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Un bougon fait une faillite de 1,3 million $

 - Agence QMI

Un assisté social qui a toutes les apparences d’un véritable bougon vient de déclarer une faillite de 1,3 million $ due en grande partie à des «flips» immobiliers louches où il aurait agi comme prête-nom.

Il y a deux semaines, André Pyontka, un assisté social de 49 ans qui dit habiter à Greenfield Park, sur la Rive-Sud, a dit à un syndic qu’il ne pouvait pas rembourser des dettes accumulées de 1,3 million $. Ses actifs sont de seulement 1700 $.

Il a réalisé au moins sept «flips» pendant la décennie 2000.

À la même époque, Pyontka touchait des prestations d’aide sociale. Il a été «sur le BS» au moins de 2005 à 2010. Il est difficile de savoir s’il a, depuis, cessé de toucher de l’aide sociale.

Un flip consiste à acheter une propriété et la revendre très vite, à profit. Les flips lui ont permis d’encaisser des profits mirobolants de plus d’un million $, selon un jugement.

Un expert pense toutefois que Pyontka a été en partie utilisé par des gens plus intelligents que lui.

Un juge a estimé en 2015 que les flips de Pyontka s’inscrivaient dans un «stratagème frauduleux» dont il était pleinement conscient.

Revenu non déclaré

André Pyontka n’a pas déclaré à l’impôt un sou des revenus qu’il a tirés de l’immobilier pendant ce temps.

«Les revenus [...] ne sont pas déclarés aux autorités fiscales par quiconque», précise le jugement.

«Bien que [Pyontka] recevait des prestations d’assistance sociale, ses activités régulières étaient d’acheter des immeubles dans le but de les revendre à profit», dit le jugement.

Même si les transactions remontent au milieu des années 2000, le dossier de cour s’étale jusqu’à la toute fin de 2015. Il a donc fallu près de 10 ans pour que le fisc arrive à le forcer à payer ses impôts. Mais il vient de déclarer faillite.

Le jugement ne manque pas de sel puisque André Pyontka a d’abord prétendu avoir été victime d’un vol d’identité lorsque le fisc a commencé à fouiller son dossier en 2010.

Selon Pyontka, quelqu’un «aurait imité sa signature» et «il s’est fait voler son portefeuille contenant toutes ses cartes d’identité», «entre 2006 et 2008».

L’actuelle ministre de l’Immigration Kathleen Weil, à l’époque sa députée, était même intervenue en sa faveur en l’aidant à faire une plainte à la police.

Or, l’enquête a permis de découvrir que la version de Pyontka était cousue de fil blanc.

«Vous avez déclaré qu’on avait volé votre identité. Pourtant, le notaire [Jean J. Brossard] et la secrétaire du notaire attestent que vous êtes bien la personne figurant au permis de conduire trouvé au dossier qui s’est rendue à plusieurs reprises signer au bureau du notaire», écrit le syndic de la Chambre des notaires.

Revenu Canada a même mandaté une sommité en analyse d’écriture de l’Agence des services transfrontaliers. Elle a dit que la signature de Pyontka dans des actes notariés était «sans aucun doute» la sienne.

Incohérences

En outre, le juge a noté plusieurs incohérences dans le témoignage de Pyontka. Par exemple, il a dit s’être fait voler ses cartes entre 2006 et 2008, mais des flips remontent à 2005.

«Pourquoi [Pyontka] n’a pas avisé le SPVM en 2008 dès qu’il a appris qu’une personne se servait de son identité? [...] Il est difficile de concevoir comment une personne peut vivre sans cartes d’identité pendant une aussi longue période» (entre 2008 et 2011).

De plus, Pyontka a admis avoir payé les factures d’Hydro d’immeubles que son prétendu voleur d’identité aurait acquis.

Comment fonctionne un flip frauduleux?

1-Un assisté social accepte d’être prête-nom pour l’achat d’un immeuble.

2-Il obtient un prêt d’un particulier qui participe sciemment au stratagème.

3-Le prête-nom revend quelques mois plus tard l’immeuble, à prix gonflé, à un acheteur de connivence.

4-L’acheteur obtient un prêt hypothécaire d’une institution financière légitime.

5-Quelques mois plus tard, l’acheteur cesse de payer l’institution financière.

6-Le prête-nom encaisse le profit du flip et le redistribue aux acteurs impliqués.

Voici les immeubles « flippés » par André Pyontka:

5626, rue de Normanville (Rosemont)

Acheté 170 000 $/ Revendu six mois plus tard 295 000 $

Profit: 125 000 $

 

11452, rue Notre-Dame Est (Montréal-Est)

Acheté 160 000 $ / Revendu trois mois plus tard 343 000 $

Profit: 183 000 $

 

2331, rue Ontario Est (Ville-Marie)

Acheté 30 000 $ / Revendu sept mois plus tard 235 000 $

Profit: 205 000 $

 

3171, rue Adam (Hochelaga-Maisonneuve)

Acheté 75 000 $ / Revendu trois mois plus tard 235 000 $

Profit: 160 000 $

 

11305, rue Dorchester (Montréal-Est)

Acheté 178 056 $ / Revendu quatre mois plus tard 300 000 $

Profit: 121 944 $

 

215, rue de Gentilly (Longueuil)

Acheté 170 000 $ / Revendu trois mois plus tard 360 000 $

Profit: 190 000 $

 

101, rue de la Grande-Allée (Montréal-Est)

Acheté 55 000 $ / Revendu sept mois plus tard 165 000 $

Profit: 110 000 $

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