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Le Saguenay-Lac-Saint-Jean a appris du déluge

Louis Martineau | TVA Nouvelles

 - Agence QMI

Le Saguenay-Lac Saint-Jean est aujourd'hui mieux outillé pour faire face à une autre inondation majeure comme celle qui a touché la région en juillet 1996.

Une série de mesures et de travaux effectués autour du réservoir Kénogami, l'un des points culminants du déluge, ont permis d'améliorer la marge de manoeuvre des autorités civiles, même s'il y aura toujours moyen de faire plus.

Si le lac Kénogami peut se montrer sous son meilleur jour cet été, les résidents riverains savent que tout peut changer rapidement, mais les autorités sont maintenant mieux préparées.

«Le lac Kénogami est l'un des bassins les plus surveillés au Québec», illustre Paul Ruel, président du Comité de bassin du Lac Kénogami. «Nos ouvrages maintenant sont conçus pour résister à une crue trois fois supérieure à celle de juillet 1996», ajoute Andrée Bilodeau, directrice des Opérations Barrages au Ministère du Développement durable

Dans les années suivant le déluge, la Commission Nicolet a déposé une série de recommandations. Parmi les mesures retenues, un nouveau plan de gestion du Lac Kénogami.

«Un plan de gestion avec de nouveaux équipements et une gestion prévisionnelle améliorée. Le lac a été baissé d'un pied et demi. Il était géré à 115 pieds avant, donc une latitude plus grande pour le gestionnaire», affirme M. Ruel.

Les derniers travaux d'importance en lien avec le déluge ont eu lieu sur la rivière aux Sables, dans l’arrondissement Jonquière, il y a plus de 5 ans. Québec a investi 15 millions $ pour creuser la rivière pour qu'elle augmente sa capacité d'évacuation. Sa capacité est passée de 170 m3 par seconde à 650 m3 par seconde.

Si un nouveau coup d'eau devait survenir sur le lac Kénogami, c'est d'abord vers cette rivière que l'eau serait évacuée. Une somme de 35 millions $ a aussi été dépensée pour rehausser tous les ouvrages de retenue d'eau autour du réservoir.

Surveillance des barrages

Une autre question demeure sensible, c'est celle de la surveillance des barrages. Ceux qui appartiennent au gouvernement, comme celui de Portage des roches dans le secteur à Laterrière de l’arrondissement Chicoutimi, tout se fait à distance à partir de Québec. Personne n'est sur place en temps réel.

«C'est une surveillance 24 heures sur 24, 7 jours sur 7», précise Mme Bilodeau. «Les opérations aux évacuateurs, ouverture et fermeture, ce sont des gardiens sur place qui les font.»

«J'ai absolument confiance», de dire Paul RueI. «Il y a des experts, des ingénieurs qui font très bien ça. L'important c'est d'avoir des gens sur place pour ouvrir les pelles», ajoute-t-il.

Saguenay a aussi tiré ses leçons. Jean Tremblay a été élu un an après la catastrophe et a dû gérer l'après déluge.

«On pense avoir identifié toutes les zones inondables. On n'a pas la permission de se construire là, sauf pour des situations exceptionnelles ».

La ville a aussi mis sur pied un système d'alerte téléphonique pour prévenir et évacuer les citoyens. Ce plan doit être revu pour inclure les cellulaires.

«Le plan urgence est complètement transformé. On me dit qu'on a un des plus beaux plans d'urgence au Québec», affirme Jean Tremblay.

Barrage supplémentaire?

Dans le Bas Saguenay, c'est principalement la rupture d'une digue sur le lac Ha-Ha qui est responsable des inondations. L'ouvrage a été entièrement refait, mais il y a une recommandation que Québec refuse toujours d'appliquer: la construction d'un autre barrage de retenue des eaux en amont dans la réserve faunique des Laurentides, par où le surplus d'eau est arrivé en 1996.

«Pour le gestionnaire, ce serait un outil additionnel de gestion, permettre de baisser le débit des rivières et des lacs, mais ça ne compromet pas la sécurité», dit M. Ruel.

Le maire Jean Tremblay ne cache pas son malaise. Selon lui un barrage de plus dans le parc des Laurentides apporterait une sécurité supplémentaire.

Cela dit, malgré toutes les précautions, les Saguenéens ont aussi appris une leçon: la nature peut toujours avoir le dernier mot.

«Un plan d'urgence, on peut jamais dire que c'est 100 %, c'est toujours à renouveler», a conclu Jean Tremblay.

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