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Debbie Zakaib, celle qui veut sauver la mode

Martine Turenne | Argent

Debbie Zakaib, la nouvelle directrice générale de MMode

Courtoisie

Debbie Zakaib, la nouvelle directrice générale de MMode

Elle n’a pas encore de bureau, mais déjà bien des projets en tête. Debbie Zakaib, la nouvelle directrice générale de MMode, la grappe métropolitaine de la mode, sait que ce ne sont pas les défis qui manquent.

L’industrie très malmenée de la mode n’en est pas à ses premières tentatives de regroupement. Mais celle-ci semble différente. «Il y a vraiment un momentum. Pour la première fois, l’industrie veut s’unir et investir. La grappe se veut rassembleuse et inclusive», déclare cette ancienne de chez L’Oréal, détentrice d’une maîtrise de HEC Montréal en commercialisation de la mode, et qui semble faire l’unanimité dans l’industrie.

«Je sens que cette fois-ci, c’est la bonne», affirme Marie-Ève Faust, professeure de marketing à l’École supérieure de mode de l’Université du Québec à Montréal. «Il y a une volonté à Montréal de dire : c’est assez. Qu’est-ce qu’il nous faut, et qu’est-ce qu’on fait ?»

«Les jeunes ne savent plus coudre»

Un des premiers défis de l’industrie est de retrouver le savoir-faire perdu.

Près de 50 000 personnes savaient confectionner des vêtements il y a quinze ans. Il en reste 10 800 en 2015, selon une récente étude économique du Mouvement Desjardins.

L’industrie avait lancé la serviette au profit de la main-d’œuvre bon marché asiatique, rappelle Marie-Ève Faust. C’est pour comprendre «comment ils font» que la professeure a d’ailleurs passé plusieurs années à Hong Kong. «Ils ont encore le savoir-faire. Nos jeunes ne savent plus coudre.»

La conjoncture semble de nouveau favorable avec la faiblesse du dollar canadien et un désenchantement vis-à-vis de la Chine. Les coûts de confection y ont augmenté et les délais de production et de livraison ne sont pas toujours respectés.

«On doit former à nouveau notre main-d’œuvre», dit Debbie Zakaib. Elle travaillera avec le milieu scolaire et utilisera des programmes gouvernementaux pour redorer les métiers du textile. «On doit mieux communiquer. Si les jeunes savaient tous les emplois qu’il y a dans notre industrie ! En Europe, on valorise beaucoup les métiers de couturière et de patroniste.»

Un produit à valeur ajoutée

Les emplois bon marché ne reviendront pas et l’industrie de la mode montréalaise doit se nicher, croit Debbie Zakaib : «Il faut apporter une valeur ajoutée dans les produits et miser sur l’innovation.» Elle voit beaucoup de potentiels dans les tissus intelligents et les vêtements techniques.

Elle prend pour exemple l’industrie québécoise des vêtements et des bottes d’hiver. Le consommateur est prêt à y mettre le prix. «Il y a une reconnaissance d’une qualité technique supérieure.»

Mme Zakaib aimerait étendre cette reconnaissance à l’ensemble de l’industrie, qui autrement est en déflation (-17,5 % depuis 2002). «Je crois qu’il y a un retour vers la qualité, et le goût d’acheter des vêtements qu’on peut porter plus longtemps.»

L’industrie de la mode, à l’instar de l’alimentaire, doit aussi miser sur la tendance actuelle vers l’achat local, estime-t-elle.

Et elle doit prendre pour de bon le virage numérique. «Oui, il y a du retard.» Plus du quart des Québécois achètent des vêtements en ligne. Debbie Zakaib se dit très enthousiaste. Elle veut faire une réelle différence dans cette industrie qui fait partie de notre héritage, dit-elle. «Je veux que les Québécois en soient fiers.»