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Le cheval Duke, condamné à mort

 - Agence QMI

Après 42 ans comme cocher, André Saint-Amant était dévasté lorsqu’il a appris qu’il n’avait plus d’emploi dès la semaine prochaine et qu’il devrait envoyer Duke, son compagnon des sept dernières années, à l’abattoir.

«Ce cheval-là, c’est mon grand chum», a-t-il dit.

Visiblement ébranlé, M. Saint-Amant ne voit pas d’autres alternatives que l’abattoir pour son animal.

Selon lui, son cheval ne serait pas le seul à y passer. «La Ville dit que les calèches sont la signature de Montréal, a-t-il dit. Mercredi prochain, il y a à peu près 40 chevaux qui vont s’en aller à l’abattoir.»

M. Saint-Amant investit 19 000 $ par année pour entretenir et garder son animal de 15 ans. Être cocher est tout ce qu’il sait faire dans la vie.

CAROLINE LÉVESQUE/AGENCE QMI

«Je peux comprendre qu’ils veulent changer la réglementation, mais c’est ma vie, a ajouté André Saint-Amant. J’essaie de travailler jusqu’à la période de Noël. Je ne travaille pas pendant trois mois et mon cheval s’en va en campagne pendant ce temps.»

400 $ de pension

Pour M. Saint-Amant, la vente de son cheval n’est pas une option. «Personne ne va l’acheter, a-t-il confié, sous le choc, et flattant Duke. Mon cheval ne rentre pas chez moi. Il va aller à l’abattoir. Je viens de perdre ma job. La pension en campagne est de 400 $ par mois et je ne peux pas me permettre ça.»

Pour le moment, celui qui a fait sa carrière comme cocher ne sait pas ce qu’il adviendra de son futur, une situation insupportable. Il se sent actuellement pris au dépourvu et choqué que personne dans l’industrie n’ait été consulté.

«Aller travailler au salaire minimum? Je ne peux pas aller mettre mon cheval à la campagne avec ce salaire. Il va aller se faire tuer. Moi, je dois vivre aussi. Va-t-il falloir qu’on aille à l’Accueil Bonneau pour manger?»

Pas de compensation

Pas question pour lui d’accepter la compensation financière de la ville, soit environ 550 $ par calèche et 120 $ par cocher. Il juge insuffisant ce remboursement pour tout le tort causé par la décision.

«On n’est même pas dédommagés pour notre saison, a-t-il ajouté. Est-ce que les propriétaires vont se tenir ensemble pour faire une injonction contre cette décision? Ils n’ont pas le droit de faire cela. On n’a pas tué personne. Je peux comprendre qu’ils veulent changer la réglementation, mais on n’a jamais été consultés.»

«Les anti-calèches pensent qu’on est des criminels, mais on les aime, nos chevaux. Ces chevaux-là sont bien entretenus. Ils sont gras, ils ont les meilleurs soins et ont tout ce qu’ils veulent», a mentionné André Saint-Amant, tout en pointant son cheval, afin de démontrer qu’il n’est pas sous-alimenté.

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