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Hollande donne toute sa confiance à son ministre de l'Intérieur

Martine Nouaille et Sophie Deviller | Agence France-Presse

Le président français François Hollande, sous le feu des critiques après l'attentat du 14 juillet à Nice, est monté en première ligne vendredi pour défendre l'action de l'exécutif face à la menace terroriste et renouveler sa confiance au ministre de l'Intérieur.

Bernard Cazeneuve, dont la tête est réclamée par certains partis politiques, «a toute ma confiance», a déclaré le chef de l'État après un Conseil de défense convoqué huit jours après le massacre perpétré par un Tunisien de 31 ans sur la Promenade des Anglais à Nice le jour de la Fête nationale.

L'opposition de droite et aussi les partis d'extrême droite Front national et communiste PCF ont vivement mis en cause la gestion du ministre, accusé d'insuffisances dans la sécurisation de cette ville de la Côte d'Azur le 14 juillet.

Ce jour-là, la course folle du camion lancé sur la foule rassemblée pour un feu d'artifice a fait 84 morts et plus de 350 blessés, dont 12 «luttent encore pour leur vie», a relevé François Hollande, précisant aussi que les victimes sont au total de 18 nationalités différentes.

À Nice, «c'est le monde qui a été la cible des terroristes», a-t-il dit, soulignant que le tueur «s'est inspiré de la propagande de Daech (acronyme arabe de l'organisation État islamique) pour commettre cet horrible crime».

L'EI, qui a revendiqué l'attentat, a menacé cette semaine dans une nouvelle vidéo d'intensifier ses attaques contre la France.

Ce Conseil de défense est le quatrième depuis le 14 juillet, mais le premier suivi d'une déclaration solennelle du chef de l'État à l'Elysée.

La menace terroriste «va durer», «nous devons nous défendre», a averti François Hollande. L'état d'urgence instauré au lendemain des attentats du 13 novembre 2015 à Paris (130 morts, des centaines de blessés) et qui vient d'être prolongé jusqu'à janvier «ne nous prémunit pas de tout», a-t-il ajouté. Il a rappelé avoir décidé un recours aux réservistes dans la police, la gendarmerie et l'armée pour épauler les forces de l'ordre sous pression sur le territoire.

Mais le président a repoussé toute mesure contrevenant «à la Constitution et aux règles fondamentales du droit». «C'est sur ce terrain que (les terroristes) veulent nous mettre à l'épreuve», a-t-il affirmé.

Le mode opératoire inédit en Europe suivi dans l'attentat de Nice et le profil de son auteur inconnu du renseignement - tout comme ses complices présumés - ont attisé un vif sentiment d'insécurité au sein de la population.

Les questions portent notamment sur la facilité avec laquelle le tueur tunisien, Mohamed Lahouaiej Bouhlel, a pu emprunter sur deux kilomètres en bord de mer la Promenade des Anglais, pourtant interdite à la circulation ce jour-là, avant d'être abattu par la police.

Pour le député de Nice centriste Rudy Salles, cité dans le quotidien de droite Le Figaro, il y a eu une «baisse de vigilance» des autorités après la fin de l'Euro de football, pendant lequel d'importantes forces de sécurité avaient protégé les «fan zones».

Le premier ministre Manuel Valls a jugé jeudi «insupportable la remise en cause permanente de la parole de l'État, du préfet, des policiers». Une enquête administrative a toutefois été ouverte, dont François Hollande a promis les résultats «la semaine prochaine» au nom de la «vérité» et de la «transparence».

L'enquête judiciaire a avancé avec l'inculpation et l'incarcération de quatre hommes âgés de 21 à 40 ans et d'une femme de 42 ans ayant été en contact avec le tueur.

L'enquête révèle une préparation de longue date, un acte «mûri» pendant plusieurs mois avec des «complicités» et des «soutiens», a dit le procureur de Paris, François Molins.

Ce dernier a fait état de clichés de foules pris par Lahouaiej Bouhlel notamment pendant les feux d'artifice des 14 juillet et 15 août 2015 et de nombreux échanges téléphoniques avec certains suspects, qui viennent «corroborer cette préméditation» et ces complicités.

Chokri C., Mohamed Oualid G. et Ramzi A. sont poursuivis pour «complicité d'assassinats en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste». Ramzi A. est aussi inculpé d'«infractions à la législation sur les armes en relation avec une entreprise terroriste», comme un couple d'Albanais, Artan H. et Enkeledja Z, soupçonnés d'avoir participé à la fourniture du pistolet avec lequel Lahouaiej Bouhlel a tiré sur des policiers avant d'être abattu.

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