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La place Taksim se prépare à un rassemblement prodémocratie

Gokan Gunes et Pascale Trouillard | Agence France-Presse

L'emblématique place Taksim à Istanbul, celle de tous les combats, se préparait dimanche à une imposante manifestation prodémocratie réunissant pour la première fois une partie de l'opposition turque et l'AKP au pouvoir, huit jours après l'échec du putsch.

Ce rassemblement intervient après la tentative de coup d'État qui a fait 270 morts et déclenché des purges massives dans l'armée, la justice, l'enseignement et les médias par un pouvoir turc totalement pris par surprise.

Le principal parti d'opposition, le Parti républicain du Peuple (CHP - social-démocrate) a lancé cet appel au rassemblement auquel s'est rallié le parti islamo-conservateur du président Recep Tayyip Erdogan (AKP - Parti de la justice et du développement).

La gratuité des transports en commun à Istanbul, instaurée après le putsch raté initialement jusqu'à vendredi, a été prolongée par la mairie pour les 15 millions d'habitants jusqu'à dimanche 23h59 (20h59 GMT) en prévision d'un afflux massif de manifestants au rassemblement prévu à partir de 18h00 locales.

L'immense esplanade de Taksim, au coeur d'Istanbul, est traditionnellement le théâtre des grandes luttes pour la démocratie. Ironiquement, elle a été le siège en 2013 de semaines de violentes manifestations qui avaient ébranlé le pouvoir du président Erdogan.

Des déclarations du CHP sur les drapeaux laissaient entrevoir des discordances dans ce qui s'était annoncé comme un grand rassemblement d'union en faveur de la démocratie.

Le vice-président du CHP, Tekin Bingöl, a appelé les «compatriotes» à se présenter place Taksim avec «un drapeau turc, des portraits d'Atatürk à la main et leur amour de la Turquie dans leur coeur».

«C'est une rencontre organisée par notre parti, à notre appel, mais l'ensemble de nos concitoyens est invité (...) Il ne doit y avoir que des drapeaux turcs et des portraits d'Atatürk au rassemblement. Il ne doit même pas y avoir des drapeaux du CHP, qui l'a organisé», a dit M. Bingöl.

Même si la figure de Mustafa Kemal est censée être au-dessus des partis, ses portraits sont traditionnellement arborés par le CHP, parti fondé par le père de la République turque.

Les foules de sympathisants mobilisées par M. Erdogan sont massées dans les rues des villes turques tous les soirs depuis le 16 juillet, y compris à Taksim.

Un comité de coordination de l'état d'urgence présidé par le premier ministre Binali Yildirim, avec les principaux ministres, a été créé.

«Les décisions prises par le comité seront mises en application sans tarder par tous les ministères, institutions et organisations (publiques) concernés», selon la circulaire signée par M. Yildirim et publiée dimanche au Journal officiel.

Alors que les critiques pleuvent sur la Turquie pour la purge tous azimuts en cours, M. Erdogan a balayé samedi celles de l'Union européenne, bien décidé à éradiquer le «virus» et le «cancer». Ce que disent les responsables européens «ne m'intéresse pas et je ne les écoute pas», a déclaré le président turc.

Il a averti que la riposte ne faiblirait pas contre les partisans du prédicateur Fethullah Gülen, en exil aux États unis et accusé par Ankara d'avoir ourdi le coup d'État.

Le ministre de l'Agriculture, Faruk Celik, a donné la mesure de la haine féroce d'Ankara à l'égard des gulénistes, lors d'une «veille pour la démocratie» à Sanliurfa (sud-est) dans la nuit de samedi à dimanche.

«Moi je suis ministre de l'Alimentation, de l'Agriculture et de l'Élevage, et dire de ces gens qu'ils sont des animaux, c'est faire grandement insulte aux animaux», a-t-il dit à propos des putschistes.

Dernières mesures en date, la Turquie - où l'état d'urgence a été instauré jeudi pour la première fois en 15 ans - a porté de quatre à 30 jours la durée des gardes à vue et a dissous plus de 2000 institutions.

Dans ce coup de balai inédit depuis l'arrivée au pouvoir de M. Erdogan en 2003, ont été fermés plus de 1000 établissements d'enseignement, 15 universités, plus de 1200 associations ou fondations et 19 syndicats.

Le ministre de l'Éducation, Ismet Yilmaz, a affirmé qu'au moins 20 000 enseignants seraient embauchés pour compenser les limogeages et suspensions de professeurs.

Seule note rassurante de l'après-coup d'Etat, 1200 militaires du rang ont été élargis.

Mais samedi soir le premier ministre a annoncé à la télévision la dissolution de la garde présidentielle, car «elle n'a pas de raison d'être». Après le putsch manqué, 283 de ses 2500 membres ont été arrêtés.

M. Yildirim a également indiqué que 13 000 gardes à vue avaient été prononcées depuis le putsch, et 5837 personnes placées en détention, dont 3718 soldats et 123 généraux.