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La perte d’un siège social, toujours une mauvaise nouvelle

Martine Turenne | Argent

Rotisseries St Hubert

Simon Clark/Agence QMI

«On est devenu une économie de succursales », ont déploré les deux chefs de l’opposition à Québec, Pierre Karl Péladeau et François Legault, en apprenant la vente de St-Hubert au groupe ontarien Cara.

Quelles sont les conséquences, au fait, de perdre des sièges sociaux au profit de bureaux régionaux ?

«Ce ne sont jamais des bonnes nouvelles», répond Michel Nadeau, directeur général de l’Institut sur la gouvernance d’organisations publiques et privées.

De nombreux professionnels travaillent dans les sièges sociaux : gestionnaires des ressources humaines, avocats, fiscalistes, comptables, économistes... «Ce sont des gens très bien payés qui prennent des décisions importantes dans l’entreprise», indique Michel Nadeau.

Quand il y a prise de contrôle, quelles que soient les promesses, l’acheteur veut réaliser des économies d’échelle. «Cara a parlé hier de synergie de 10 millions $, rappelle Michel Nadeau. S’il y a une personne dans chaque entreprise responsable d’acheter des salières et des poivrières, il n’y en aura plus qu’une après la vente. L’acheteur du siège social a de meilleures chances de demeurer en poste.»

Lorsque la succursale est forte, poursuit Michel Nadeau, c’est parce que leur président est fort. «Ça dépend beaucoup de l’individu, et on n’en parle pas assez. On devrait donner des trophées à ces gérants de succursales qui se battent pour obtenir des mandats mondiaux.»

Un impact sur le mécénat

«Il vaut mieux avoir des sièges sociaux ici que des succursales», déclare un ex-gestionnaire qui compte 35 ans d’expérience dans les fonds institutionnels. «Mais un acquéreur peut juger qu’il a tout à profiter de laisser son siège social au Québec si l’expertise et le savoir-faire y sont. On a aussi vu l’inverse : de bons employés vont quitter pour rejoindre le nouveau siège social à l’étranger. À long terme, ce n’est jamais profitable.»

Par ailleurs, la perte d’un siège social est toujours une mauvaise nouvelle pour le mécénat, estime-t-il. C’est le dirigeant qui prend la décision de financer un nouveau centre de recherche ou un organisme culturel. «Et il est influencé par la proximité.»

L’industrie de la publicité en péril ?

Autre victime potentielle de la perte des sièges sociaux : l’industrie de la pub.

«Ce n’est jamais une bonne nouvelle quand un centre décisionnel s’en va. C’est toujours susceptible d’avoir un impact. Les gens dans le milieu en ont bien conscience », remarque la journaliste spécialisée Marie-Claude Ducas, auteure de la biographie de Jacques Bouchard, considéré comme le père de la publicité québécoise.

«Jacques Bouchard avait convaincu les annonceurs qui avaient un siège social ailleurs qu’au Québec de confier leurs campagnes publicitaires à des agences d’ici», relève-t-elle.

Au nom de la «synergie», y aura-t-il tentation d’adapter une publicité au public québécois plutôt que de la créer dans une agence locale ?

«Ça ne serait pas intelligent», croit Marie-Claude Ducas. «Mais les gens ne prennent pas toujours les décisions les plus intelligentes. C’est toujours une bataille qui reste à mener.»

Dans ses plus récentes campagnes, conçues par l’agence Bos, RONA jouait beaucoup sur l’identité canadienne, souligne-t-elle. «Vont-ils continuer maintenant que ça a été acheté par une entreprise américaine ?, demande Marie-Claude Ducas. Ça reste à voir.»

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