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La chaîne de rôtisseries Benny & Co: l’autre modèle

Denise Proulx | Argent

De gauche à droite: Yves Benny, Jean Benny et Vincent Benny, associés, Benny & Co

De gauche à droite: Yves Benny, Jean Benny et Vincent Benny, associés, Benny & Co

Yves Benny est sidéré de voir partir un autre fleuron du Québec Inc. hors des frontières.

«On a un grave problème avec nos grandes entreprises. Il y a une importante crise de leadership», s'exclame avec émotion le vice-président aux affaires publiques de la chaîne de rôtisseries Benny & Co, qui connaît actuellement une forte expansion. «Il y a sûrement quelque chose à faire pour garder nos entreprises ici.»

L’entreprise 100 % familiale Benny & Co a vu le jour à la même époque que les rôtisseries St-Hubert, mais n’a pas l’intention de sombrer dans les mêmes eaux. Son modèle d’affaires est bien clair : tous les membres de la famille Benny qui veulent s’y intégrer ont un espace pour y travailler. La relève est assurée.

«On a quinze jeunes de la troisième génération qui veulent participer au développement de nos restaurants. Notre stratégie est de donner la chance à chacun d’entre eux de s’impliquer dans nos comités décisionnels», explique Yves Benny.

Miser sur l’entreprise familiale

Depuis dix ans, la famille Benny prépare le transfert générationnel de l’entreprise.

«On a vu venir le défi de la relève et on a décidé de mettre en place une structure pour ne pas perdre notre héritage familial», ajoute Yves Benny.

Les restaurants Benny & Co demeureront les mêmes. Ils sont conçus pour les familles qui cherchent un restaurant rapide, avec de l’ambiance, et abordable. 

«Nous ne changerons pas notre plan de croissance. St-Hubert a toujours été un concurrent respectueux, une inspiration même, j’espère qu’il va le demeurer», précise Yves Benny.

Des gagnants

D’importants fournisseurs des rôtisseries et des usines de transformation alimentaire St-Hubert, comme Olymel (qui les approvisionnent en côtes levées) et Exceldor (qui vend des poulets frais à 50 % des 117 restaurants), croient cette transaction générera d’intéressantes occasions d’affaires.

« Nous n’avons pas de crainte que nos ententes commerciales avec St-Hubert vont se poursuivre», déclare le président-directeur général de la coopérative de transformation Exceldor. «Sur le plan des affaires, nous n’avons pas beaucoup de marché avec les autres marques gérées par CARA, mais nous entrevoyons que nous pourrions nous développer davantage en Ontario. C’est très positif.»

Même son de cloche chez la Fédération des producteurs de poulets du Québec, même si son président, Pierre-Luc Leblanc, ne cache pas que tout changement comporte son lot d’inquiétudes.

«Nous avons une réputation de qualité hors pair. Nous tenterons de vendre aux autres restaurants et chaînes de l’entreprise», indique-t-il. «Les gens de CARA ont avantage à travailler avec nous, car ils savent que nous sommes capables de desservir le marché, même en croissance.»

Les perdants

C’est par les médias que les franchisés ont appris, ce matin, la vente des rôtisseries St-Hubert à CARA. À leur grand déplaisir.

«Je suis peiné. Dans l’optique du Conseil québécois de la franchise et de beaucoup de Québécois, les St-Hubert, c’était un peu l’équivalent de la Sainte-Flanelle», déplore son président-directeur général, Pierre Garceau.

Il met au défi Richard Scofield, l’actuel président des Rôtisseries St-Hubert, de démontrer le savoir-faire québécois «à nos amis ontariens».

«À partir de ce matin, toutes les discussions à propos de St-Hubert vont avoir lieu à Toronto, en anglais. On a une équipe en place et des franchisés chevronnés au Québec. Il faut éviter que le siège social ne devienne qu’une porte avec un numéro dessus», complète Pierre Garceau.

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