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Les irréductibles de «Bernie» ne voteront ni pour Trump, ni pour Clinton

Ivan Couronne | Agence France-Presse 

Certains voteront pour la candidate verte à la Maison-Blanche. D'autres écriront à la main le nom de Bernie Sanders sur leur bulletin de vote. Pour les irréductibles du sénateur, pas question de choisir entre Hillary Clinton et Donald Trump.

Les trois quarts au moins des électeurs de Bernie Sanders aux primaires soutiennent Hillary Clinton, selon les sondages.

Mais il suffisait de tendre le micro dans les rues de Philadelphie pour constater la vigueur de cette minorité d'irréductibles, au milieu du joyeux tapage créé par des centaines de manifestants pro-Sanders en marge de la convention d'investiture démocrate qui doit introniser Hillary Clinton pour l'élection présidentielle.

Prenez l'exemple de Marie Adams, qui a écrit sur un bout de tissu: «Demexit», comme les Britanniques ont voté pour le «Brexit». Elle a 66 ans, dont 48 passés au parti démocrate. «Je n'ai plus 40 ans devant moi, j’ai maintenu le statu quo depuis trop longtemps et les Clinton n'ont fait que du mal».

«Elle dit tout et n'importe quoi pour se faire élire», insiste Marie Adams. Son choix, comme beaucoup de partisans de Sanders, se porte désormais sur la candidate du parti vert, Jill Stein.

N'a-t-elle pas peur de contribuer indirectement à faire élire Donald Trump à la Maison-Blanche? «Je m'en fiche. Même si c'est Trump».

Comme elle, beaucoup sont déçus que Bernie Sanders se soit officiellement rallié à Hillary Clinton. Ils n'acceptent pas la logique du «moindre mal» que certains présentent pour la soutenir. Pour ces militants, la domination des deux grands partis, démocrate et républicain, a vécu.

«Voter pour le moindre mal revient vraiment à gâcher sa voix», assure John Delehanty, technicien informatique à la retraite venu spécialement de Virginie. «Cela n'aide pas notre démocratie».

«Je n'ai pas peur de Trump», dit Patty Duffy, 49 ans, médecin de Floride dont les revenus annuels «ont six chiffres».

«J'ai plus peur d'elle», poursuit-elle, en accusant le camp Clinton d'avoir manipulé les primaires démocrates --une accusation répétée par de nombreux partisans de Bernie Sanders.

Elle aussi votera pour Jill Stein, qui plafonne à environ 3% des intentions de vote au niveau national. La candidate verte se rendra à Philadelphie cette semaine en marge de la convention démocrate.

«C'est une occasion unique de créer un nouveau parti», conclut Patty Duffy.

Que reprochent-ils exactement à Hillary Clinton? Certains remontent aux années 1990 et à la signature par son mari, Bill, du traité de libre-échange d'Amérique du Nord (ALENA).

D'autres l'accusent d'être va-t-en-guerre parce qu'elle a voté en 2002, en tant que sénatrice, pour autoriser le président George W. Bush à recourir à la force contre l'Irak de Saddam Hussein.

La défiance envers Hillary Clinton cache enfin dans certains cas une attirance pour le républicain Donald Trump.

Isolationnisme et protectionnisme sont deux piliers de la candidature du milliardaire populiste.

«Comme dit Trump, le système est truqué», dit Shana Lin, femme au foyer de 46 ans.

«Je dirais même qu'au point où nous en sommes, Trump est marginalement mieux, car elle n'a cessé de mentir aux Américains», insiste cette démocrate.

L'indulgence que ces militants accordent à Donald Trump, ils la refusent à Hillary Clinton.

Une phrase de l'ancienne Première dame, prononcée en 1996, est ressortie cette année durant l'âpre campagne des primaires: Hillary Clinton avait alors qualifié les gangs de mineurs violents de «superprédateurs».

Un terme raciste, pour Bruce Carter, fondateur du groupe Black Men for Bernie («Hommes noirs pro-Bernie»), présent à Philadelphie pour soutenir Bernie Sanders et mobiliser les jeunes Noirs en politique.

«Trump n'a jamais occupé de mandat politique donc on ne sait pas ce qu'il fera», explique-t-il dans l'ombre d'un autocar recouvert de l'effigie de «Bernie».

«Il a dit des choses dingues, mais je ne crois pas qu'il n’ait jamais dit quoi que ce soit de raciste contre les Noirs. Mais je sais ce qu'elle a dit. Elle nous a qualifiés de superprédateurs».

Conclusion? Il est l'heure de créer un nouveau parti... «même si cela passe par quatre années d'enfer».

 

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