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Lara Fabian, plus heureuse que jamais

Nicolas Fauteux | Agence QMI

RENE BAILLARGEON/JOURNAL DE QUEBEC/AGENCE QMI

Comme un rayon de soleil, elle est entrée dans la petite bibliothèque de l’hôtel Gault, dans le Vieux-Montréal. Durant cette journée qui s’annonçait plus que bien remplie pour elle, Lara Fabian a pris le temps de nous parler, nous ouvrant son cœur sans rien caché. Rencontre avec une femme épanouie.

Vous êtes de passage au Québec pour promouvoir la version de luxe de «Ma vie dans la tienne». En quoi consiste votre plus récent album?

C’est une carte postale d’une tournée internationale dans laquelle je chante mes succès des 25 dernières années. On y retrouve aussi des pièces inédites ainsi que tout l’album «Ma vie dans la tienne».

C’est important de nourrir le public qui nous nourrit, de lui offrir quelque chose de plus. Cela me tenait vraiment à coeur.

Lara Fabian, en tant que chanteuse, s’est transformée; on le constate d’ailleurs très bien sur ce disque. Comment voyez-vous cela?

Arrive un moment au cours du voyage qu’est la vie où on incarne peut-être un peu plus la sérénité. Au-delà de 40, 45 ans — je vais en avoir 47 bientôt —, je crois qu’il y a quelque chose qui se pose en nous, et la voix est l’instrument qui exprime cela. Je ne peux expliquer exactement ce qui s’est passé, mais je peux dire que je suis très à l’aise avec le fait de vieillir et que je me suis rarement sentie aussi bien que maintenant. J’en ai vu des vertes et des pas mûres, et même de toutes les couleurs, mais il y a des enseignements dans tout ça, même s’ils sont douloureux.

Vous sentez-vous aujourd’hui plus forte?

La force est l’alter ego de la fragilité, et on oscille souvent entre les deux, étant tantôt démontable, tantôt indémontable... Mais je dirais que je me sens plus stable.

Il y a des chansons sur «Ma vie dans la tienne» qui sont très personnelles. Vous vous y adressez à votre mère — qui est malade —, à votre père, à votre soeur...

Et à ma fille, à mon mari, à ma meilleure amie... C’est un disque rempli de gratitude pour dire: «Merci, je t’aime et je te vois.» C’est vraiment ça. C’est un album écrit sans filtre. C’était évident pour moi de le faire, cet album. Il y a des choses à un moment dont on veut parler à travers notre musique. Et là, ça me paraissait juste de les dire, ces choses belles et moins belles, et même souffrantes, comme la chanson que j’ai écrite pour ma mère. Je ne me suis pas posé de questions en écrivant. Je voulais parler de ce que je vivais, mais sans essayer de passer de message.

En même temps, on sent que vous vivez des choses très positives, entre autres votre relation amoureuse avec le magicien italien Gabriel di Giorgio. Or, vous avez traversé plusieurs orages sur ce plan par le passé...

Vous savez, le jour où on s’aime enfin, on découvre ce qu’on pourrait appeler l’amour juste. Le vrai amour n’arrive pas tant qu’on ne s’aime pas soi-même. Souvent, les tumultes sont les conséquences de nos choix, parce qu’on est toujours en train de chercher chez l’autre une façon d’être soutenu, de s’amarrer, d’exister de façon fusionnelle... Bien sûr, la passion est essentielle — et Dieu sait que je vis une relation profondément intense! —, mais il n’y a plus cette dimension où on «aspire» l’autre pour aller chercher l’amour propre qu’on n’a pas. Quand je me suis mise à m’aimer, la porte s’est ouverte sur tout ça. Je vis un amour magnifique.

Vous dites que, maintenant, vous vous aimez. Est-ce que ç’a été un long cheminement?

Ç’a été un long voyage. Il n’y a pas eu un matin où je me suis réveillée et regardée dans le miroir en me disant que j’étais belle et que je m’aimais, tout d’un coup. Ça a pris des années de travail sur moi, sur toutes les petites choses avec lesquelles j’avais tant de misère.

Quels moyens avez-vous pris pour faire ce travail sur vous-même?

J’ai utilisé énormément de «technologie spirituelle» pour ça. J’ai fait des trucs concrets aussi, comme des activités sportives. On a tous nos clés, nos instruments, pour trouver cet endroit où on est bien. C’est possible de le faire. Quand je m’assois et que je regarde mon parcours des 10 dernières années... je trouve que c’est magnifique! Cela dit, je n’ai jamais cessé de chercher une façon de me sentir mieux.

Comme tout le monde, j’aime le bonheur, mais, parfois, on a du mal à le laisser entrer dans notre vie. C’est fou à quel point on peut être réfractaire au bonheur. Mais quand on décide d’être soi et qu’on agit, on obtient des résultats.

Au-delà des clichés, de quelle façon la maternité vous a-t-elle transformée?

C’est sûr que ce que je vis est en partie la même chose que ce que vit tout parent. Mais une autre partie de ma réalité est le grand défi que la maternité représente pour moi. Je me sens un devoir qui va au-delà de l’émotion... Avec toute l’humilité que le fait d’être un parent demande, je veux être un guide pour ma fille, Lou, lui transmettre des valeurs. Je ne veux pas avoir la prétentionde la pousser à être ce dont je ne suis pas capable. C’est un grand défi que de trouver pour nos enfants des façons concrètes de vivre dans ce monde qui, doit-on le dire, ne va pas bien et où ça ne sera pas simple de faire sa place. En regardant tout ce qui se passe, j’ai le coeur qui tremble pour ma fille. Et ce n’est pas une figure poétique...

À ce propos, les récentes attaques terroristes en Belgique ont dû vous toucher assez directement...

Ça nous a tous touchés. Qu’on soit belges, français ou canadiens, on est tous concernés. C’est sûr que, le jour des attentats, je marchais en tenant un bout de mon coeur dans ma main et je cherchais le restant... Je me demandais ce qu’on allait faire de ça. Sauf que moi, je n’ai pas le temps d’être en colère. Je veux trouver la façon de promouvoir la paix que je veux voir régner dans le monde, même si ce n’est qu’à mon niveau, en tant qu’artiste. Je n’ai aucun pouvoir à part celui de transmettre des émotions. Au-delà de la tristesse, du désespoir et de l’incompréhension, il faut se retrousser les manches et, au quotidien, être des passeurs de valeurs concrètes.

À huit ans, vous saviez que vous vouliez être chanteuse. Votre fille, Lou, qui a huit ans, manifeste-t-elle le désir de suivre vos traces?

Pas du tout. Vous ne vous imaginez pas combien cette enfant-là s’en fout de ce métier! Et c’est tellement rafraîchissant de vivre avec une enfant qui vous aime juste parce que vous êtes sa mère! Ma fille veut être chef. C’est son rêve, et elle me le dit depuis longtemps. Bon, quand elle cuisine, après il faut appeler les pompiers! (rires) Il y en a partout! Elle est bonne pour les petits-déjeuners; elle fait des pancakes délicieuses. J’en suis bouche bée. Elle me dit: «Je suis chef» comme je disais «Je suis chanteuse» à son âge... On verra. Les enfants voyagent dans leurs rêves.

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