirer.»

«Quand il a mis ses mains autour de ma gorge, je n’ai pas senti quelque chose de sexuel. J’ai senti que ça voulait dire: ‘Je pourrais te tuer’.»

«C’est impossible de donner son consentement à quelque chose qui ne nous a pas été demandé.»

«C’est comparable à une femme qui se fait battre par son mari, mais qui ne le quitte pas»

«La personne qui aime le plus Jian, c’est Jian.»

Plaignante #3 (son identité ne peut être révélée)

La femme, qui travaille dans le milieu artistique, a rencontré Jian Ghomeshi en juillet 2003, lors d’un festival à Toronto. Durant son témoignage, la victime présumée a eu de la difficulté à se souvenir avec exactitude de l’endroit et du moment où Ghomeshi l’aurait agressée.

- Elle accuse Jian Ghomeshi d’avoir tenté de l’étouffer alors qu’elle l’embrassait sur un banc de parc en 2003

- Le lendemain de cette agression présumée, elle a invité Ghomeshi chez elle et elle l’a masturbé

- Elle a échangé plus de 5000 courriels et messages texte avec Lucy DeCoutere en 2014 et 2015, dont plusieurs portaient sur ce qu’elles avaient vécu avec Jian Ghomeshi

- Elle a admis avoir écouté un reportage à la radio qui traitait du procès de Ghomeshi, contrevenant ainsi à l’ordonnance du juge

- Elle s’est rendue au poste de police pour changer sa version des faits, alors que le procès était commencé depuis quatre jours

Citations marquantes de son témoignage:

«J’ai senti ses dents dans mon cou, puis ses mains. Il s’est mis à serrer. J’avais du mal à respirer».

«Il a ensuite glissé une main jusqu’à ma bouche et l’a entièrement couverte.»

«En aucun temps, je n’ai voulu participer à ça. Cela n’avait plus rien de plaisant.»

«Je ne me sentais pas en sécurité.»

«Je ne peux pas consentir à quelque chose qui m’est imposé.»

«Je ne croyais pas que c’était pertinent de le dire [que je l’avais masturbé]. C’est embarrassant de raconter ça.»

«Je suis connue comme étant quelqu’un qui donne une deuxième, une troisième et même une quatrième chance aux gens.»

Dans la même catégorie