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Un des suspects tué par une bombe de la police

Laura Buckman | Agence France-Presse

Des tireurs ont semé la panique jeudi soir à Dallas pendant une manifestation antiraciste, tuant cinq policiers et en blessant sept dans une action apparemment coordonnée. Un des suspects ne s’est pas suicidé, il a été tué pendant les négociations avec la police qu'il l'a fait exploser à l'aide d’une bombe confirme le chef de la police de Dallas, David Brown.

«Il y avait des Noirs, des Blancs, des latinos, tout le monde. Et il y a eu (les coups de feu) sortis de nulle part», a relaté un témoin. «C'était le chaos total, c'est complètement fou».

S'exprimant à Varsovie, le président Barack Obama a dénoncé «des attaques haineuses, calculées et méprisables», pour lesquelles il n'existe «pas de justification».

L'un des suspects, qui s'était retranché dans un bâtiment de cette ville du sud des États-Unis, est mort au terme d'un face-à-face avec des unités d'élite. Il a avoué qu'il n'était associé à aucun groupe et qu'il voulait tuer des policiers blancs, a confirmé la police.

Les tireurs ont ouvert le feu subitement, vers la fin de la manifestation. Ils visaient très clairement les policiers et ont également blessé deux civils, selon les autorités.

Ce bilan de 12 victimes dont cinq morts est le pire enregistré par les forces de l'ordre aux Etats-Unis depuis le 11 septembre 2001.

Les médias américains ont diffusé une vidéo montrant un homme présenté comme l'un des tireurs, habillé d'un pantalon clair et tenant un fusil d'assaut.

On le voit épauler et faire feu sur des cibles non identifiées.

«C'est lui, là, à côté de la colonne blanche, regardez, il tire vers la gauche, tire vers la droite, tire de l'autre côté, on voit qu'il vise quelqu'un», commente un témoin, Ismael DeJesus, qui filmait à partir d'un hôtel proche.

«Ensuite il s'est retourné, pour vérifier que personne n'arrivait derrière lui, mais il y avait un policier qui arrivait et qui a essayé de l'avoir, mais ça s'est mal terminé. C'était une exécution, franchement. Alors qu'il était déjà à terre, l'homme a encore tiré sur lui trois ou quatre fois», dit-il.

Sur une autre vidéo, on entend des rafales de tirs, un autre témoin commentant par ses mots: «Oh mon Dieu, c'est quelqu'un armé jusqu'aux dents. Et il n'est pas tout seul».

La manifestation dénonçait les violences de la police envers les Noirs, après la mort cette semaine de deux hommes noirs sous les balles des forces de l'ordre.

Vers la fin de la manifestation, deux hommes «ont commencé à tirer sur les policiers à partir d'une position élevée», a déclaré le chef de la police de Dallas, David Brown.

Deux suspects ont été arrêtés après avoir été repérés avec des sacs en tissu de camouflage dans leur voiture, ainsi, un peu plus tard, qu'une femme.

Des équipes du SWAT, la force d'intervention d'élite de la police, ont été déployées en nombre après que les coups de feu ont éclaté vers 02H00 GMT, selon des chaînes de télévision locales, et les autorités ont interdit le survol de la ville, sauf par des vols de secours.

«Plusieurs opérations d'inspection fouillée sont en cours pour rechercher des explosifs en centre-ville. Cela prendra du temps», a indiqué Max Geron, un responsable de la police de Dallas.

Des policiers se sont alignés, en position de salut solennel ou la main sur le coeur, à l'extérieur d'un hôpital où ont été transférés les dépouilles de leurs collègues, selon des images diffusées par la presse locale.

Les armes à feu sont très répandues au Texas, État où il possible de sortir armé de façon visible sur la voie publique. Comme après chaque tuerie sur le sol américain, les critiques ont fusé pour dénoncer la facilité qu'ont les tireurs à s'équiper en engins de mort.

Mais la National Rifle Association (NRA), premier lobby des armes aux États-Unis, a esquivé ces reproches. «Je tiens à exprimer la profonde sympathie que nous ressentons pour les policiers héroïques de Dallas tués ou blessés», a déclaré Wayne LaPierre, responsable de la NRA.

Le rassemblement à Dallas s'inscrivait dans le cadre de plusieurs manifestations organisées à travers les États-Unis pour protester contre la mort de deux hommes noirs abattus par la police cette semaine, l'un en Louisiane (sud), l'autre dans le Minnesota (nord).

En pointe de ces protestations, le mouvement Black Lives Matter («les vies noires comptent») s'est défendu d'avoir jeté de l'huile sur le feu.

«Black Lives Matter combat pour la dignité, la justice et la liberté. Pas le meurtre», a fait savoir l'organisation.

Leur mort a de nouveau plongé les Etats-Unis face au spectre du racisme policier.

Le président Obama a dénoncé jeudi un «grave problème» rongeant l'Amérique, soulignant que son pays avait vécu «trop de fois des tragédies» et appelant la police à entreprendre des réformes.

Plusieurs manifestations et veillées ont été organisées à travers le pays, comme à Dallas, après la mort de Philando Castile dans le Minnesota et d'Alton Sterling en Louisiane.

Avec des pancartes et des T-shirts appelant à «Arrêter d'exécuter les Noirs» et «Mains en l'air, ne tirez pas», des centaines de manifestants, de tous âges et origines, se sont rassemblés jeudi soir devant la résidence du gouverneur à Saint Paul, capitale du Minnesota.

À Manhattan, plusieurs milliers de personnes se sont dirigées vers Times Square en scandant notamment «Assez» et «Black Lives Matter», («Les vies des Noirs comptent»), du nom du mouvement qui dénonce les violences policières contre les Afro-américains.

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