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Combien de vies a Donald Trump?

Ivan Couronne | Agence France-Presse

C'est l'histoire d'une voiture de sport qui a subi tant de sorties de route que son pilote se croit immortel. Mais les adversaires de Donald Trump espèrent que ses derniers dérapages, notamment sur l'avortement, lui coûteront enfin la course à la Maison-Blanche.

Le prochain test de popularité aura lieu mardi aux primaires du Wisconsin. Un sondage Marquette le montre perdant face au sénateur Ted Cruz, qui recueille 40% des intentions de vote contre 30% pour le milliardaire (5,8 points de marge d'erreur) et 21% pour John Kasich, gouverneur de l'Ohio.

Cette enquête a été réalisée de jeudi à lundi, après une semaine dominée par des attaques très personnelles entre Donald Trump et Ted Cruz, mêlant leurs épouses.

Une autre guerre l'oppose à une jeune journaliste que son directeur de campagne est accusé d'avoir agrippée, ce qui lui a valu une inculpation. Donald Trump aurait pu écarter son conseiller, mais il a au contraire décidé d'attaquer l'honnêteté de la jeune femme, affirmant qu'elle était menaçante.

Comme si ces polémiques aux accents sexistes ne suffisaient pas, Donald Trump a expliqué mercredi dans une interview télévisée que, puisqu'il était favorable à l'interdiction de l'avortement, les femmes avortant devaient pouvoir être pénalement sanctionnées. Il a vite compris qu'il avait gaffé, et déclaré illico l'inverse dans un communiqué --appliquant sa politique de la terre brûlée oratoire.

L'avortement est l'un des pires sujets sur lequel un candidat présidentiel peut gaffer. En dehors des réactions prévisibles et horrifiées des démocrates, il s'est aussi mis à dos les conservateurs anti-avortement, pour qui seuls les médecins doivent être sanctionnés.

«Une fois de plus, Donald Trump montre qu'il ne réfléchit pas sérieusement aux problèmes», a déclaré Ted Cruz.

Le malaise se répand même chez les plus ardents de ses partisans. Ann Coulter, commentatrice ultra-conservatrice, s'est exclamée après l'épisode des épouses: «Vous vous rendez compte que notre candidat est fou?»

Mais depuis l'été dernier, la route de l'investiture est ainsi jonchée de controverses plus ou moins éphémères sur les femmes, l'islam ou les immigrés. Difficile d'évaluer combien elles ont pesé dans la dizaine de défaites qu'il a subies, et si la dernière affaire sera celle de trop.

Son image chez les Américains, en tout cas, plonge: 65% en ont opinion défavorable, selon une enquête Fox News. Il serait le candidat républicain le plus clivant de l'histoire récente, selon 32 années de sondages Washington Post-ABC.

Mais jusqu'à preuve du contraire, parmi le petit segment des électeurs des primaires, il reste le plus populaire, quoiqu'il arrive.

L'historique des deux derniers mois est révélateur de la loyauté sans faille de ses partisans.

Lors d'une semaine début février, Donald Trump accuse George W. Bush de négligence avant les attentats du 11-Septembre; il promet d'être «neutre» dans le conflit israélo-palestinien, anathème chez les conservateurs pro-israéliens; il se dispute à distance avec le pape François; et confie «aimer» le principe au coeur même de la réforme du système de santé de Barack Obama, honnie des républicains.

Scandales? Il remporte haut la main la primaire de Caroline du Sud le 20 février.

Le 23 février, il lance à ses partisans qu'il aurait aimé frapper lui-même un manifestant. Il écrase le soir ses adversaires aux «caucus» du Nevada.

La semaine suivante, Donald Trump feint de ne pas connaître un ex-chef du Ku Klux Klan, David Duke, qui le soutient, avant de le désavouer sous le tollé général. Il remporte le 1er mars la plupart des épreuves du «super mardi».

Le 3 mars, l'homme d'affaires fait une allusion à la taille de son pénis dans un débat, devant près de 17 millions de téléspectateurs. Il remporte deux jours après deux États du Sud.

Une série d'altercations physiques marque ses réunions en mars? Critiqué à droite et à gauche pour son attitude de pyromane, Donald Trump refuse de condamner et d'appeler au calme. Il rafle trois grands États le 15 mars.

Tout au long des polémiques, il monopolise ainsi les antennes.

Quand il ne fait pas de réunions, il est fréquemment invité en plateaux ou au téléphone. Selon une analyse de la société Mediaquant dans le «New York Times», à la fin février, la couverture gratuite tous médias confondus de Donald Trump représentait l'équivalent de 1,9 milliard de dollars --plus du double d'Hillary Clinton, deuxième du classement.

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