/news/law

Ghomeshi s’excuse, mais la victime maintient que ce n’est pas terminé

Agence QMI

L’ancien animateur de CBC, Jian Ghomeshi, s’est présenté à la cour mercredi pour livrer ses excuses et finaliser l’entente négociée qui lui évite de subir un nouveau procès pour agression sexuelle.

Mais, malgré ces excuses, la victime Kathryn Borel, maintient qu'il ne lui est pas encore possible de tourner complètement la page.

Devant le tribunal, Jian Ghomeshi a pris la parole pour lire une déclaration : «Je veux m’excuser envers Mme Borel pour le comportement que j’ai eu envers elle, dans un milieu de travail», a lu l’ancien animateur, avouant qu’il avait posé des gestes inappropriés, sans les détailler.

Par la suite, Kathryn Borel s’est adressée aux médias à l’extérieur du tribunal pour rappeler que Gomeshi avait aussi fait d’autres victimes et que, pour elle, toute cette affaire ne serait pas terminée «tant qu’il n’admettra pas tout ce qu’il a fait».

Elle a dit que Ghomeshi s’en tirait somme toute à bon compte. «Il m’a humilié à plusieurs reprises et s’en tirait chaque fois avec impunité», a-t-elle affirmé, parlant de multiples incidents, dont celui qui avait mené au dépôt d’une accusation d’agression contre l’animateur vedette, un statut dont il aurait abusé.

«Quand j’ai demandé de l’aide à CBC, j’ai reçu en retour que oui, il pouvait tout faire et que oui, je lui devais mon travail. Le message sous-jacent était que mon célèbre supérieur, et l’institution nationale pour laquelle il travaillait, importaient davantage que mon humanité ou ma dignité», a souligné Mme Borel.

Dans l’affaire impliquant Mme Borel, les événements reprochés se sont produits sur les lieux de CBC, alors que Ghomeshi était à la barre de l'émission «Q».

Manque de respect

En cour, Ghomeshi a poursuivi ses excuses en disant qu’il avait manqué de respect à l’égard de Mme Borel. «J’ai occupé un poste privilégié à CBC et j’ai été l’animateur d’une émission que j’aimais. J’étais une personne en position d’autorité et je n’ai pas montré le respect que j’aurais dû avoir à l’égard de Mme Borel. Je n’ai pas toujours donné l’exemple, j’ai aussi échoué à comprendre et à juger de l’impact de ma conduite dans mon environnement de travail», a-t-il reconnu, avant de s’excuser aussi à sa propre famille, citant sa mère et sa sœur, de même que pour ses amis qui ont aussi subi la tourmente.

En vertu de l’entente négociée, l’ancien animateur s’est engagé à garder la paix pour une période de 12 mois et à ne pas tenter de contacter la victime, dont l’identité ne fait plus l’objet d’un interdit de publication. Insuffisant, selon la victime, mais tout de même la seule manière d’obtenir un véritable aveu ou une reconnaissance de ce qui s’est passé à l’époque.

Mme Borel a expliqué qu’elle était d’accord avec cette façon de faire : «Quand on m’a présenté la possibilité qu’il présente des excuses, j’ai accepté de renoncer au procès. Cela m’a semblé être le chemin le plus probant vers la vérité. Un procès aurait pu maintenir le mensonge qu’il n’était pas coupable et il aurait pu continuer d’exercer sur mois les mêmes méthodes abusives pour me faire douter, y compris de moi-même.»

Si elle accepte les excuses présentées, Mme Borel soutient néanmoins aussi que Ghomeshi n’a pas cherché à étendre ses remords aux 20 autres femmes, qui sont allées devant les médias pour porter de sérieuses allégations contre lui pour son comportement violent.

«Je pense que nous souhaitons tous en finir avec cette histoire, mais ce ne sera pas possible tant qu’il n’admettra pas tout ce qu’il a fait», a conclu la plaignante.

Acquitté au premier procès

En mars, Ghomeshi avait été acquitté d’accusations d’agressions sexuelles portées contre lui par trois femmes, dont la comédienne Lucy DeCoutere.

Avant ce procès, l’ancien employé de la CBC avait admis publiquement être un adepte des pratiques sexuelles brutales. Il n’a pas témoigné devant la cour, mais la thèse soutenue par son avocate, Marie Henein, était que ses partenaires étaient consentantes pour ces faits qui remontaient à 2002 et 2003.

En rendant son verdict d’acquittement, le juge a conclu qu’un doute persistait et il s’est montré très sévère à l’égard des plaignantes. Selon lui, les victimes n’ont pas été assez franches dans leurs versions des faits.

«L’aspect le plus troublant, c’est que chacune d’elles a consciemment modifié son témoignage à la cour alors qu’elles étaient sous serment, a martelé le magistrat. C’est impossible de déterminer à 100% ce qui est vrai de ce qui ne l’est pas. Il existe donc un doute raisonnable dans mon esprit», avait déclaré le juge William Horkins.

 

Dans la même catégorie