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Uber maintient la pression sur le gouvernement Couillard

JOEL LEMAY/AGENCE QMI

Le directeur général d’Uber à Montréal a affirmé vendredi que les chauffeurs d’Uber pourraient aider le gouvernement du Québec à atteindre les objectifs ambitieux de sa politique énergétique dévoilée jeudi.

Jean-Nicolas Guillemette a avancé que des «engagements agressifs» ont été pris afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Selon lui, le covoiturage urbain «fait partie de la solution pour contrer la congestion routière et la dépendance à l’auto solo». En ce sens, une flotte comme Uber ne doit pas être vue comme mal en soi.

«Dans sa politique énergique dévoilée [jeudi], le gouvernement mentionnait qu’il souhaite promouvoir l’économie du partage pour accélérer la pénétration des véhicules à faibles émissions. Pour y arriver, le gouvernement devra encourager le covoiturage urbain et offrir de nouvelles options aux Québécois», a-t-il indiqué.

Le directeur général d’Uber a fait cette déclaration alors que les chauffeurs traditionnels de taxi manifestaient leur mécontentement à Montréal et à Québec, en raison de la lenteur des démarches du gouvernement pour statuer sur les services de covoiturage urbain.

Le ministre des Transports, Jacques Daoust, avait promis de déposer un projet de loi d’ici la fin de mars pour régler le dossier d’Uber, que Québec «traîne comme un boulet», avait-il soutenu dans une entrevue à LCN le mois dernier. Depuis, rien n’a bougé du côté de Québec.

«Si le ministre Daoust décide de protéger le monopole de l’industrie du taxi et de limiter les alternatives, il ira directement à l’encontre de la volonté de la population», a souligné M. Guillemette, en rappelant qu’un récent sondage de Léger Marketing a révélé que 75 % des Montréalais sont favorables à l’adoption d’une réglementation pour les services de covoiturage urbain.

S’inspirer de l’Ontario

Le maire de Toronto, John Tory, a indiqué plus tôt cette semaine qu’une modernisation est nécessaire dans l’industrie du taxi, dans un contexte où de nouveaux joueurs sont actifs sur le terrain. Même s’il manifeste une ouverture, la décision sur une nouvelle réglementation pour assouplir les règles n’est pas encore prise et devra être d’abord soumise au conseil municipal torontois, qui aura le dernier mot.

Néanmoins, Jean-Nicolas Guillemette croit que Québec doit s’inspirer des discussions en Ontario, où l’on débat d’un nouvel encadrement du covoiturage urbain en vue de le légaliser et ainsi «permettre une saine concurrence dans le transport rémunéré», a dit M. Guillemette.

Selon lui, l’Ontario prend ses responsabilités en démontrant qu’il veut «créer un marché compétitif et équitable pour tous les joueurs».

«Nous espérons que le gouvernement du Québec fera preuve du même leadership et ne cédera pas à l’intimidation du lobby du taxi», a-t-il dit, en ajoutant qu’il est préférable à ses yeux qu’on «laisse les citoyens décider du mode de transport qu’ils souhaitent utiliser pour se déplacer».

M. Guillemette, qui a soutenu que les chauffeurs d’Uber vivent chaque jour des «difficultés, de l’intimidation et parfois même de la violence», a invité vendredi les clients d’Uber à «remercier leurs chauffeurs partenaires».

De la désinformation, clament les chauffeurs de taxi

Le Comité provincial de concertation et de développement de l'industrie du taxi (CPCDIT) n’a pas tardé à réagir, vendredi, en qualifiant la sortie de Jean-Nicolas Guillemette d’«exercice de désinformation».

«Ça prend un front de bœuf pour mentir de manière aussi éhontée, en s'achetant des sondages et en insultant les élus du Québec», a dit Guy Chevrette, porte-parole du CPCDIT.

Il a argué que l’issue du projet de réglementation à Toronto est «inconnue» et mènera à des discussions de plusieurs mois.

«Ce sont les bandits qui font la morale aux honnêtes travailleurs, a dit Guy Chevrette. C'est le monde à l'envers. S’il y a des protestations des chauffeurs de taxi, c'est après plus d'un an et demi de représentations démocratiques, de commissions parlementaires et de rencontres polies. Pendant tout ce temps, les illégaux ont continué de voler les honnêtes travailleurs.»

Selon M. Chevrette, si les chauffeurs de taxi manifestent dans les prochaines semaines, c'est en raison de l'inaction du gouvernement.

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