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Nos réservistes ne sont pas suffisamment entraînés

 - Agence QMI

Les réservistes de l’armée canadienne prennent part à des missions à l’étranger au péril de leur vie sans avoir reçu un entraînement adéquat et comparable aux soldats de la force régulière.

C’est le constat alarmant que fait le vérificateur général du Canada, Michael Ferguson, dans son rapport rendu public mardi matin.

«Nous avons aussi constaté que, par rapport à la formation professionnelle des soldats de la Force régulière, les cours de formation professionnelle des soldats de la Réserve de l’Armée n’avaient pas été conçus pour leur permettre d’acquérir toutes les compétences nécessaires pour s’adapter rapidement à divers types de situations de combat», a déploré le vérificateur général.

«Ces écarts augmentent également les risques de blessure pour les soldats lors de leur instruction ou d’un déploiement», a poursuivi M. Ferguson.

À titre d’exemple, l’instruction militaire initiale des officiers de la force régulière dure 70 jours, alors que celle des réservistes est de 32 jours. Elle prévoit une formation beaucoup moins poussée pour l’acquisition de compétences importantes notamment en matière de conditionnement physique.

M. Ferguson s’appuie sur un incident survenu en 2010 lors d’un entraînement en Afghanistan, au cours duquel quatre réservistes ont été blessés et un autre tué. Cette tragédie est survenue alors que les soldats s’entraînaient au maniement d’une arme qui n’avait pas été incluse comme il se devait lors de leur instruction avant leur déploiement. Une enquête avait conclu que le manque d’instruction au préalable avait «contribué» au tragique incident.

L’audit soulève plusieurs lacunes, allant du sous-financement des réservistes au manque de directives claires sur l’entraînement que devraient suivre les soldats de la réserve pour se préparer à participer à ces missions à l’étranger. L’armée ne dispose également pas de l’information nécessaire pour déterminer si ses réservistes sont prêts à être déployés sur le terrain au besoin.

«Il est essentiel que l’armée canadienne sache si ses soldats sont prêts à se déployer dans le cadre de missions au pays ou à l’étranger. Or, nous avons constaté que le système d’information qu’elle utilise pour vérifier l’état de préparation de chacun de ses soldats indiquait que la proportion de réservistes dont les qualifications étaient à jour était faible», souligne M. Ferguson.

Difficultés à recruter

Le rapport fait aussi état d’une importante pénurie du nombre de réservistes et la difficulté pour la Défense nationale à en recruter davantage. Les réservistes composent la moitié des 40 143 soldats de l’Armée canadienne et ils sont censés fournir jusqu’à 20% des soldats appelés lors de grandes missions à l’international.

Or, entre 2012 et 2015, leur nombre a diminué en moyenne de 5% par année, soit l’équivalent de 1000 soldats. L’armée estime qu’elle doit idéalement pouvoir compter sur 29 000 réservistes, mais elle n’en a que 21 000, dont un peu moins de 14 000 sont «qualifiés et présents». Ainsi, sur les 123 unités de réserve au pays, 12 avaient moins de la moitié des soldats nécessaires pour atteindre leur taille idéale.

«Nous avons constaté que le système de recrutement de la Défense nationale ne permettait pas de recruter le nombre de soldats dont avait besoin la réserve de l’armée et que ses unités avaient de la difficulté à garder dans leurs rangs les soldats qualifiés», a déploré le vérificateur général.

Il ajoute que le système de recrutement est «trop lent».

Les réservistes en chiffres:

-Les réservistes comptent pour la moitié des 40 143 soldats de l’Armée canadienne.

-L’instruction militaire et les opérations de la Réserve de l’armée coûte 724 milions $ par année.

-Les soldats de la réserve ont participé à 4642 déploiements en Afghanistan, 16 d’entre eux y ont perdu la vie et 75 ont été blessés au combat.

-Entre 2012-2015, les réservistes ont été déployés 150 fois dans 16 autres missions internationales (Europe, Afrique, Moyen-Orient, Antilles).