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Un candidat au Sénat, cerveau de l'attaque d'un poste de police

Agence France-Presse

L'enquête du bureau des affaires criminelles (BAC) de la police nationale d'Haïti a conclu, dans son rapport rendu public lundi, que Guy Philippe, candidat au Sénat, est l'auteur intellectuel d'une attaque perpétrée en mai contre un commissariat de police.

Dans la nuit du 15 au 16 mai, une cinquantaine d'hommes, en tenue kaki et lourdement armés, ont attaqué le commissariat de la ville des Cayes, dans le sud d'Haïti, tuant un policier et blessant grièvement deux autres officiers.

Les assaillants ont quitté les lieux en emportant une vingtaine d'armes à feu et des gilets pare-balles de la police. Un assaillant a été tué dans l'affrontement avec les forces de l'ordre et trois autres ont trouvé la mort dans un accident de voiture lors de leur fuite.

«Cette attaque a été planifiée au cours d'une rencontre tenue par un groupe de présumés bandits se faisant passer pour des membres de l'ex FAD'H (Forces armées d'Haïti, démantelée en 1995), sous l'égide du nommé Guy Philippe», indique le rapport du BAC.

Le document indique aussi qu'avant de décéder, un participant à l'attaque «a non seulement retracé le cours des événements comme susmentionné, mais a aussi dénoncé leur commandant en chef Guy Philippe qui, selon lui, avait tout orchestré lors d'une réunion tenue à Pestel», à 38 kilomètres au nord des Cayes.

Pour faire suite aux conclusions de son enquête, la police demande au pouvoir judiciaire d'émettre des mandats d'arrêt contre Guy Philippe et une vingtaine d'autres personnes.

Né dans cette ville de Pestel, Guy Philippe, ancien militaire, s'est fait connaître en menant en 2003 et 2004 une rébellion armée contre le président Jean-Bertrand Aristide, aboutissant, avec les révoltes populaires contre le régime, au départ en exil du chef de l'État.

Au lendemain de l'attaque contre le poste de police, Guy Philippe avait nié son implication. Joint au téléphone par plusieurs antennes de radios privées, il avait renouvelé son appel à «une mobilisation dans le cadre de la loi, une désobéissance civile» contre le gouvernement provisoire qui n'a pas organisé les élections selon le calendrier prévu par l'accord de sortie de crise.

À 48 ans, Guy Philippe a entamé une carrière politique en se portant candidat au poste de sénateur dans son département.

Haïti connait une crise politique profonde depuis les élections présidentielles et générales de 2015.

Contestés par l'opposition de l'époque, les scrutins législatifs ont été reportés à plusieurs reprises. Le vote pour l'élection du futur chef de l'État a été, lui, totalement annulé et les deux tours de scrutin vont finalement se tenir les 9 octobre et 8 janvier prochains.