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Équateur: fortes hausses d'impôts après le séisme

Santiago Piedra Silva | Agence France-Presse

Le président Rafael Correa a demandé aux Équatoriens de mettre la main au porte-monnaie pour couvrir le coût financier, estimé à trois milliards de dollars, du séisme dévastateur qui a fait plus de 570 morts depuis samedi dans le pays.

Le tremblement de terre d'une magnitude de 7,8, le pire en Amérique latine depuis celui d'Haïti en 2010, a dévasté la côte pacifique, dont des zones touristiques, de l'Équateur où les secours tentaient toujours jeudi de trouver des survivants. Mais leurs efforts étaient compliqués par les nombreuses répliques, plus de 500, dont plusieurs ont dépassé une magnitude 6.

Jeudi, le dernier bilan officiel faisait état de 570 morts. On compte également 5733 blessés et le nombre de disparus a été revu nettement à la baisse, passant de 1.700 à 163.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, Rafael Correa, qui a chiffré à trois milliards le coût du séisme, soit «deux ou trois points de PIB» (produit intérieur brut) pour une économie souffrant déjà de la chute des cours du pétrole, a annoncé une série de mesures économiques drastiques.

La TVA passera de 12 à 14% durant un an.

«En accord avec ce que me permet la Constitution en cas d'état d'exception, il sera établi par l'Assemblée nationale une contribution de deux points additionnels sur la TVA pour un an», a déclaré le président équatorien mercredi soir dans un message télévisé adressé à la nation.

Les salariés verseront également une contribution sur salaire obligatoire, d'un jour de travail pour ceux gagnant 1000 dollars par mois, de deux jours pour un salaire de 2000 dollars par mois, et jusqu'à cinq jours pour ceux gagnant 5000 dollars mensuels.

Ceux dont le patrimoine dépasse 1 million de dollars devront verser par ailleurs une contribution équivalant à 0,9% de leurs biens.

Rafael Correa a également annoncé la vente d'actifs de l'État «pour surmonter ce moment difficile», sans toutefois préciser lesquels.

Ces décisions s'ajoutent à la hausse imminente des taxes sur la bière et les cigarettes, sur le point d'être adoptée à l'Assemblée nationale au moment où le pays très endetté a du mal à se financer.

Le séisme porte un coup sévère à l'économie de l'Équateur qui a déjà souffert de la baisse des cours du pétrole, pilier de son économie. La croissance n'a été que de 0,1% en 2015, contre 4% prévue par le gouvernement.

Le secteur touristique, appelé à devenir une activité économique phare de l'Équateur pour compenser la chute des revenus pétroliers, pourrait être affecté durablement.

La catastrophe «permet (au gouvernement) de rendre beaucoup plus acceptable pour la population ce type d'augmentation d'impôts, qui va permettre de mieux passer l'année» sur le plan budgétaire, analyse pour l'AFP l'économiste Alberto Acosta.

«De plus, avec le tremblement de terre, des lignes de crédit peuvent être activées comme celle des 600 millions de dollars déjà annoncée» par le gouvernement pour venir en aide à la population et reconstruire les zones dévastées, ajoute-t-il.

Plus de 900 secouristes, pompiers, médecins et spécialistes de 20 pays, dont la Colombie, le Chili, le Mexique, le Venezuela et l'Espagne, poursuivaient jeudi leur quête effrénée de survivants.

Mais les espoirs s'amenuisent.

«Ici, ça pue la mort au lieu de la peinture», lâche l'un des pompiers qui fouillent les décombres d'une quincaillerie dans la cité balnéaire de Manta, l'une des villes les plus touchées de la côte est.

Rafael Correa a appelé mercredi à la création d'une autorité sud-américaine chargée des catastrophes naturelles.

Le séisme est d'ores et déjà le plus meurtrier en Équateur depuis 1979 et en Amérique latine depuis celui qui avait frappé Haïti en 2010 faisant entre 200 000 et 250 000 morts.

Au moins onze étrangers figurent parmi les victimes, de nationalités canadienne, colombienne, britannique, cubaine, irlandaise et dominicaine selon diverses sources officielles.

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