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De nombreux chevaux pourraient être conduits à l'abattoir

PHOTO AMÉLI PINEDA/24 HEURES/AGENCE QMI

Plusieurs chevaux risquent d’aller directement à l’abattoir puisqu’à compter de mardi prochain, aucune calèche ne pourra circuler dans les rues de Montréal pour un an.

«Qui va les nourrir? On ne sait pas qui les achètera. Ils vont se retrouver en viande», lance Luc Desparois, propriétaire de Lucky Luc et détendeur de sept permis à son nom et d’une vingtaine de chevaux.

L’annonce de Denis Coderre a un effet de bombe parmi les caléchiers du Vieux-Montréal mercredi matin. Un moratoire interdira les calèches pendant un an afin de réviser la règlementation municipale.

«On sait bien que ça va durer plus d’un an. Les plans du maire sont déjà faits. Ça va être l’abattoir pour les chevaux. Blanka, ça fait quatre ans que c’est mon amour. Ces chevaux-là n’ont plus rien», se désole Richard Delisle, qui travaille pour Lucky Luc avec sa jument Blanka.

Tous les cochers se feront rembourser la valeur de leurs permis pour la saison 2016, soit environ 550 $ par calèche et 120 $ par cocher.

«Le maire a donné une semaine d’avis aux propriétaires et il aurait pu trouver une subvention pour envoyer les chevaux en pension, après l’été, mais pas maintenant. On ne sait pas où ils vont se ramasser», s’inquiète Shanna Lalonde, qui travaille dans l’industrie des calèches depuis 15 ans.

Pas une surprise?

Le maire se défend d’avoir donné un préavis trop court. Une vidéo filmée le 20 avril dernier par un citoyen montrait un cheval de calèche qui heurtait une voiture dans Griffintown. Le maire avait alors évoqué son intention de professionnaliser l’industrie.

«Il n’aurait pas fallu qu’on aille trop loin dans la saison, parce qu’on aurait eu des problèmes. Le mois de mai, c’était le bon moment pour faire les choses adéquatement. Je ne prends personne par surprise», se défend-il.

À savoir ce qu’il adviendra des chevaux, le maire répond que les cochers «sont maîtres de leurs bêtes» et que les chevaux de Montréal sont en fin de carrière.

«Si la SPCA veut prendre soin d’eux, ce sera ça», affirme-t-il.

L’organisme indique être prêt à travailler avec les propriétaires pour placer leurs chevaux dans des sanctuaires ou familles adoptives.

«Si les cochers les aiment et qu’ils ont à coeur leur bien-être, c'est certain qu'ils ne vont pas les envoyer à l'abattoir. Mais à la fin, c'est leur choix. Il y a d'autres options qui existent pour les 56 chevaux que l'abattoir et on est là pour assister les propriétaires», explique Alanna Devine, directrice de la défense des animaux à la SPCA.

Emplois perdus

Le conseiller de Projet Montréal, Sterling Downey, se réjouit de l’annonce du maire et ne craint pas pour les caléchiers, puisqu’ils n’avaient qu’à «bien gérer cette industrie. On ne peut pas juste dire qu’on va protéger un emploi contre le bien-être d’un animal. C’est un danger public, parfois.»

Est-ce que l’ensemble des caléchiers paye pour quelques individus fautifs? Le maire indique qu’il avait des choix à faire. «Un moment donné, c’est tout ou rien».

Cochers plus professionnels

L’année de moratoire permettra à l’administration de réviser complètement l’industrie des calèches.

Le maire pense à créer un centre d’interprétation ou un musée du cheval de Montréal, parce qu’il croit que ces animaux font partie du patrimoine de la ville. Il souhaite aussi réviser le système de billetterie et le contenu des visites guidées des cochers puisque «ce sont des ambassadeurs de Montréal».

Aller plus loin?

Projet Montréal souhaite que le processus de révision de la profession soit transparent. Le conseiller Downey aimerait notamment qu’il y ait une consultation publique sur l’industrie des calèches et que l’étude préparée par Cheval Cheval l’an dernier soit publique.

De son côté, la SPCA croit qu’il faudrait «mettre fin à cette industrie archaïque. C’est problématique au niveau du bien-être de l’animal, de la sécurité publique et des nuisances», de conclure Mme Devine.

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