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L’industrie du taxi en colère

Agence QMI

L’industrie du taxi a unanimement a dénoncé l’entente avec le gouvernement du Québec qui permet à l’entreprise de covoiturage Uber de faire des affaires légalement dans le cadre d’un projet pilote d’un an et elle promet de bloquer des rues pour y faire obstacle.

«On ne pourra pas empêcher des actions. N'importe qui, qui voit son gagne-pain et son fonds de pension touché à hauteur de 20% réagirait (...) On ne se laissera pas faire», a promis, jeudi matin, Guy Chevrette, porte-parole du Comité provincial de concertation et de développement de l'industrie du taxi (CPCDIT), en conférence de presse à Québec.

Une action en justice n'est pas exclue, l'industrie du taxi jugeant que le projet pilote avancé par le gouvernement et Uber est illégal.

«C'est un gouvernement à quatre pattes devant une multinationale véreuse, a rugi l'ex-ministre péquiste des Transports, en conférence de presse. C'est des voleurs. Uber ne respecte aucune entente, ils prennent l'argent et l'envoient dans les paradis fiscaux (...) Ça a pris trois ministres des Transports en 30 mois pour se faire baiser de la sorte.»

Guy Chevrette soutient que l'entente conclue mercredi soir ajoutera aux préjudices portés à l'industrie du taxi depuis l'arrivée d'Uber. La valeur des permis de taxi payés, en moyenne 200 000 $ l'unité, a diminué d'au moins 15 % au cours des derniers mois et continuera de fondre comme neige au soleil.

Des propriétaires de permis n'arrivent plus à les vendre, même réduits de 15 ou 20%, a-t-il signalé.

Le CPCDIT en a particulièrement contre l'abstention du gouvernement d'obliger les chauffeurs d'Uber à acheter des permis de taxi en plus de leur permettre de monter leurs tarifs jusqu'à 150% en cas de force majeure.

«Nous, on ne peut pas faire ça», a plaidé Guy Chevrette. Il suggère au gouvernement de racheter les 8000 permis de taxi existants pour dédommager les chauffeurs. «L'industrie va se détériorer, les gens vont faire faillite», entrevoit-il.De son côté, le Regroupement des travailleurs autonomes Métallos (RTAM) a mentionné à Montréal qu'il s’agit d’une «trahison envers des travailleurs ayant investi de bonne foi dans un système de permis».

«On va s'en souvenir longtemps», a indiqué Benoît Jugand, porte-parole du Regroupement, jeudi.

Le RTAM a mentionné que cette entente est le «dernier acte d'une mauvaise comédie».

Les détails

En vertu de cette entente, les chauffeurs d’Uber devront obtenir un permis de conduire de classe 4C, comme les chauffeurs de taxi. «Ça vient avec une habilitation sécuritaire, une inspection mécanique, et de la formation», a dit le ministre des Transports Laurent Lessard.

Les plaques d’immatriculation des véhicules des chauffeurs devront porter une marque distinctive. «Avec la SAAQ, il faudra trouver le mécanisme approprié. Je ne détermine pas le moyen, mais on a indiqué que ça prendrait une identification conforme», a précisé le ministre des Transports.

Uber accepte aussi de devenir un intermédiaire de taxi. Il ne sera pas propriétaire de permis en tant que tel, mais devra respecter un plafond hebdomadaire de 50 000 heures de travail.

Les permis de taxis sont liés à des zones géographiques. Ce ne sera pas le cas pour Uber, qui pourra envoyer ses chauffeurs partout au Québec. «Chacun, comme indépendant, peut aller faire une heure, deux heures, trois heures dans différentes zones. C’est ça l’innovation du projet pilote», a ajouté Laurent Lessard.

Uber collectera la TPS et la TVQ sur le premier dollar de chaque course. Le paiement des arriérés de taxe de l’entreprise n’est toutefois pas prévu dans l’entente et la question est toujours devant les tribunaux.

- Avec la collaboration de Charles Lecavalier et de Régys Caron

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