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Le réveil des batailles de rap

 - Agence QMI

PHOTO SÉBASTIEN ST-JEAN/AGENCE QMI

WordUP! Battles, première ligue de «battle rap» a capella de la francophonie, fait son grand retour ce samedi au Club Soda, à Montréal, pour une soirée à grand déploiement intitulée WordUP! #TREIZE. De jeunes noms du rap s'affronteront, de même que des incontournables: ancien adepte de ces batailles verbales, Yes McCan des Dead Obies repart au combat.

«Un tremplin»

Pour Yes McCan, pas de doute: la ligue WordUP! Battles, fondée en 2009 par les artistes FiligraNn et Jo le Zef, est un incubateur à talents.

Pour cette soirée, environ 1000 personnes sont attendues au Club Soda afin d’assister à l’affrontement en trois «rounds» de plusieurs duos. Notons entre autres que le rappeur québécois d’origine haïtienne Dramatik fera face à l’adepte de «battle rap» Jeune Chilly Chill, tandis que Yes McCan se mesurera au Français Hermano Salvatore. «C’est plus un puriste qui fait du rap old school, c’est un Marseillais, le clash va être super intéressant», lance le membre des Dead Obies, qui n’avait pas participé à un tel combat depuis trois ans.

«Le but, c’est d’établir sa supériorité en tant que rappeur et tu peux le faire de toutes sortes de façons: tu peux insulter l’autre comme tu peux te valoriser toi-même, précise-t-il. À première vue ça peut paraître très vulgaire, mais tout ça revient vraiment à la créativité, tu travailles avec les mots et l’imaginaire, tu penses à comment la rime va être placée et l’espèce de musicalité de la parole a capella va être importante pour établir sa supériorité.»

Un retour ambitieux

La ligue WordUP! Battles n’avait pas disparu des écrans radars, puisqu’elle propose de temps à autre des événements à plus petit déploiement, mais la soirée #TREIZE du 23 avril constitue un retour de l’événement de façon ambitieuse, selon Yes McCan. Une soirée de grande envergure qui n’est pas sans lui rappeler des souvenirs, notamment la naissance de son groupe, Dead Obies, il y a quelques années.

«On s’est vraiment fondés autour des événements WordUP! Battles. Au début on était trois ou quatre à rapper ensemble: Snail Kid, 20some, moi et Bear parfois. On a rencontré Jo RCA et VNCE durant un "battle", après on est rentrés chez moi, on a "jammé" et suite à ça on a fait "Collation Vol. 1", une première mixtape.»

Le rappeur a commencé à participer à ces «battles» en 2010-2011 – il s’agit à chaque fois d’un contrat, qui suit une audition – et se souvient des temps forts de ces soirées qui ont constitué selon lui une «pré-explosion de la scène rap». «C’était comme une espèce de microcosme où on voulait être, on voulait se pointer là et se prouver et à soi-même et aux autres qu’on avait une certaine validité. C’était une porte d’entrée pour montrer ce qu’on faisait.»

Une nouvelle génération de rappeurs est alors apparue: «Soudainement on s’est mis à connaître Maybe Watson, Obia Le Chef, Casse-Croute, et c’était vraiment mythique, c’était devenu la bataille à savoir qui était le meilleur rappeur à Montréal.» Les vidéos des «clashs» étaient – et sont toujours – régulièrement diffusées sur le site de la ligue. «C’est devenu viral tout d’un coup, c’était comme regarder un combat de boxe, mais juste avec des mots.»

La première génération de participants s’est ensuite davantage orientée vers la musique, se souvient Yes McCan. Il cite notamment Jam, qui fait désormais partie du trio Brown avec son frère Snail Kid et leur père Robin Kerr. «Y’avait aussi Loud Mouth de Loud Lary Ajust, Koriass, des gens qui soudainement n’avaient plus tant intérêt à se présenter à ces événements-là parce que c’est de la grosse préparation, c’est beaucoup de réputation à mettre en jeu et c’est beaucoup de temps que tu ne mets pas à écrire un album.»

«Réinjecter un peu d’actualité»

Plusieurs raisons ont poussé le rappeur à revenir vers ces «battles rap», qu’il avait délaissées pour se focaliser sur la carrière de son groupe. «Là on vient de sortir l’album "Gesamtkunstwerk", ça donnait au niveau du "timing", j’ai du temps.» Yes McCan souhaite aussi que l’événement «réinjecte un peu d’actualité» à l’organisation, lui apporte davantage de visibilité ici et ailleurs, et que la relève soit plus que jamais au rendez-vous.

Il note d’ailleurs que la ligue a eu un «bébé», les Rap Contenders en France: «Le fondateur s’est inspiré de ce que FiligraNn a fait ici et est en contact avec lui étroitement. C’est beaucoup plus gros en France à cause de la démographie.»

Les vidéos des «combats verbaux» de ce samedi seront diffusées sur le site internet de WordUP! Battles quelques temps après la soirée. Yes McCan rappelle que la seule limite imposée est de ne pas toucher l’autre physiquement. «Il n’y a jamais eu de règlements de compte, c’est comme les arts martiaux, il y a du respect, souvent on va boire une bière après.»

Faut-il seulement être insensible pour supporter de vivre de tels clashs ? «C’est vrai que c’est très exigeant, tu peux être blessé parce que si tu te plantes, les gens voient ça en ligne, le monde peut rire de toi, mais il faut comprendre que c’est ton personnage qui se fait démonter.» Il souligne au passage que chacun prépare ses textes à l’avance, même si l’improvisation devra quoiqu’il arrive faire partie du jeu.

WordUP! #TREIZE

Samedi 23 avril

18 h 30

Billets: à l’avance 20 $, à la porte 30 $

Vidéos : wordupbattle.net

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