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RONA tente de rassurer ses employés du siège social

Martine Turenne | Argent

À gauche : Sylvain Prud’homme, président de Lowe’s Canada, avec Richard D. Maltsbarger, chef du développement et président international de Lowe’s

Agence QMI

À gauche : Sylvain Prud’homme, président de Lowe’s Canada, avec Richard D. Maltsbarger, chef du développement et président international de Lowe’s

«Nous allons respecter les engagements que nous avons pris envers vous, vous avez ma parole.» Cette parole, c’est celle de Sylvain Prud’homme, le président de Lowe’s Canada.

La direction de RONA a fait parvenir une lettre aux employés de Boucherville, réitérant les six engagements pris par le géant américain lors de l’offre d’achat du 3 février dernier.

Parmi eux, l’établissement du siège social des activités canadiennes de la nouvelle entité à Boucherville ; le maintien en poste «de la vaste majorité des employés actuels de RONA» et celui des hauts dirigeants clés.

«C’est ce qui est convenu entre Lowe’s et RONA et ce sera honoré.»

La direction a envoyé cette lettre, car elle dit s’inquiéter des commentaires émis dans les médias qui remettent en question les engagements quant à la protection des emplois chez RONA.

En tout, six engagements fermes ont été pris par Lowe’s le 3 février dernier. «Tel qu’habituels dans ce genre de transaction, ces engagements ne seront pas inclus dans le contrat de vente», est-il écrit dans la lettre aux employés. «Ce sont toutefois des éléments essentiels à la conclusion de la transaction.» 

C’est Industrie Canada, écrit la direction, qui va s’assurer que ces engagements «font partie des engagements juridiquement contraignants et qu’ils seront tenus par l’acquéreur.»

Ils font l’objet des pourparlers entre les instances règlementaires canadiennes et Lowe’s.

La lettre conclut en annonçant que Sylvain Prud’homme devrait rencontrer des membres de la direction de RONA au cours des prochaines semaines. Il a également «émis le souhait de rencontrer tous les employés du siège social, dès que la transaction sera conclue».

Comment démanteler un siège social

Paul (nom fictif) a une impression de déjà vu, ces jours-ci.

Employé chez RONA, dont les actionnaires ont validé jeudi l’offre d’achat, il a entendu comme tout le monde les promesses sur le maintien du siège social de Boucherville, où il travaille: «les emplois vont y demeurer, les prises de décision aussi, c’est la meilleure des nouvelles pour la pérennité de l’entreprise».

Or, il a entendu la même chose il y a 18 ans.

Paul était employé chez Provigo lorsque ce dernier a été acheté par Loblaws, en 1998.

«C’était le même scénario», se rappelle-t-il. «Il y a eu les belles annonces, les promesses de conserver le bureau-chef au Québec, les bons emplois, etc.»

Pour appuyer ses promesses, Provigo avait fait construire un tout nouveau siège social à Saint-Laurent, à côté de l’un de ses magasins Loblaws.

«On était 1 200 employés à y déménager. C’était beau, moderne. On se disait : "ça ne se peut pas qu’ils ont bâti ça s’ils ne sont pas sérieux dans leurs promesses."»

« Eh oui, ça se peut. »

Une longue érosion

En aménageant dans leur nouveau bureau, des employés faisaient remarquer la manière dont le bâtiment était aménagé, se souvient Paul. «Il était divisé en trois sections distinctes. Certains disaient : "ils peuvent tellement facilement sous-louer des espaces."»

Il y a eu effectivement beaucoup d’espaces libres assez rapidement.

«J’ai assisté au long déclin», poursuit Paul. «Ça partait à coup de 20 ou 30 personnes à la fois. Ça ne faisait pas les manchettes des journaux. C’était une longue érosion. On savait que nos jours étaient comptés. La question n’était pas de savoir si on allait perdre nos jobs, mais quand.»

Paul a cherché un autre emploi.

Quand il a quitté Provigo, en 2002, il restait la moitié des 1 200 employés. «Il y en a une vingtaine aujourd’hui.»

Avec l’achat de RONA par Lowes, Paul a l’impression que le scénario se répète : «Ce sont les mêmes promesses.»

Et il y a le même homme aux commandes : Sylvain Prud’homme. Ce fut l’un des premiers que Loblaws a embauché au Québec.

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