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Annulation de la première journée des audiences sur Énergie Est

Marie-Christine Trottier | Agence QMI

La première séance de consultation de l'Office national de l'énergie (ONÉ) pour le projet Énergie Est a été annulée, lundi matin après qu'une poignée de manifestants eut perturbé la salle et provoqué le départ du maire Denis Coderre.

«À cause des évènements de ce matin, nous avons décidé d'annuler la première journée de ces audiences», a confirmé Jean-Denis Charlebois, responsable des audiences pour l'ONÉ.

Plus tôt lundi matin, alors que les audiences allaient débuter, un homme s'est introduit dans la salle en sautant par-dessus une table et en hurlant son opposition au projet d'oléoduc Énergie Est.

Après que des agents de sécurité eurent tenté de le maîtriser, une douzaine d'autres manifestants se sont joints à lui. Appuyés de quelques citoyens et groupes de pression inscrits à la liste d'audiences, les manifestants ont demandé la suspension du processus de consultation.

Trois personnes ont été arrêtées. L'une était détenue lundi midi et pourrait faire face à des accusations d'entrave et de voies de fait sur un policier.

La CMM et l'UMQ quittent

À la suite de cet incident, le maire de Montréal Denis Coderre, qui devait présenter le mémoire de la Communauté métropolitaine de Montréal, s'est levé et a quitté la salle d'audience après une vingtaine de minutes de manifestation.

La mairesse Suzanne Roy, représentant l'Union des municipalités du Québec, ainsi que le maire Marc Demers, représentant la Ville de Laval, l'ont également suivi.

«L'éléphant vient de sortir de la salle, a lancé le maire Coderre. Il y a un problème dans la perception du processus de consultation. Ce genre d'incident reflète l'opposition générale à ce projet.»

La CMM, la Ville de Laval et la Ville de Montréal reviendront mardi pour présenter leurs positions à l'audience de l'ONÉ. «Au pire, on va déposer notre mémoire [de la CMM]», a indiqué M. Coderre.

Rappelons que le maire Coderre a demandé jeudi dernier la suspension des audiences de l'ONÉ, exprimant des doutes sur la neutralité des commissaires Jacques Gauthier et Lyne Mercier. Ceux-ci ont rencontré en privé l'ex-premier ministre Jean Charest, alors consultant pour TransCanada. Le maire Coderre a même qualifié le processus de «mascarade».

Enquête demandée

Quelques groupes écologistes devaient intervenir à cette première journée d'audiences de l'ONÉ. André Bélisle, de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, aurait d'ailleurs aimé entendre la position de la CMM et des autres municipalités devant l'ONÉ.

«[M. Coderre] est quand même le premier magistrat de Montréal. C'est sûr que ça va avoir un impact dans le processus», estime-t-il.

Toutefois, il demande la suspension des audiences de l'ONÉ afin qu'une enquête publique fasse la lumière sur les rencontres entre les commissaires et TransCanada.

«Les gens qui plaident devant des tribunaux administratifs doivent s'attendre à avoir des juges impartiaux, a ajouté Daniel Green, de la Société pour vaincre la pollution. On pourrait conclure que les gens auxquels j'aurais pu parler [aujourd'hui] sont pro-pipeline. On a l'impression que l'ONÉ n'a jamais rencontré un pipeline qu'il n'aimait pas. J'aimerais croire qu'on a la possibilité de dire non à TransCanada.»

La CMM contre Énergie Est

En janvier dernier, le maire Coderre ainsi que les 81 autres maires de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) se sont formellement opposés au projet Énergie Est.

«Le projet n’est pas viable ni du point de vue économique, social, environnemental et de la sécurité publique, on est contre l’oléoduc et le tracé et on va pousser en conséquence», avait alors déclaré le maire Coderre en conférence de presse.

Il estime que ce projet créera une trentaine d’emplois et des retombées d'environ 2 millions $ par année, ce qui n'est pas suffisant comparé aux risques entraînés par le projet.

«Le coût d’un déversement majeur dans la région pourrait se situer entre 1 à 10G$ et le tracé proposé traverse des boisés, des milieux humides et la zone agricole», avait expliqué M. Coderre.

Plus de 90% des 4000 citoyens et groupes consultés par la CMM se sont opposés au projet.

«Pour moi c'est très clair, il n'y a pas d'acceptabilité sociale», a ajouté le maire Coderre lundi matin.

Le tracé du pipeline Énergie Est fait environ 4600 km et prévoit traverser le pays d'ouest en est. Sa capacité est évaluée à 1,1 million de barils de pétrole par jour et est estimée à 15,7 milliards $. TransCanada espère une mise en service dès 2020.

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