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Un prêtre égorgé lors d'une prise d'otages revendiquée par l'EI

Gina Doggett et Katell Prigent | Agence France-Presse

Un prêtre a été égorgé mardi dans l'église d'une petite ville ouvrière du nord-ouest de la France, la première attaque contre un lieu de culte catholique en Europe revendiquée par le groupe État islamique qui a fait replonger dans la sidération ce pays déjà choqué par la tuerie de Nice.

L'attaque perpétrée par deux jihadistes, rapidement endossée par l'EI qui avait aussi revendiqué deux récents attentats en Allemagne, s'est déroulée à Saint-Etienne-du-Rouvray, une cité de 29 000 habitants dans la banlieue de Rouen, en Normandie.

Vers 07H30 GMT, en pleine messe, deux assaillants armés, dont l'un serait connu des services antiterroristes, ont fait irruption dans l'église où se trouvaient au moins cinq personnes et égorgé le père Jacques Hamel, un prêtre octogénaire.

Un autre otage a été grièvement blessé et se trouve entre la vie et la mort. Les assaillants, qui ont crié «Allah Akbar!», ont été abattus par la police au moment où ils sortaient sur le parvis de l'église. Ils avaient des armes blanches et «un dispositif factice» faisant penser à la présence d'explosifs, selon des sources proches du dossier.

Le prêtre «était encore en aube, il était au pied de l'autel, ils l'ont obligé à se mettre à genoux et puis ''pas bouger''. Quand on a vu le couteau, la main droite, j'ai dit ''bon, c'est sûr que là, y a quelque chose qui va se passer''», a témoigné dans des médias français une religieuse, Soeur Danielle, qui a donné l'alerte en réussissant à s'enfuir avant le meurtre.

«Ils se sont enregistrés. Ils ont fait un peu comme un sermon autour de l'autel en arabe», a-t-elle ajouté.

«Ce sont les catholiques qui ont été frappés, mais ce sont tous les Français qui sont concernés», a réagi le président socialiste François Hollande. Rapidement sur place, il a appelé à la «cohésion» un pays déjà ébranlé par l'attaque le 14 juillet à Nice, également revendiquée par l'EI (84 morts, plus de 350 blessés).

C'est la première fois en Europe qu'un prêtre est tué dans une attaque jihadiste et le pape François, avec lequel s'est entretenu le chef de l'État français, a condamné «un meurtre barbare» dans «un lieu sacré où s'annonce l'amour de Dieu».

«La communauté chrétienne est très touchée, la messe est le moment le plus important donc forcément c'est un symbole très fort», se désole un prêtre d'une paroisse voisine, Alexandre Joly, faisant écho à la vive émotion ressentie par des fidèles interrogés en France.

Dans plusieurs villes comme Lyon et Montpellier, des messes devaient être célébrées mardi soir à la mémoire du prêtre assassiné. La Conférence des évêques a appelé les catholiques français à une «journée de jeûne et de prière» vendredi.

Chrétiens, musulmans ou juifs, les représentants des cultes en France ont affiché leur solidarité dans le deuil avec leurs «frères» catholiques, appelant à «l'unité».

Les enquêteurs ont procédé à deux perquisitions et au moins une personne a été interpellée, a constaté un photographe de l'AFP.

Comme après l'attentat de Nice, l'opposition de droite et d'extrême droite n'a pas attendu pour attaquer le gouvernement socialiste, accusé de laxisme ou d'incompétence dans la lutte antiterroriste.

«Nous devons changer profondément la dimension, la mesure, la stratégie de notre riposte», a martelé le chef de l'opposition, l'ex-président Nicolas Sarkozy.

La présidente du parti d'extrême droite Front national Marine Le Pen a dénoncé la «responsabilité (...) immense» de «tous ceux qui nous gouvernent depuis 30 ans».

Frappée trois fois en 18 mois par des attentats sans précédent (17 morts en janvier 2015, 130 morts le 13 novembre, 84 morts le 14 juillet), la France vit dans la crainte de nouvelles attaques risquant de fracturer davantage encore la société.

Le groupe Etat islamique, qui perd du terrain en Irak et en Syrie où il a proclamé un califat en 2014, a régulièrement menacé l'Hexagone de représailles pour sa participation à la coalition militaire internationale dans ces deux pays.

L'EI cible régulièrement dans sa propagande et ses communiqués de revendication les dirigeants «croisés» occidentaux et «le royaume de la Croix», expression semblant désigner l'Europe.

Cela faisait plus d'un an que la menace d'une attaque contre un lieu de culte chrétien planait en France, notamment depuis l'échec d'un projet d'attentat en avril 2015 contre une église catholique de Villejuif, en banlieue parisienne.

Si depuis 2015 le gouvernement a renforcé la sécurité des quelque 700 écoles et synagogues juives et plus de 1000 des 2500 mosquées du pays, il semble illusoire d'appliquer un même niveau de sécurité à la totalité des 45 000 églises catholiques.

En plus d'un an, plusieurs projets d'attentat de masse ont été déjoués, mais des attaques ciblées, comme le double meurtre en juin près de Paris de policiers à leur domicile, ont profondément choqué la France.

Depuis les carnages de 2015, les autorités ont prolongé plusieurs fois l'état d'urgence, un régime d'exception facilitant notamment des assignations à résidence et des perquisitions. Ce régime court jusqu'en janvier.

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