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Une prête-nom québécoise reliée aux Panama Papers

Jean-François Cloutier | Bureau d'enquête

Une ex-employée de deux grands cabinets d’avocats de Montréal agit comme prête-nom pour plusieurs entreprises du Québec reliées au cabinet panaméen controversé Mossack Fonseca dans des paradis fiscaux.

«Vous comprenez que ce n’est pas mon rôle de divulguer des informations là-dessus. C’est pas à moi, c’est pas à moi de répondre à vos questions», nous a dit au téléphone la Québécoise Annette Laroche, excédée lorsque jointe à son domicile par notre Bureau d’enquête.

«Mon rôle est très limité dans ces entreprises-là», a-t-elle ajouté. Elle a reconnu être une simple «prête-nom» pour des proprios qui veulent rester cachés.

Annette Laroche, qui vit en banlieue de Montréal, dit être tenue au secret sur les réels bénéficiaires et propriétaires offshore des compagnies qu’elle administre sur papier.

À part quelques exceptions, il est impossible pour quelqu’un qui consulte le Registre des entreprises du Québec de connaître le réel propriétaire de ces entreprises.

Le nom d’Annette Laroche figure comme administratrice prête-nom dans pas moins de 158 entreprises incorporées au Québec, révèlent des documents obtenus par notre Bureau d’enquête.

Trente de ces entreprises québécoises ont un coadministrateur et un actionnaire dans un paradis fiscal (Panama, Bahamas, Belize, îles Vierges britanniques, îles Seychelles, Suisse, Samoa et Chypre).

L’adresse du coadministrateur dans plusieurs cas est la même que celle du cabinet controversé Mossack Fonseca, mis en cause dans les Panama Papers dévoilés par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ).

«C’est mon nom qui est utilisé parce que c’est une société canadienne. C’est un service, c’est tout. C’est parfaitement légal», a-t-elle dit, avant de raccrocher.

Activités nébuleuses

Par ailleurs, la Presse canadienne a rapporté en 2008 que deux entreprises montréalaises où Annette Laroche était seule administratrice ont fait l’objet d’accusations de crimes de guerre pour construction d’immeubles résidentiels destinés aux Israéliens en territoire palestinien.

Une poursuite alléguait que derrière Mme Laroche se cachait Shaya Bolmelgreen, un promoteur immobilier américain controversé. La poursuite a été rejetée en Cour suprême.

Une simple secrétaire?

Sur son profil LinkedIn, Annette Laroche dit avoir été administratrice des Services aux entreprises chez De Grandpré Chait de 1999 à 2006 et administratrice des services juridiques aux entreprises chez McCarthy Tétrault de 2006 à 2011.

D’ailleurs, certaines entreprises qu’elle a administrées donnent comme domiciles les bureaux mêmes de ces deux cabinets d’avocats. Un avocat chez McCarthy Tétreault nous a dit de son côté que Mme Laroche était une simple secrétaire. De Grandpré Chait ne nous a jamais rappelés hier.

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