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Prince, artiste et homme d’affaires accompli

Argent et Agence France-Presse

Auteur-compositeur-interprète très polyvalent et prolifique, Prince a vendu plus de 100 millions de disques en 38 années de carrière. Un prodige de la musique qui s’est rapidement imposé en homme d’affaires accompli.

En 2012, sa fortune était évaluée à 250 millions $, derrière celles de Paul McCartney (800 millions $), Bono (600 millions $) et Elton John (320 millions $), mais devant le pécule de David Bowie (215 millions $), Bruce Springsteen (200 millions $) ou Bon Jovi (125 millions $).

En 2005, le média américain Forbes estimait le revenu annuel de Prince à 49,7 millions $ US avant impôts.

Le succès dès 1979

Son premier disque For You (1978) fut un échec, mais le succès commercial s’est concrétisé en 1979 avec son deuxième disque (Prince), dont le single « I Wanna Be Your Lover » a été vendu à un million d’exemplaires.

Prince a obtenu la consécration en 1984 avec le disque et le film Purple Rain, où il interprète le personnage principal. Le film a obtenu un énorme succès aux États-Unis et le 33 tours s’est hissé au sommet du palmarès Billboard avec plus de 12 millions d’exemplaires vendus.

La bande sonore du film a été couronnée par un Oscar en 1985. La même année, au gala de l’American Music Awards (qui décerne les prix Grammy), l’album Purple Rain a été consacré album rock de l’année, devant Thriller de Michael Jackson.

Prince s’est très tôt distingué par le contrôle qu’il exerçait sur toutes les dimensions de son œuvre : il cumulait la production, la composition et l’interprétation (il pouvait jouer d’une vingtaine d’instruments), l'enregistrement (il s'est offert un studio après le succès de Purple Rain) sans oublier un sens aigu du marketing.

Après les provocations sexuelles du début de sa carrière, il a élaboré des stratégies de plus en plus excentriques, notamment en 1992 lorsqu’il a troqué son nom pour un symbole qui ne se traduit pas en mots. Ce fut sa marque de commerce jusqu’en 1999.

Prince, artiste et homme d’affaires accompli

Le bras de fer avec Warner

Ses relations avec les distributeurs, seul élément de la chaîne de production qu’il ne pouvait pas maîtriser, étaient souvent tendues.

C'est de loin avec la Warner Music que l'affrontement aura été le plus âpre, causant quasiment sa perte commerciale. Ironie du sort, c'est cette même major qui le repéra, l'enrôla dans son catalogue en 1977 alors qu'il n'avait que 18 ans et, surtout, lui donna le temps de parfaire son art jusqu'à son premier succès planétaire 1999, paru en 1982.

C'est aussi la Warner qui, pendant dix-sept ans entre 1985 et 1992, aida financièrement Prince à mettre sur pied son propre label, Paisley Park Records, sur lequel il fit signer de jeunes talents telle la percussionniste Sheila E. et de vieilles gloires comme le pape du P-Funk George Clinton ou la chanteuse Mavis Staples.

Paradoxalement, le point de rupture se dessine fin 1992 quand la Warner offre un pont d'or à Prince. L'artiste paraphe alors un nouveau contrat de 100 millions $ pour six albums, qui est présenté alors comme le plus juteux jamais signé, loin devant Michael Jackson (50 millions $) ou Madonna (60 millions $).

Mais le prix à payer n'est pas mince : avec ce contrat, la Warner met la main sur l'ensemble des bandes — les «masters» — enregistrées par le natif de Minneapolis depuis 1978.

Leur relation se détériore alors à grande vitesse. Dès 1993, pour son 35e anniversaire, la star affirme ne plus vouloir enregistrer d'album et décide de renoncer à son nom de scène dans l'espoir de se libérer de ses obligations contractuelles avec la maison de disque, d’où le symbole qui deviendra sa nouvelle identité.

«L'artiste anciennement connu sous le nom de Prince» n'hésite pas non plus à se montrer sur scène avec le mot «slave» (esclave) écrit sur les joues.

Cette manœuvre risquée lui cause du tort commercial, mais n'aliène toutefois qu'une partie de ses fans. En 1993, les 72 000 places de son concert dans le stade londonien de Wembley s'envolent en moins d'une heure.

Désireuse d'assurer son retour sur investissement, la Warner commet alors un crime de lèse-majesté: elle publie une compilation des meilleurs titres de Prince contre sa volonté.

Fin 1995, la rupture est définitivement consommée et Prince devra se battre pendant des années avant de pouvoir récupérer la propriété de son œuvre  en 2014.

La «fin d'internet»

Prince a mené le même combat contre la diffusion gratuite de son œuvre sur internet, qu'il avait un temps utilisé pour écouler ses nouveaux opus.

Ces dernières années, il s'est ainsi battu pour que les vidéos de ses concerts soient systématiquement retirées de YouTube pour protéger ses droits.

Mais il a surtout dénoncé la montée en puissance des sites de streaming, fustigeant le faible pourcentage reversé aux artistes par iTunes ou Spotify.

En 2010, il déclare même la «fin d'internet». «Ce que je voulais dire c'est qu'internet était fini pour tous ceux qui veulent être payés» pour leur art, avait-il expliqué quelques années plus tard dans le Guardian.

«Et j'avais raison sur ce point», avait-il ajouté.

Le chanteur avait toutefois récemment noué un partenariat avec Tidal, le service de streaming appartenant au rappeur Jay-Z qui se distingue par les généreuses royalties versées aux artistes et qui est aujourd'hui le seul habilité à diffuser légalement sa musique.

1,5 million $ par spectacle

Jusqu’à sa mort, Prince a lancé un album par année, avec des résultats contrastés sur le plan commercial : certains touchaient un large public, d’autres demeurent quasi confidentiels avec quelques milliers de copies écoulées.

Sa brève carrière de cinéaste, avec Under the Cherry Moon (1986) et Graffiti Bridge (1987), n’a pas soulevé d’enthousiasme. Il était plus doué pour le vidéo-clip, les prestations télévisées et surtout la scène.

Selon Forbes, ses dernières tournées pouvaient rapporter 1,5 million $ US par spectacle.

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